Article de M.
Jean-Marie Bockel,
secrétaire
d’Etat à
la Coopération
et à la
Francophonie,
paru dans le quotidien
"La Tribune"
(29 novembre 2007)
"Le
partenariat au
service du développement"
Le
débat engagé
aujourd’hui
sur la question
des accords de
partenariat économique
(APE), et dont
témoignent
en particulier
les dernières
tribunes de Jean
Ziegler et du
président
Wade, est salutaire.
Les constats de
M. Ziegler sont
justes : les capacités
théoriques
de production
agricole mondiale
pourraient nourrir
12 milliards d’individus,
néanmoins
854 millions de
personnes à
travers le monde
souffrent de la
faim. Cette situation
préexiste
aux APE, puisqu’ils
ne sont pas encore
signés...
Pour
combattre ces
phénomènes
inacceptables,
191 pays ont adopté
le 8 septembre
2000 la Déclaration
du millénaire
et les huit objectifs
correspondants
(OMD). Figure
au premier rang
la réduction
d’ici à
2015 de la proportion
de la population
qui souffre de
la faim.
Pour
gagner ce combat
de manière
pérenne,
un ensemble d’actions
simultanées
et de long terme
est à mettre
en oeuvre : santé,
planning familial,
éducation
et formation professionnelle,
facilitation des
migrations saisonnières
ou définitives
vers des zones
plus productives,
désenclavement,
stabilisation
des prix des produits
agricoles, adaptation
des conditions
de crédit
(taux, durée,...),
banques de céréales,
stockage et utilisation
de l’eau,
restauration des
sols, intensification
et diversification
de l’agriculture
et de l’économie,
sécurisation
foncière,
etc.
Malgré
les accords commerciaux
précédents,
nombre de pays
en développement
n’ont pu
profiter des ouvertures
privilégiées
qui leur étaient
offertes, notamment
pour des raisons
structurelles,
que le président
Wade a évoquées
: infrastructures
défaillantes,
crédit
aux entreprises
absent ou très
cher, capacités
humaines insuffisantes
en quantité
et en qualification,
technologies anciennes
et peu performantes.
Alors, que peuvent
apporter les accords
de partenariat
economique ?
Rappelons
que ces accords
ne seront pas
seulement adossés
à un volet
commercial, mais
devront comporter
un volet "accompagnement"
qui permette un
investissement
massif dans l’environnement
technique et financier
des petites et
moyennes entreprises
et des exploitations
agricoles. Cet
investissement
sera complémentaire
de celui que les
pays d’Afrique,
Caraïbes
et Pacifique (ACP)
réaliseront,
notamment les
pays africains
qui ont pris dans
le cadre de l’Union
africaine l’engagement
d’affecter
au minimum 10%
du budget de l’État
à leur
secteur agricole.
Ce dernier investissement
ne sera rendu
possible que si,
simultanément,
une plus grande
cohérence
est assurée
dans les pays
ACP entre politique
macroéconomique
et politique sectorielles.
Soulignons
ensuite que les
processus de libéralisation,
contenus dans
le volet commercial
des APE, prennent
en compte les
inégalités
des termes de
l’échange
et intègrent
à ce titre
de multiples dérogations.
Concrètement,
la négociation
doit permettre
aux pays ACP d’obtenir
la protection
de nombreux produits
sensibles (céréales,
lait, produits
de l’élevage
et de maraîchage...),
de longues périodes
de transition
pour le démantèlement
et des appuis
renouvelés
à leurs
secteurs d’exportation.
Face
à l’échec
partiel des accords
commerciaux UE-ACP
sous leur forme
actuelle, ces
accords doivent
favoriser investissements
et croissance
partagée
dans les économies
du Sud. L’intégration
régionale,
nécessaire
étape vers
une meilleure
intégration
au marché
mondial, est aujourd’hui
le vrai défi
et la vraie chance
des pays ACP.
Le succès
des APE dépendra
également
de l’association
des milieux professionnels
à leur
élaboration
et leur mise en
oeuvre, ce qui
suppose inévitablement
des délais
supplémentaires
de négociation
dans plusieurs
régions.
En
toute hypothèse,
dans l’attente
de ces APE complets,
et conformément
aux accords de
Cotonou, le régime
commercial proposé
aux pays ACP à
partir du 1er
janvier 2008 ne
saurait être
moins favorable
que l’actuel.
Loin des logiques
de charité
et d’assistance,
les APE doivent
contribuer, par
petits pas, à
faire des pays
aujourd’hui
les moins avancés
des acteurs économiques
de plein exercice.
Au-delà
des oppositions
idéologiques,
reconnaissons
que, sans en être
le facteur principal,
le commerce, en
incitant à
l’activité
et en permettant
à chacun
d’avoir
les moyens d’être
debout, constitue
bien l’un
des moteurs du
développement.