Immigration
: la fermeté selon Brice
Hortefeux
Le
gouvernement accélère
: rééquilibrage
entre l'immigration «familiale»
et «économique»,
maîtrise des flux de clandestins
par le codéveloppement
et lutte contre le travail illégal...
Explications.
L'Assemblée nationale
examinera mardi le projet de
loi sur le regroupement familial.
Brice Hortefeux, ministre de
l'Immigration, de l'Intégration,
de l'Identité nationale
et du Codéveloppement,
explique sa nouvelle politique.
Le
Figaro Magazine - Pourquoi modifier
les règles du regroupement
familial ?
Brice
Hortefeux - Nous partons
d'un constat simple : notre
immigration est aujourd'hui
très majoritairement
«familiale» et très
minoritairement «économique».
Il faut rééquilibrer
l'une et l'autre. C'est l'esprit
du texte que nous proposons.
En 2005, la France a délivré
92 000 cartes de séjour
au titre de l'immigration familiale
et seulement 11 000 au titre
de l'immigration économique.
Ce déséquilibre
est la conséquence des
choix des années 70,
où l'on a verrouillé
l'immigration économique
et ouvert les vannes de l'immigration
familiale.
Quel
est votre objectif ?
Une rupture avec le passé.
Aujourd'hui, l'immigration de
travail ne représente
que 7% de l'immigration légale.
Il faut remonter ce chiffre
à 50% et limiter à
50% celui de l'immigration familiale.
Le président de la République
et le Premier ministre m'ont
fixé l'objectif d'y parvenir
avant la fin du quinquennat.
En matière d'immigration
économique, cela correspond
aux besoins de notre pays pour
assurer sa croissance. J'ai
donc engagé avec les
partenaires sociaux un dialogue
pour déterminer les secteurs
et les zones géographiques
qui souffrent de pénurie
de main-d'oeuvre. Nous avons
besoin d'immigrants dans le
bâtiment et les travaux
publics, l'hôtellerie,
la restauration, les mathématiques,
l'informatique, les services
à la personne, le service
de traitement des déchets
et l'industrie mécanique.
De plus, en 2008, mon ministère
délivrera 1 000 cartes
de séjour «compétences
et talents», renouvelables
une fois, destinées au
personnel qualifié. Elles
permettent à un étranger
de séjourner et d'exercer
en France pendant trois à
six ans, avec obligation de
retourner dans son pays à
l'issue de cette période
pour participer à son
développement. J'ai chargé
Pierre Bellon, le fondateur
de la Sodexho, de présider
la commission qui précisera
les conditions d'attribution
de cette carte. Les premières
seront donc délivrées
avant la fin de l'année.
Comment
allez-vous contrôler ce
regroupement familial ?
Notre texte comporte plusieurs
volets. Les candidats à
l'immigration devront d'abord
passer un test de langue française.
Si ce test n'est pas satisfaisant,
une formation de deux mois sera
proposée pour permettre
une expression de base lors
de l'arrivée sur le territoire
national. Car comment espérer
s'intégrer sans parler
notre langue ?
Comment
se dérouleront ces tests
?
A l'étranger,
ils seront organisés
dans le secteur public, les
délégations de
l'Agence nationale d'accueil
des étrangers et des
migrations (Anaem), les réseaux
de l'Alliance française
ou par des structures privées.
Il s'agira d'un entretien oral
d'une quinzaine de minutes et
de quelques questions écrites.
Le second aspect du projet de
loi prévoit la connaissance
des valeurs de la République
française : laïcité,
monogamie, égalité
homme-femme. En signant un contrat
d'accueil et d'intégration
familial, les parents étrangers
s'engageront à les respecter.
Exemple : si l'obligation de
scolarisation n'est pas observée
par la famille, une mise sous
tutelle des allocations familiales
pourra être ordonnée.
Votre
projet de loi fixe également
des conditions de ressources
?
L'obligation
d'avoir un revenu permettant
de faire vivre la famille dans
des conditions décentes.
Nous voulons mettre fin au système
des marchands de sommeil qui
logent des familles entières
dans des hôtels sordides.
Les candidats à l'immigration
devront donc avoir au préalable
un logement et un revenu suffisant,
que nous avons évalué
à 1,2 smic (environ 1
500 euros) pour une famille
nombreuse. Ils devront vivre
du revenu de leur travail et
non de la perspective des revenus
de l'assistance.
Et
l'immigration clandestine ?
Maîtriser
les flux migratoires, cela suppose
de lutter contre l'immigration
clandestine et d'organiser l'immigration
légale en tenant compte
de nos capacités d'accueil
et de nos besoins. La maîtrise
de ces flux passe aussi, simultanément,
par un effort de codéveloppement
en faveur des pays d'origine
de l'immigration et c'est la
première fois dans l'histoire
de notre République que
le codéveloppement, c'est-à-dire
la participation des migrants
au développement de leur
pays d'origine, fait l'objet
d'un ministère. Cela
ne s'était jamais produit.
Je dispose désormais
d'une budget propre de 60 millions
d'euros, qui va permettre d'organiser
et de financer des actions concrètes
dans les pays d'origine. Par
exemple, nous faciliterons la
réinstallation au Bénin
de médecins béninois
travaillant en France, ce qui
signifie aussi un concours financier
pour l'équipement d'hôpitaux
sur place. Simultanément,
nous favoriserons une meilleure
mobilisation de l'épargne
des migrants vivant en France
afin qu'ils puissent investir
dans leur pays d'origine. Ainsi,
je viens de signer avec la Caisse
d'épargne une convention
qui permet concrètement
une réduction d'impôts
pour le migrant investissant
dans son pays. Les sommes en
jeu sont très importantes
puisque le montant des retours
financiers des migrants dans
leurs pays d'origine est de
8 milliards d'euros par an.
En
matière de reconduite,
il semble que nous étions
en dessous des chiffres «prévus»
au début de l'été,
où en sommes-nous aujourd'hui,
deux mois plus tard ?
Sur les trois
premiers mois, depuis ma nomination,
le nombre des expulsions de
clandestins a augmenté
de 3,5% par rapport à
la même période
de 2006. C'est un premier signal.
Le nombre de clandestins sur
notre territoire est évalué
entre 200 000 et 400 000. Or,
l'année dernière,
il n'y a eu que 2 000 interpellations
pour raison de travail illégal.
Ma priorité est donc
la lutte contre le travail illégal
et les marchands de sommeil.
Vous
venez de réunir les préfets
pour leur rappeler les objectifs
à atteindre. Pensez-vous
maîtriser vraiment les
flux d'immigration clandestine
?
Nous y parviendrons ! D'abord,
la totalité de nos consulats
seront équipés
fin 2008 des visas biométriques
qui permettent une identification
extraordinairement rapide de
la situation des étrangers.
Ensuite, la maîtrise des
flux passe naturellement par
la surveillance de nos frontières.
Elle suppose enfin une action
énergique sur le territoire
national. J'ai donc engagé
une politique extrêmement
volontariste dans la lutte contre
le travail illégal des
clandestins, et les premiers
résultats sont au rendez-vous
puisque, au premier semestre,
les contrôles ont augmenté
de 300% et les interpellations
de 280% par rapport à
l'année dernière.
L'enjeu de cette nouvelle politique
est tout simplement l'équilibre
de notre communauté nationale.