XVEME
CONFERENCE DES AMBASSADEURS
DISCOURS DU SECRETAIRE D'ETAT
CHARGE DE LA COOPERATION ET
DE LA FRANCOPHONIE,
M. JEAN-MARIE BOCKEL
(Paris,
29 août 2007)
Monsieur
le Ministre,
Mesdames
et Messieurs les Ambassadeurs,
Nous
avons choisi d'évoquer
ensemble, Brice Hortefeux et
moi-même, les enjeux croisés
des migrations, du développement
et du codéveloppement,
thème dont l'actualité,
à la fois nationale et
internationale, n'est plus à
démontrer.
Je
souhaite aborder avec vous successivement
trois points.
Le
premier porte sur la réalité
des flux migratoires.
Les
migrations sont un fait, une
constante dans l'histoire des
hommes. Aujourd'hui, 200 millions
de migrants s'installent de
manière provisoire ou
durable hors de leurs pays d'origine.
Et comme vous le savez, cette
réalité planétaire
du fait migratoire, qui a façonné
nos civilisations et constitue
un élément-clé
dans l'histoire de l'humanité,
est complexe.
Complexe
dans la diversité des
situations : la recherche d'un
travail, la poursuite d'études,
les liens familiaux, la situation
politique, constituent autant
de facteurs de mobilité.
Complexe
également dans la mesure
où elle répond
à des logiques qui varient
selon les lieux et les individus.
Tout en prenant toujours la
forme d'une décision
personnelle, elle est le plus
souvent subie, dans un contexte
de pauvreté, de pression
démographique, sociale
et/ou économique. Elle
peut dans certains cas, être
volontaire, décidée,
assumée, bref, positive,
tant pour le pays d'origine
que pour le pays d'accueil.
Maire
de Mulhouse, ancienne Manchester
française, je connais
mieux que d'autres ce que les
mouvements migratoires recèlent
de richesses comme de tension.
Loin des débats théoriques
la gestion d'une ville est d'abord
celle des hommes. Ce qui fait
le lien entre eux se travaille
et se construit. Parce qu'il
faut précisément
dépasser les logiques
de communautés et toujours
affermir la cohésion
sociale, l'immigration ne doit
être ni diabolisée
ni abandonnée à
elle-même.
C'est
avec générosité,
mais sans laxisme, que les flux
migratoires doivent être
régulés.
Vos
perceptions de la réalité
des flux migratoires nous seront
très utiles tant pour
l'analyse que pour l'action.
Mon
second point porte sur les mesures
qui peuvent être prises
et qui sont susceptibles de
contribuer à une meilleure
régulation des flux migratoires.
En
charge de la coopération
française, sous l'autorité
du ministre des Affaires étrangères,
j'entends bien intégrer
pleinement cette priorité
du gouvernement dans le cadre
des actions conduites par le
Département.
Il
faut tout d'abord reconnaître,
principe que nous partageons
avec Brice Hortefeux, que la
gestion des flux migratoires
ne peut être abordée
que dans la concertation et
avec un esprit d'écoute
et de dialogue.
Nous
devons nous entendre sur les
mots avec nos partenaires et
lever un certain nombre de malentendus
pour pouvoir agir efficacement.
Il nous appartient collectivement
d'expliquer les enjeux qui président
aux questions migratoires. Tant
en ce qui concerne les pays
d'accueil que les pays de départ
et les migrants.
Et
vous êtes tout naturellement,
dans chacun de vos pays, mesdames
et messieurs les ambassadeurs,
nos meilleurs relais pour conduire
ce dialogue.
La
conclusion d'accords cadre peut
dans certains cas constituer
d'utiles préalables,
comme ce fut le cas avec le
Sénégal et le
Gabon. Ces accords cadres devraient
d'ailleurs trouver leur traduction
dans les Documents Cadres de
Partenariat (DCP) pour les pays
de la Zone de solidarité
prioritaire.
Comme
vous le savez, pour être
efficace, il nous faut également
inscrire dans la durée
nos politiques afin de répondre
aux vrais défis du développement
: comment redonner confiance
à la jeunesse de ces
pays, comment valoriser les
études sur place, comment
garantir le retour des étudiants,
comment organiser la fluidité
des échanges au bénéfice
des deux pays, comment assurer
la sécurité alimentaire
des campagnes et lutter contre
la désertification, sources
de migrations internes et externes,
comment limiter les concentrations
urbaines et organiser un minimum
de services de base, etc…
Nos
réponses à ces
questions conditionneront en
grande partie l'évolution
des flux migratoires.
Cette
approche, qui paraît évidente,
est également promue
au niveau européen. Ainsi
en 2000, l'accord de Cotonou
stipule que "les stratégies
visant à réduire
la pauvreté, à
améliorer les conditions
de vie et de travail (…)
contribuent à long terme
à normaliser les flux
migratoires" (de même,
en 2002, le Conseil européen
de Séville a déclaré
que l'objectif de long terme
pour l'Union européenne
était de combattre les
causes profondes de l'immigration
illégale. Cette vision
a été réaffirmée
lors de la conférence
ministérielle euro-africaine
sur les migrations et le développement
qui s'est tenue à Rabat,
les 10 et 11 juillet 2006).
Il
nous faut enfin trouver des
mécanismes innovants
susceptibles de relayer nos
politiques en impliquant les
migrants eux-mêmes. Il
s'agit de donner au codéveloppement
toute sa place dans notre dispositif.
Avec
126 milliards de dollars en
2004 contre 100 milliards pour
l'APD, les transferts des migrants
constituent aujourd'hui à
l'évidence un élément
central de ce dispositif, en
contribuant à la fois
au développement des
pays d'origine et à la
diminution de l'émigration
subie.
Outre
la valorisation de l'épargne
au service d'investissements
productifs, aujourd'hui orientée
pour l'essentiel vers la consommation
des ménages, le codéveloppement
peut également prendre
la forme de transferts de compétence
et d'apports d'expériences
sociales et culturelles.
Devenus
les agents privés d'un
développement partagé,
les migrants contribuent ainsi
directement à l'essor
économique de leurs pays,
en mettant à leur disposition
une main d'œuvre qualifiée.
Dans
cet esprit, il convient de favoriser
l'implication des communautés
de migrants à l'étranger.
Ce qui concerne non seulement
les primo arrivants mais aussi
ceux qui, s'étant intégrés,
ne se reconnaissent pas moins
comme membres d'une diaspora,
fut-elle française de
nationalité. En France
la Fédération
des organisations issues de
la migration (FORIM) constitue
un interlocuteur qui pourrait
être encore renforcé.
Mon
troisième point porte,
par anticipation, sur les questions
que vous ne manquerez pas de
nous poser sur l'organisation
du travail entre nos deux départements!
Voici donc quelques éléments
de réponse.
La
première question concerne
les hommes (et les femmes !).
Comme l'a rappelé Brice
Hortefeux, la création
ex nihilo d'un nouveau département
ministériel implique
par construction des changements
et des adaptations dans le paysage
institutionnel et administratif.
Ces changements sont actés
dans les décrets d'attribution.
Pour
ce qui concerne le Département,
il ne vous a pas échappé
que la structure en charge du
codéveloppement, avec
à sa tête l'ambassadeur,
Guy Seriès, que je salue
ici, a été transférée
au ministère de l'Immigration,
de l'Intégration, de
l'Identité nationale
et du codéveloppement.
Au-delà de Guy Seriès,
je voudrais saluer aussi tous
ses prédécesseurs,
comme Christian Connan, et les
équipes qui ont valorisé,
avec talent et passion, le codéveloppement
au cours des dernières
années. Je suis convaincu
que le transfert de compétence
et de savoir-faire de toute
cette expérience sera
réalisée dans
les meilleures conditions. C'est
notre intérêt de
part et d'autre.
La
DGCID demeure quant à
elle dans le périmètre
administratif du Département
et j'en exerce, comme par le
passé, et sous l'autorité
de Bernard Kouchner, la tutelle.
Elle est cependant, en tant
que de besoin, mise également
à disposition du ministre
de l'Immigration, de l'Intégration,
de l'Identité nationale
et du Codéveloppement.
Concrètement, cela signifie
que nos services doivent être
en mesure de répondre
collectivement aux commandes
gouvernementales.
Il
appartient ensuite aux ministres
d'en assurer la cohérence,
en désignant, selon les
cas de figure, un chef de file.
Il
est notamment convenu que le
nouveau ministère de
l'Immigration, de l'Intégration,
de l'Identité nationale
et du Codéveloppement
participe aux travaux du CICID,
qu'il puisse être représenté
au Conseil d'administration
de l'AFD et qu'il puisse être
naturellement invité
au Comité directeur du
Fonds de solidarité prioritaire
(FSP).
Notre
ministère sera pour sa
part heureux de participer aux
instances qui, au sein du nouveau
département ministériel
de Brice Hortefeux, décideront
de la mise en place des crédits
de codéveloppement.
Fonctionnellement
rattachés au nouveau
ministère de Brice Hortefeux,
les agents de la direction des
Français de l'Etranger,
plus précisément
ceux relevant du Service des
Etrangers en France, conservent,
comme vous le savez, leur statut
et demeurent administrativement
rattachés à leurs
corps d'origine, le MAEE, pour
la plupart d'entre eux.
S'agissant
des budgets, je souhaite vous
dire deux choses.
Tout
d'abord, compte tenu de l'actualité
et de l'importance des questions
migratoires, il était
normal que le ministre responsable
puisse disposer de moyens propres
et notamment d'intervention
au titre de notre soutien au
codéveloppement. C'est
désormais le cas, même
si le montant définitif
n'est pas encore arrêté.
Deuxièmement,
je tiens à vous dire
de la manière la plus
nette que la priorité
donnée aux questions
migratoires, qui n'épuise
pas à elle-seule la question
de l'aide publique au développement,
est une priorité partagée.
Elle
nous donnera, à terme,
si nos politiques sont efficaces
et reconnues comme telles, un
surcroît de légitimité.
D'ores et déjà,
je puis vous dire que sur la
question du volume de notre
APD et de son évolution
dans les années à
venir, Brice Hortefeux, tout
comme Christine Lagarde, ont
été nos alliés.
Ils sont, comme nous, avec nous,
solidaires et conscients de
nos engagements internationaux.
Ils sont avec nous les meilleurs
garants de la cohérence
de l'action de solidarité
extérieure de la France.
En
conclusion, je souhaite souligner
qu'il règne entre nos
deux "maisons" un
état d'esprit constructif.
Nos objectifs en matière
de codéveloppement se
recoupent. Au-delà de
la contribution budgétaire,
nous devrons déterminer
ensemble, et en fonction des
réalités de terrain,
les actions de coopération
les plus efficaces. Vos analyses
et vos propositions constitueront
pour nous le meilleur gage de
succès.
Je
vous remercie./.