Discours
de M. Bernard Kouchner (Paris,
27 août 2007)
Seul le prononcé fait
foi.
Mesdames
et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Secrétaire
général,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,
Nos
routes se rejoignent enfin !
Nous nous sommes souvent rencontrés,
souvent croisés depuis
de nombreuses années.
Nous
voilà réunis aujourd’hui
par l’improbable cours
du destin et la volonté
du Président de la République,
avec les Secrétaires
d’Etat, Jean-Pierre Jouyet,
Jean-Marie Bockel et Rama Yade.
Je
sais nos différences,
vos riches différences
: de droite, de gauche ou d’ailleurs,
Européens, souverainistes,
réalistes, westphaliens,
multilatéralistes, et
aussi militants des droits de
l’Homme et humanitaires.
Mais je sais aussi, au-delà
de ces différences, ce
qui nous rassemble et que nous
devons communiquer aux Français
: le goût du monde et
la fierté de la France.
La
diplomatie d’aujourd’hui
se forge dans la réflexion,
le talent, la culture, la tradition
que vous portez et, plus encore,
dans l’action. Elle doit
affronter les dossiers les plus
brûlants dans les régions
les plus difficiles : c’est
là que la parole de la
France doit se faire entendre.
Sans se faire oublier ailleurs.
Je
sais toutes les vérités,
tous les clichés que
l’on véhicule à
propos de l’influence
réelle de notre pays.
Nous savons la prégnance
de l’économie,
nous savons que l’Asie
est un continent majeur, que
la Chine, demain, sera l’un
des deux grands. Nous savons
que nos financements, hélas,
sont limités et que nous
sommes une puissance moyenne.
Mais
je sais aussi que nous restons
et devons rester un acteur important
sur les théâtres
du monde, membre permanent du
Conseil de sécurité.
De l’Amérique latine
au cœur de l’Afrique,
en Europe comme en Asie, dans
les situations les plus embrouillées
et les plus dangereuses, on
nous appelle. Nous devons répondre
à ces exigences sans
négliger les autres terrains,
de routine ou d’exception.
Nous ne pouvons pas décevoir.
C’est
dans la difficulté et
les souffrances des crises que
nous défendons au mieux
nos valeurs. Là bas,
nous serons utiles à
la communauté internationale
que nous souhaitons servir.
Là bas, nous serons capables
d’avancer avec l’Union
européenne, de convaincre,
et d’entraîner les
autres. Nous avons entendu ce
matin le Président de
la République détailler
les grands enjeux que nous devons
affronter ainsi que ses orientations
pour y répondre. Le cadre
de notre action a été
clairement tracé. Je
voudrais ( ), pour ouvrir nos
travaux, réfléchir
avec vous aux concepts qui inspirent
notre diplomatie et à
la pertinence de nos instruments.
***
Ne
nous perdons pas dans des grilles
d’analyse trop complexes.
Nous savons qu’il n’y
a qu’une seule approche
qui vaille : celle du terrain,
épreuve redoutable, là
où se construit la diplomatie
française, là
où son efficacité
est sans cesse mise à
l’épreuve.
Le
terrain... un joli mot, le terrain.
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
le terrain c’est vous,
c’est votre esprit d’initiative,
votre sens politique, votre
détermination, votre
courage. Pour analyser les réalités
du terrain, je partirai d’une
expérience récente,
ma visite en Irak, pour tenter
de tirer de cette crise majeure
quelques réflexions qui
résument nombre des enjeux
auxquels nous sommes confrontés,
dans ce pays et ailleurs. Autant
d’interrogations pour
guider les débats qui
suivront.
En Irak, nous prenons des risques
( )J’ai pu constater à
Bagdad dans quelles conditions
héroïques travaillent
notre Ambassadeur, ses collaborateurs
et les gendarmes qui assurent
leur sécurité,
hors de la zone verte.
Là,
au milieu de la ville défigurée
par les murs de béton
anarchiques, entre les sirènes
qui résonnent au gré
des attentats et les passants
au regard de peur, la France
reste présente, au plus
près de la population,
au cœur de l’événement.
Je sais qu’il en est de
même à Beyrouth
ou à Kaboul ( ), et dans
bien d’autres postes,
où nos Ambassadeurs et
nos agents travaillent dans
des conditions difficiles, présents
là où d’autres
ont déserté.
Je
tiens à saluer leur dévouement
et leur courage, comme je tiens
à saluer la motivation
et l’enthousiasme des
jeunes de cette maison que je
croise tard le soir dans les
couloirs du Quai d’Orsay,
prêts à reprendre
le flambeau, passionnés
par la diplomatie de la France,
souhaitant que notre pays se
fasse mieux entendre.
Cette
présence, ici et là-bas,
mes chers amis, c’est
le premier risque que vous prenez.
Prendre des risques, c’est
le premier moment de l’action.
Le risque, y compris celui de
l’échec, est forcément
fécond. Ne l’oublions
jamais.
En Irak, il y a d’abord
des hommes qui souffrent. Je
suis allé à Bagdad
pour écouter les Irakiens,
pour porter au peuple et aux
dirigeants un message de solidarité.
Il est difficile de savoir sur
quoi débouchera cette
visite. Mais je sais que cette
démarche humaine - le
premier moment de la politique
- a été appréciée.
Gardons à l’esprit
cette nécessaire prééminence
des hommes sur les idées
ou les institutions. Il y a
là, peut-être,
une réponse aux interrogations
sur le rôle de la France
dans le monde.
Affirmer
cela, ce n’est pas tracer
une diplomatie de la compassion,
une conduite exclusivement humanitaire,
un lamento des droits de l’Homme
réservé aux situations
tragiques ; c’est vouloir
esquisser une diplomatie d’influence
tournée vers les citoyens
et les sociétés.
En Irak, nous sommes confrontés
à la question de la puissance.
Autre
interrogation, toujours à
Bagdad, sur la « puissance
». Face à la guerre
civile et au risque de désintégration
d’un pays, la seule puissance
militaire, qui fut efficace
pour faire tomber Saddam Hussein,
est inopérante, incapable
d’impliquer les Irakiens
dans la solution de leurs problèmes.
Elle
est insuffisante à rétablir
la sécurité, clé
de la confiance et de la reconstruction.
Elle ne peut rien contre les
murs réels, encore moins
contre ceux qui logent dans
les têtes des populations
et de leurs dirigeants. Au contraire,
elle les renforce.
Et
elle débouche, en Irak
comme dans les Balkans ou en
Afghanistan, sur ce que l’on
appelle désormais des
conflits asymétriques
: quelques semaines, quelques
mois de campagne classique suivis
de longues années de
gestion de crise. Sans parler
du plus difficile : la sortie
hypothétique du chaos,
la capacité à
reconstruire un pays et ses
institutions.
Que
l’on me comprenne bien
: je ne dis pas que la puissance
militaire n’est plus nécessaire,
qu’elle n’est plus
un enjeu, pas plus que je ne
suggère une inefficacité
a priori de l’usage de
la force. Je sais que les armées
sont en rapport étroit
avec les diplomaties.
Je
souligne simplement les dangers
auxquels conduit l’insuffisante
intégration de la force
dans une stratégie politique.
Nombre de développements
récents l’ont confirmé
: en Irak, les Etats Unis s’enlisent
; en Afghanistan, l’OTAN
est rudement mise à l’épreuve.
L’expression
de la puissance sans dimension
politique n’est pas suffisante.
La primauté doit toujours
rester à la politique,
à une politique humaine,
respectueuse de l’autre,
de celui qui ne nous ressemble
pas. Et la politique, mesdames
et messieurs, c’est vous.
C’est votre capacité
d’analyse, de compréhension,
de projection, d’anticipation.
***
Alors que le monde dans lequel
nous évoluons est de
plus en plus incertain, cette
alchimie diplomatique est chaque
jour plus précieuse.
Nous assistons à l’affaiblissement
des Etats, nous voyons se multiplier
les acteurs avec lesquels il
faut compter, réseaux,
diasporas, médias, Internet,
ONG, acteurs non étatiques
divers, intellectuels aussi
: autant d’interlocuteurs
qui remettent en cause notre
pratique fondée sur la
souveraineté et les rapports
entre Etats.
Cela
ne veut pas dire pour autant
qu’il faille par principe
refuser le rapport de forces
traditionnel. C’est là
je crois l’une des grandes
interrogations posées
à l’Union européenne.
Il est indispensable de développer
une culture commune de sécurité
et de défense propre
aux Européens, ce qui
exige un corps de doctrine commun.
Le Président de la République
a évoqué ce matin
le prolongement de la Stratégie
européenne de sécurité
de 2003, qui suppose la détermination
à renforcer nos capacités
et la volonté d’intervenir
avec légitimité.
Autant de paramètres
essentiels au développement
de la Politique européenne
de Sécurité et
de Défense et plus généralement
de l’action extérieure
de l’Union. Mais nous
devons parallèlement
investir les réseaux,
les cercles de pensée,
peser dans la bataille des idées,
renforcer notre appui aux organismes
de recherche, aider à
l’émergence de
think tanks, bref, conduire
une véritable diplomatie
d’influence adaptée
à ces enjeux nouveaux.
Je
reviens en Irak. Au cours de
mon séjour à Bagdad,
j’ai pu à nouveau
constater l’influence
considérable des chaînes
de télévisions
arabes et américaines.
Faute d’un audiovisuel
extérieur français
puissant ( ), on ne nous entend
pas assez. L’éclatement
de notre système audiovisuel
extérieur, son manque
de cohérence, de moyens
et de visibilité méritent
une réflexion globale.
Je souhaite que, d’ici
la fin de l’année,
nous ayons abouti à une
proposition concertée
d’architecture qui rapproche
les opérateurs -TV5,
France 24, RFI- et les mobilise
vers de nouveaux objectifs,
tels qu’un grand portail
internet commun.
Bagdad,
à nouveau. Je m’y
suis rendu à l’occasion
de l’anniversaire de l’attentat
du 19 août 2003 contre
le siège de l’ONU,
qui a coûté la
vie à 22 personnes dont
mon ami Sergio Vieira de Mello
et mes proches collaborateurs
du Kosovo Nadia Younès,
Fiona Watson et Jean-Sélim
Kanaan. Là aussi, au-delà
du douloureux symbole, comment
ne pas voir dans cet attentat
une interrogation sur le rôle
de l’ONU et, au-delà,
sur l’approche multilatérale
des crises ?
L’attentat
du 19 août 2003 témoignait
de ce que les Nations Unies,
seul représentant légitime
de toute la communauté
internationale, sont désormais
une cible parmi d’autres.
L’action renforcée
de l’ONU en Irak, que
le Conseil de sécurité
a enfin appelée de ses
vœux le 10 août,
et que nous sommes décidés
à conforter, demeure
tributaire des conditions de
sécurité, et n’a
rien d’une solution miracle.
L’impuissance de l’ONU,
c’est notre impuissance.
Les succès de l’ONU
ce sont nos succès.
Comment
dans ce contexte mettre en pratique
un multilatéralisme efficace
couplé avec une politique
européenne plus forte
et plus cohérente ? Comment
prendre à vingt-sept
des décisions sur de
tels sujets difficiles et comment
les mettre en œuvre ? Nous
devons répondre à
ces questions.
L’Irak
a été aussi révélateur
de cela, de cette difficulté
européenne à assumer
une politique extérieure
d’une seule voix, déterminée
et audacieuse. Et Javier Solana,
ici, n’est pas en cause,
bien au contraire. Nous vérifions
cette difficulté sur
l’un des enjeux majeurs
qui se pose aujourd’hui
en Europe, celui du Kosovo.
Prenons garde sur ce dossier
emblématique et difficile
à la désunion
des Européens.
Au-delà,
je suis convaincu que le nouveau
traité européen
représente une avancée
très importante.
Je
reviens à l’Irak
: l’exemple illustre aussi
la modification de l’espace
dans lequel nous agissons traditionnellement.
La diplomatie reposait sur la
distinction fondamentale entre
les sphères nationale
et internationale. Mais il est
aujourd’hui banal de constater
que la mondialisation a largement
remis en cause la notion de
frontière, notamment
à travers le défi
du terrorisme. Ainsi le paysage
moyen-oriental est-il marqué
par une extension de l’arc
de crise. Autrefois relativement
déconnectées,
les crises se sont retrouvées
liées : Afghanistan,
Iran, Irak, Israël et Palestine,
Liban... nous savons que les
conflits se nourrissent les
uns des autres et que leurs
solutions seront liées.
Au
Liban, en Irak, en Afghanistan,
où les tensions entre
communautés effacent
peu à peu la nécessaire
conscience de l’unité
nationale, par quels moyens
serons-nous capables de faire
survivre cette évidence
face à la barbarie quotidienne
? Peut-on forcer les gens à
cohabiter ? Comment aider à
retisser le lien entre ceux
qui ne veulent plus vivre ensemble
?
Dépasser
les frontières est certes
parfois salutaire, quand la
solidarité et les droits
de l’Homme transcendent
les Etats. L’ingérence,
invention française,
est désormais codifiée
et acceptée par les Nations
unies qui l’ont rebaptisée
« responsabilité
de protéger ».
Comment, aujourd’hui,
faire vivre ce concept ? D’autres
interrogations concernent la
démocratie et les droits
de l’Homme. Pour les communautés
irakiennes libérées
du joug de Saddam Hussein, le
chaos actuel est-il l’aboutissement
d’une politique fondée
sur les droits des peuples ?
Respecter les hommes, se battre
pour leurs droits, est-ce compatible
avec une politique efficace
? Hélas, le risque c’est
que les droits de l’Homme
et le pluralisme politique soient
assimilées par certains
à une croisade de l’Occident.
Une politique soucieuse des
droits de l’Homme est
forcément plus exigeante
et complexe. Nous en discuterons
lors de la séance plénière
de demain après-midi
avec Rama Yade.
Je
ne voudrais pourtant pas conclure
ces réflexions ( ) par
une impression de résignation
et d’impuissance face
aux tourbillons du monde. Nous,
Français et Européens,
avons de formidables atouts,
culturels, économiques,
technologiques, militaires.
***
C’est pourquoi, je souhaite
en venir à une deuxième
série de questions sur
notre appareil diplomatique,
sa pertinence et ses moyens
d’intervention. Là
aussi, pas de grille d’analyse
complexe pour tourner autour
du pot. Il ne faut pas hésiter
à partir de la question
la plus dérangeante,
celle que vous vous posez chaque
jour : « avons-nous les
moyens de nos ambitions ? »
Je parle d’abord du budget
de notre Ministère, mais
aussi plus généralement
de notre capacité d’influence.
Bien
sûr, comme d’autres
l’ont dit avant moi, je
ferai tout pour maintenir et
si possible augmenter nos moyens.
Bien sûr, je me suis battu
pour conserver notre périmètre
quand s’est posée
la question des attributions
ministérielles au sein
de ce nouveau Gouvernement.
Mais, à l’heure
où nous rivalisons d’ambition
pour construire une diplomatie
plus rayonnante, plus active,
plus efficace, je ne veux ni
cacher, ni minimiser cet enjeu.
C’est un problème
lourd qui nous oblige à
faire preuve d’imagination.
Je
pense évidemment ici
à l’aide au développement
qui constitue une dimension
essentielle de cette diplomatie
tournée vers l’homme.
Avec Jean-Marie Bockel, nous
entendons renouveler l’engagement
de la France aux côtés
de nos partenaires, notamment
Africains, en appuyant leurs
efforts de bonne gouvernance,
de développement économique
et de cohésion sociale.
Je souhaite bien sûr,
et vous le comprendrez, que
notre pays reste à la
pointe de l’action pour
l’amélioration
de la santé en Afrique,
en prenant de nouvelles initiatives
en faveur du développement
de l’assurance maladie.
Soyons convaincus de la réalité
de ce « besoin d’Afrique
» pour la France, aussi
fort que le besoin de solidarité
de nos partenaires en développement.
Nous
ne nous en sortirons donc que
par le haut, en repensant globalement
nos missions, nos priorités,
en convainquant nos interlocuteurs
de leur utilité. A l’heure
où chacun se vante d’ambitions
et d’actions internationales,
il est fondamental de faire
apparaître et reconnaître
les compétences uniques
de notre ministère, sa
forte valeur ajoutée.
Ce sera l’objet du Livre
blanc sur la politique étrangère
et européenne de la France
que le Président de la
République et le Premier
Ministre m’ont demandé
de préparer. Ce Livre
blanc, je veux que nous le rédigions
ensemble, car ce travail doit
marquer une date importante
de l’histoire de notre
maison et préparer son
avenir. Sur notre réseau,
nous devrons être déterminés.
On ne comprend pas la complexité
du monde seulement depuis Paris.
Notre présence doit demeurer
universelle, mais différemment.
Il nous faut inventer de nouveaux
modes de présence, en
finir avec le modèle
unique. A diplomatie en mouvement,
ministère en mouvement.
Ni les postes ni les missions
ne se ressemblent. Il faut mettre
de vrais moyens là où
les enjeux le justifient, dans
les grands pays émergents
d’Asie, d’Afrique
et d’Amérique latine
; être capables ailleurs
de trouver des formes de présence
allégées ou partagées,
par exemple avec des plateformes
de service régionales.
Il faut aussi que les ambassades
soient davantage en rapport
les unes avec les autres.
Ministère
des Affaires européennes,
nous devons surtout être
les premiers, sous l’impulsion
de Jean-Pierre Jouyet, à
montrer l’exemple d’une
mutualisation européenne
de nos réseaux diplomatiques,
consulaires - j’insiste
- et culturels qui soit pertinente
et efficace. La création
du Service Diplomatique Européen,
par exemple, sera l’un
des chantiers importants de
la présidence française.
( )
Autre
enjeu important de notre organisation
: notre capacité à
répondre aux nouveaux
défis des réseaux
d’influence et des réalités
transnationales. Le traitement
des « affaires globales
» dont on parle depuis
si longtemps doit faire l’objet
de décisions rapides.
La
question des moyens de notre
diplomatie est aussi celle de
ses ressources humaines. Là
non plus, je ne voudrais pas
céder au pessimisme.
Nous devons et nous pouvons
mieux utiliser les ressources
dont nous disposons. La gestion
des carrières, par exemple,
doit être réformée.
Elle doit nous permettre de
nous exporter et d’accueillir
des talents variés. Et
la mobilité à
l’extérieur du
Département pour l’ensemble
de nos agents d’encadrement
doit être généralisée.
Quant à la mobilité
interne, à l’appel
rapide et à la réaction
immédiate d’experts,
sachant nous inspirer de nos
grands partenaires européens.
A
mon arrivée, j’ai
constaté que le moral
de cette maison n’était
pas au plus haut. La contribution
de chacun, l’écoute,
le dialogue social sont plus
que jamais nécessaires.
J’aurai bientôt
à mes cotés un
« médiateur social
». Et, pour accroître
la transparence des nominations,
je viens de créer, vous
le savez, un Conseil de Sélection
chargé de proposer les
candidats les plus aptes aux
fonctions d’ambassadeur.
Cette procédure plus
transparente sera étendue
aux postes de directeurs. Je
travaille aussi à améliorer
vos possibilités d’audition
devant les Commissions parlementaires.
Mais
comment parler de notre action
et de notre budget sans s’interroger
sur nos méthodes ?
Celles-ci,
c’est une évidence,
doivent s’organiser au
maximum autour des technologies
de l’information. C’est
un impératif aussi bien
en termes de coûts que
d’efficacité et
de réactivité.
Je veux créer pour vous,
pour nous, un outil informatique
qui nous permettra de correspondre
plus facilement, en temps réel,
pour qu’au delà
des télégrammes
diplomatiques, nous puissions
bénéficier d’un
vrai courrier des ambassades,
sécurisé bien
sûr.
Pour
les mêmes raisons, il
nous faut être davantage
capable de travailler en équipes,
avec, selon les besoins et les
missions, des acteurs publics,
des collectivités territoriales,
des institutions, des grandes
fondations, des ONG, des entreprises,
des universités et des
chercheurs. Tous évidemment
accompagnés par le Département.
Et travailler surtout avec les
autres Ministères en
profitant de leur expertise,
sans redouter leur concurrence.
Le Ministère des Affaires
étrangères n’a
pas vocation à savoir
tout faire mieux que tout le
monde. Il n’en a pas non
plus les moyens : c’est
par le recours à des
talents extérieurs que
nous serons plus efficaces,
inventifs et réactifs.
Pour la formation des élites
étrangères, travaillons
avec les grandes entreprises
et les universités !
Pour l’aide à la
démocratisation, travaillons
avec nos collectivités
locales ! Nous n’y perdrons
ni en qualité, ni en
efficacité, ni en élégance,
au contraire. Et que nos Ambassades,
là où elles le
peuvent, jouent pleinement un
rôle de Cabinet Conseil
de la France.
Autre
enjeu essentiel d’une
diplomatie moderne et efficace
: notre dispositif de veille
et de réaction aux crises
doit être amélioré.
J’ai créé
la première cellule d’urgence
de cette maison il y a bientôt
vingt ans lorsque j’étais
Secrétaire d’Etat
auprès de Roland Dumas.
Elle ne s’est pas développée
comme je l’espérais.
La signature de notre pays et
son aide face aux malheurs des
autres en ont pourtant été
plus visibles, plus lisibles,
plus efficaces. ( )
Je
suis persuadé que la
France, comme ses principaux
partenaires, mérite un
outil performant et réactif.
Nous le construisons actuellement
pour mieux assurer la coordination
de nos capacités de veille,
d’anticipation, de planification
et de réaction, qu’elles
soient de nature politico-sécuritaire,
consulaire ou humanitaire, et
plus encore lorsqu’elles
mêlent ces différents
niveaux. Ces quelques dossiers
( ) que j’évoque
brièvement, nous aurons
l’occasion d’en
parler plus précisément
mercredi en compagnie du Ministre
des Comptes publics, Eric Woerth.
Et
bien entendu, l’action
de notre ministère ne
saurait se résumer à
la gestion des crises. Je suis
très attaché au
travail de fond qui doit être
fait pour promouvoir nos intérêts
économiques et notre
rayonnement culturel. Très
attaché aussi à
l’accompagnement par notre
réseau de tous nos compatriotes
qui oeuvrent dans le même
sens, de tous les Français
de l’étranger qui
jouent un rôle de plus
en plus important au sein de
notre collectivité nationale.
Nous en reparlerons mercredi.
***
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
nous sommes inspirés
par une même conviction
profonde : le rôle de
la France sur la scène
internationale, le rang qu’elle
doit y tenir, son ambition pour
l’Europe, les valeurs
universelles qu’elle porte.
Ce sont des atouts formidables
pour notre pays. C’est
pourquoi, et cela aussi sera
l’objet du Livre blanc,
il est essentiel de définir
et de mieux prendre en compte
nos intérêts nationaux.
L’objectif de notre politique
étrangère demeure
la défense et la promotion
des intérêts de
la France, la garantie de sa
sécurité intérieure
et extérieure et sa prospérité
au sens large. Mais l’appréciation
de nos intérêts
ne s’applique pas seulement
à ces ambitions objectives.
Elle touche aussi à l’image
que nous avons de nous-mêmes,
à la fidélité
à nos valeurs, notre
vocation.
Les
affaires internationales sont
aussi des affaires intérieures
et elles concernent tous les
Français. ( ) Il faut
rapprocher notre diplomatie
des citoyens. C’est l’un
des enseignements du sondage
que nous avons demandé
à TNS Sofrès et
que Brice Teinturier commentera
dans un instant. Avant de lui
céder la parole, permettez-moi
de vous remercier sincèrement
de votre participation active
à une Conférence
que j’ai voulue un peu
plus ouverte qu’à
l’habitude.
Ouverte
à vos réflexions
bien sûr. C’est
le sens des débats qui
suivront aujourd’hui et
dans les prochains jours, avec
les Secrétaires d’Etat,
Rama Yade, Jean-Pierre Jouyet,
Jean-Marie Bockel et moi-même.
Ouverte aussi à la société
française, par ces visites
que vous allez faire sur tout
le territoire pour partager
votre expérience du monde
avec nos concitoyens. Je vous
remercie d’avoir accepté
de relever ce défi. Nous
allons ainsi amorcer une nouvelle
phase, plus active, dans les
relations entre la société
française et sa diplomatie.
Nous entamons l’indispensable
pédagogie de notre pratique.
Ouverte
enfin à nos partenaires
européens, deux mois
après le Conseil européen
de juin dernier qui a marqué
le retour de la France en Europe.
La présence ici de mes
homologues portugais et slovène,
moins d’un an avant la
prochaine présidence
française de l’Union
européenne me semble
à cet égard un
beau témoignage de la
volonté de cohérence
entre trois présidences
successives.
Mercredi
soir, à la suite des
tables rondes et après
vous avoir entendus, je reviendrai
m’adresser à vous
pour tracer une sorte de synthèse
et non de conclusion. ( ) Nous
parlerons de la mondialisation,
des angoisses irrationnelles
ou légitimes qu’elle
suscite chez nos concitoyens.
Nous parlerons des intellectuels,
de leurs difficultés
à expliquer le monde
actuel, et plus encore de leur
embarras à penser sa
pratique, votre pratique, des
raisons pour lesquelles l’Occident
a perdu le monopole du récit,
ce qui n’est pas en soi
seulement négatif. Nous
parlerons de nos missions, de
nos idées, de notre capacité
d’initiative. Nous parlerons
d’une France ambitieuse
sans être arrogante, exaltante
sans être utopiste. Nous
parlerons du mandat que nous
ont confié les Français
: celui de rendre la mondialisation
positive, pour eux et pour les
autres. Nous parlerons donc
de cette maison et de la manière
dont nous la transformerons
en Ministère de la mondialisation.
Mesdames,
Messieurs les Ambassadeurs,
c’est maintenant à
vous de vous exprimer. Faites-le
s’il vous plaît
librement, sincèrement,
en nous faisant profiter généreusement
de votre expérience !