ENTRETIEN
DU SECRETAIRE D'ETAT AUX AFFAIRES
EUROPEENNES,
M. JEAN-PIERRE JOUYET, AVEC
"EUROPE 1"
- EXTRAITS -
(Paris,
20 mai 2007)
Q
- Pourquoi avez-vous accepté
d'entrer dans ce gouvernement
?
R
- La première
raison, c'est pour être
utile. Et je crois que je peux
l'être sur les enjeux
européens, qui sont pour
moi extrêmement importants.
J'ai toujours pensé que
l'avenir de la France passait
par l'Europe.
Je
crois aussi que les enjeux européens
dépassent les clivages
politiques. Il faut tenir compte
bien évidemment du vote
qui a été fait
par les Français sur
le référendum,
en analyser les causes. Je pense
que le président de la
République l'a fait,
et qu'un certain nombre de formations
politiques seraient bien inspirées
d'en analyser également
les causes.
Voilà
ma motivation très forte.
Et
comme vous le savez, j'avais
également par le passé
travaillé avec le président
de la République lorsqu'il
occupait les fonctions de ministre
de l'Economie et des Finances.
(…)
Q
- Vous allez être en charge
avec Bernard Kouchner des Affaires
européennes. On sait
ce que Nicolas Sarkozy propose
comme sortie de crise, un traité
simplifié, qu'il avait
même qualifié au
départ de "mini
traité". Comment
convaincre 18 pays qui ont accepté
la totalité d'une Constitution
européenne de n'en appliquer
qu'une partie ?
R
- Il nous faut d'abord
travailler pour que l'Europe
réponde mieux aux attentes
des peuples. Beaucoup ont le
sentiment que l'Europe doit
se défendre dans la mondialisation
et doit protéger les
citoyens qui sont fragilisés.
Cela concerne toutes les politiques,
industrielles et commerciales
notamment. Et le président
de la République a mis
beaucoup l'accent sur ce point.
Pour
cela, nous avons besoin d'institutions
efficaces. Et c'est en ce sens
qu'il faut sortir de la panne
institutionnelle. Pour cela,
le président de la République
propose un traité simplifié.
Je crois que, sur cette idée
de traité simplifié,
beaucoup de partenaires nous
rejoignent. En particulier,
les derniers entretiens qui
ont eu lieu entre le président
de la République et Mme
Merkel montrent, qu'avec la
Présidence allemande,
nous souhaitons aller dans le
même sens. Nous soutenons
les efforts de la Présidence
allemande pour avoir un accord
de principe sur la base d'un
traité simplifié,
au prochain Conseil européen,
les 20 et 21 juin, puis une
conférence intergouvernementale
qui permette d'y travailler
et d'aboutir.
Q
- Mais je vous renvoie à
ce que vous écrivez dans
votre propre livre : "la
relation France-Allemagne se
situe au cœur de l'Europe,
c'est indéniable, mais
elle ne fait plus l'Europe.
Ce temps-là est révolu".
C'est Jean-Pierre Jouyet qui
l'écrit dans "N'enterrez
pas la France".
R
- Vous avez tout à
fait raison. Il est clair que
l'entente franco-allemande reste
fondamentale. Rien ne se fait
- et je l'ai écrit -
sans l'entente franco-allemande.
Mais il est évident que
Français et Allemands
doivent, aussi, faire adhérer
à cette idée et
à cette relance nombre
de leurs partenaires.
Je
pense qu'aujourd'hui l'état
d'esprit de nos partenaires
est mûr. Nous allons bien
sûr encore y travailler
d'arrache-pied, d'ici le Conseil
européen, pour faire
en sorte que nous sortions de
l'impasse institutionnelle dans
laquelle nous nous trouvons.
Ce qui est important, c'est
que l'Europe soit efficace.
Ce que les citoyens reprochent,
c'est aussi le fait qu'elle
ne soit pas assez efficace.
L'Europe doit être efficace
et politique et, pour cela,
il faut effectuer une rénovation
assez profonde. Je crois que,
sur cette question, il y a un
accord entre les Français
et les Allemands. Nous croyons
savoir aussi que les Britanniques
veulent arriver à une
solution efficace.
Q
- Combien de temps vous donnez-vous
pour arriver au bout ?
R
- Ce que nous souhaitons,
c'est d'arriver à un
accord de principe, déjà
lors du prochain Conseil européen,
puis très vite, dans
le cadre d'une conférence
intergouvernementale pour pouvoir
avoir très rapidement
ce traité simplifié,
qui sera, comme vous le savez,
soumis à ratification
parlementaire./.