CEREMONIE
DE PASSATION DE POUVOIRS
ALLOCUTION DU MINISTRE DES AFFAIRES
ETRANGERES
ET EUROPEENNES, M. BERNARD KOUCHNER
(Paris,
18 mai 2007)
Madame
la Ministre,
Monsieur
le Ministre,
Mesdames
et Messieurs,
L'émotion
de Philippe Douste-Blazy était
sensible et j'y ai été
particulièrement sensible.
Il vous l'a dit : cela fait
trois fois que nous nous passons
ce petit flambeau, qui grossit
au fur et à mesure des
passages. Et là, c'est
un peu particulier, ce n'est
pas après la victoire
électorale de la gauche
que je viens reprendre ce qui
ne m'était pas dû
et ce fut d'autant plus difficile
d'ailleurs pour moi et peut-être
pour Jean-Pierre – il
vous le dira -. Et si nous n'avions
pas eu le sentiment, tout en
gardant nos convictions, de
servir ce pays, de servir notre
pays, de servir la France, nous
ne l'aurions pas fait.
Et
si j'étais ému,
c'est parce que chaque mot de
Philippe avait son sens et avait
son poids. C'est une grande
Maison, c'est un rêve
pour beaucoup d'entre nous que
d'y travailler, que de côtoyer
des gens de grand talent, de
grande culture, d'efficacité,
qui représentent la France,
non seulement ici dans cette
Maison mais dans tous les lieux
où travaillent les fonctionnaires
du Quai d'Orsay - lieux qui
d'ailleurs vont changer, ce
sera une partie de la tâche
-, mais également à
travers le monde. Tous ceux-là
forment une chaîne, nous
nous connaissons, les uns et
les autres, ceux qui étaient
vécus comme des gêneurs
au début peut-être,
comme des pionniers pour les
autres. Ceux-là tissent,
à travers ce monde, une
chaîne de solidarité,
d'efficacité, une chaîne
politique exceptionnelle.
Ce
réseau diplomatique est
un des plus grands, des plus
efficaces et peut-être
le plus équilibré,
le plus plein de sens de tous
les réseaux diplomatiques.
Philippe Douste-Blazy vient
de le dire : nous avons, face
aux problèmes du monde,
un rôle particulier à
jouer. J'espère que nous
continuerons de le faire et
même que nous innoverons.
De même que nos méthodes,
notre détermination,
la façon de proposer
des solutions dans tous les
conflits pourraient se voir
multipliées par la détermination
de cette équipe et bien
sûr sous la direction
du président de la République.
Ce
n'est pas facile, c'est plus
dangereux qu'avant, tout le
monde en est conscient. Le petit
tour d'horizon que Philippe
Douste-Blazy, notre ministre,
a bien voulu faire pendant ces
trois heures que nous avons
passées ensemble, ne
décrivait pas une vallée
de roses. Bien sûr, il
parlait surtout des problèmes.
Il y a des choses qui avancent
et, curieusement, ce qui avance
le plus par rapport aux difficultés,
c'est peut-être la perspective,
le rêve européen
– je dis cela pour Jean-Pierre
-, Catherine Colonna s'en est
occupé. Je pense que
ce sera notre détermination
première malgré
le reste des urgences ; il n'y
a que des urgences ici, c'est
le ministère de l'urgence.
C'est un ministère où,
nuit et jour, on est à
l'affût, en veille, prêts
à réagir. Sans
doute vaut-il mieux prévenir
même si cela est difficile.
Voilà,
c'est une bien rude tâche
qui m'attend, je ne me fais
aucune illusion, s'il n'y avait
pas ces équipes, les
directeurs, tous ceux qui sont
ici, ceux que je ne connais
pas encore, même si ma
fréquentation de ces
lieux est longue. Et certains
d'entre vous me disaient, chaque
fois que je passais fugitivement,
parfois pour quelques années
quand même : "alors
c'est pour quand ?". Eh
bien, voilà, c'est pour
aujourd'hui, personne ne l'avait
prévu, surtout pas moi
et surtout pas il y a quatre
jours.
Les
dossiers que Philippe Douste-Blazy
nous a présentés
témoignent de son acharnement,
de sa connaissance mais véritablement
de son obstination à
vouloir régler certains
parmi les plus compliqués
de ces dossiers. Et je le remercie
d'avoir effectué ce travail
et de nous avoir dit très
crûment, mais aussi avec
un peu d'espoir, que beaucoup
de ces problèmes restaient
pour le moment insolubles ou
difficiles à résoudre.
C'est sans doute vrai et pourtant
tout le monde compte sur la
France.
Et
dans ces difficultés
majeures, au sein de ces dossiers
très délicats,
c'est là que se situe,
je crois, le rôle particulier
de la France. Notre pays est
attendu même quand elle
n'a pas de solution, même
quand ce pays, notre pays, la
France n'a pas de solution.
Il nous faudra donc en inventer,
et je suis sûr que tous
ceux qui sont ici, ceux qui
ont travaillé et qui
seront toujours les bienvenus
dans cet endroit qui est le
leur – Catherine reste
pour autre chose – seront
là pour nous conseiller
et pour essayer que nous soyons,
au nom de notre pays, le plus
performants possible.
Voilà,
j'ai conscience de l'ampleur
de la tâche, j'ai conscience
aussi de la nécessité
de nous y atteler jour et nuit.
Je n'ai pas de recettes sauf
une seule en politique : continuer,
continuer, s'obstiner, s'obstiner,
ne jamais lâcher un dossier
tant qu'il reste - et même
s'il n'y en plus – une
petite parcelle d'espoir. Toujours
impliquer les uns et les autres,
tenter des dialogues impossibles,
cela aussi c'est le rôle
de la France. Et puis, à
la fin du jour et parfois à
la fin de la nuit, il faut décider.
Nous le ferons mais jamais sans
avoir déployé
cet acharnement à mettre
ensemble autour des tables,
dans ces missions impossibles
de paix que je connais particulièrement,
avec la communauté internationale
– jamais tout seul -,
grâce à la communauté
internationale, je le répète,
continuer ces impossibles tâches
qui sont l'honneur de cette
Maison, sa mémoire et
son talent de demain. Merci./.