CONFERENCE DE PRESSE
DE M. NICOLAS SARKOZY,
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
SOMMET
INFORMEL DES CHEFS D’ETAT
OU DE GOUVERNEMENT DE
L’UNION EUROPEENNE
SESSION
DE LA CONFERENCE INTERGOUVERNEMENTALE
***
VENDREDI 19 OCTOBRE
2007
Mesdames et Messieurs,
Bonjour. Ce Conseil
européen vient
de se terminer un peu
plus tôt qu’on
aurait pu le craindre,
même si nous avons
travaillé tard
cette nuit. Cela se
traduit par une très
bonne nouvelle pour
l’Europe, puisque
le Traité simplifié
a été
adopté.
Nous l’avions
imaginé, nous
l’avions rêvé,
le voici réalisé.
L’Europe s’est
dotée d’un
Traité simplifié.
J’avais eu l’occasion
d’en avancer l’idée
pour la première
fois en septembre 2006
et voici donc l’Europe
qui sort de dix années
d’imbroglio institutionnel.
C’est un évènement
extrêmement important
et l’Europe sera
dotée d’institutions
réformées
qui lui permettront
-en tout cas, c’est
ce que l’on peut
souhaiter- d’être
la plus efficace possible.
Ce traité doit
désormais être
ratifié.
Parlant sous le contrôle
de Bernard KOUCHNER
et de Jean-Pierre JOUYET,
la France s’engagera
dans une ratification
parlementaire et je
souhaite que cette ratification
puisse avoir lieu dans
les délais les
plus brefs
possible, c’est-à-dire
au mois de décembre
2007. Je serais très
heureux si la France
pouvait être l’un
des pays d’Europe
qui ratifie ce Traité
simplifié parmi
les premiers. Car, après
avoir bloqué
la Constitution, vous
comprendrez qu’en
temps que Chef de l’Etat,
je ne verrai que des
avantages à ce
que la France montre
l’exemple de l’adoption
de nouvelles institutions.
Les forces politiques
françaises prendront
chacune leurs responsabilités.
Je tiens à souligner
cependant que, sur les
27 pays qui l’ont
adoptée, les
gouvernements, qu’ils
soient socialistes,
libéraux, conservateurs,
l’ont adoptée
dans les mêmes
conditions. C’est
d’ailleurs la
présidence de
M. SOCRATES, excellent
Premier Ministre portugais
dont chacun connaît
l’engagement au
parti socialiste européen,
qui a proposé
cette adoption. Je suis
certain que toutes les
forces politiques françaises
en tireront les conséquences.
C’est un engagement
que j’avais pris
durant la campagne et
cet engagement a été
tenu. Par ailleurs,
les Chefs d’Etat
ou de gouvernement ont
réaffirmé
l’objectif commun
d’une entrée
en vigueur du traité
le 1er janvier 2009.
La France y tenait beaucoup
puisqu’elle présidera
l’Union entre
le 1er juillet 2008
et le 31 décembre
2008. Il reviendra donc
à la France de
préparer la mise
en place de ces nouvelles
institutions. Cela signifie
que les institutions
rénovées
devront pouvoir fonctionner
en janvier 2009. Le
Président stable
du Conseil européen
prendra ses fonctions
à cette date.
S’agissant du
Haut représentant
de l’Union, il
a été
convenu qu’il
soit nommé après
des contacts pris, notamment
avec le Parlement européen,
parce qu’il sera
également viceprésident
de la Commission. Le
Parlement européen
devra être associé
et comme il y aura en
juin 2009 des élections
européennes,
ce que j’ai dit
pour la Présidence
stable du Conseil ne
vaudra pas pour la Présidence
de la Commission, et
nous avons un problème
pour le Haut représentant.
Difficile de le nommer
vice-président
d’une Commission
terminant alors que
des élections
arrivent. Le Président
de l’Union, c’est
début 2009 et
les nouvelles institutions,
c’est janvier
2009.
Je
dois d’ailleurs
à la vérité
dire que l’accord
a été
assez simple à
obtenir entre nous.
Les demandes polonaises,
nous les avions traitées,
M. SOCRATES, Mme MERKEL
et moi lors de multiples
contacts bilatéraux
et donc sur IOANNINA
et le protocole annexé
au traité, on
a trouvé un accord
très rapidement.
C’était
préparé
avant que nous soyons
ici.
Sur
le nombre d’avocats
généraux,
il n’est pas anormal,
il est même normal
-je l’ai dit à
la Présidence-
que nos amis polonais
aient un avocat général
fixe comme chacun des
grands pays, c’est-à-dire
les pays autour de 40
millions d’habitants
et plus. Nous avons
augmenté le nombre
d’avocats généraux
pour les autres pays
de manière à
ce que cela tourne,
c’était
assez simple.
La
satisfaction de la demande
italienne a été
un peu plus compliquée
et cela m’a amené
à tenir une réunion
dans nos bureaux avec
Monsieur KOUCHNER, le
Président polonais,
le Président
italien et Jean-Claude
JUNCKER. On ne change
pas une équipe
qui gagne, puisque que
c’était,
à l’exception
de Tony BLAIR, l’équipe
de Bruxelles. J’ai
été amené
à proposer un
accord d’équilibre
qui précise l’adoption
du rapport du Parlement
européen même
si ce ne sera fait qu’en
décembre avec
750 postes de députés,
plus le Président.
Et non 751 députés,
cela revient au même.
Cela a évité
de rouvrir un débat
avec d’autres.
Cela fait donc un poste
de créé
que nous affectons à
l’Italie qui,
au lieu de perdre 6
sièges par rapport
à Nice, en perdra
5. Elle en aura donc
73 et pour les autres,
nous prendrons une décision
en décembre,
étant entendu
que cette décision
sera fondée sur
la proposition du Parlement
européen.
Vous
pourriez vous demander
pourquoi nous ne l’avons
pas formalisée.
Tout simplement parce
que nos amis polonais
ne souhaitaient pas
qu’on mette en
exergue le fait qu’ils
aient 4 députés
de moins. C’est
un compromis et, comme
tout compromis, chacun
doit faire des efforts
et j’ai été
amené à
proposer cette solution
qui a donc été
adoptée à
l’unanimité.
Deux choses d’autres
à vous dire.
La première,
c’est que vous
verrez une déclaration
conjointe sur les récents
développements
des marchés financiers.
Ses signataires vous
intéresseront
peut-être, puisqu’il
s’agit d’Angela
MERKEL, de Gordon BROWN
et de moi-même.
Nous avons travaillé
sur cette déclaration
ce matin. Vous savez
qu’Angela MERKEL
et moi partageons le
même engagement
sur la nécessité
de transparence et de
régulation. Il
est important que le
Premier Ministre anglais
se joigne à nos
démarches en
demandant davantage
de transparence et de
régulation sur
les marchés financiers.
Je reverrai Gordon BROWN
demain, puisque je le
recevrai à l’Elysée
avant le match de rugby.
Mais enfin, cela augure
bien de la collaboration
entre la Grande-Bretagne
et la France.
Enfin, le Président
SOCRATES a indiqué
qu’au Conseil
formel de décembre,
il proposerait la création
d’un groupe des
sages de dix à
douze membres qui réfléchira
à l’avenir
de l’Europe et
à sa place dans
la globalisation, pour
faire écho aux
préoccupations
de Gordon BROWN. J’ai
bien indiqué
qu’il ne s’agissait
pas, dans mon esprit,
de rouvrir les débats
institutionnels qui
ont été
tranchés par
l’adoption du
Traité simplifié.
Il va de soi que dans
ces conditions, il n’y
aura pas d’ouverture
de nouveaux chapitres
concernant la Turquie
au mois de novembre
et que tout ceci est
repoussé au mois
de décembre.
Vous savez que j’avais
fait un paquet de ce
groupe de sages qui
devrait voir le jour
au mois de décembre
prochain et de l’ouverture
de nouveaux chapitres
compatibles avec l’association,
s’agissant de
la Turquie.
Avant
de répondre à
vos questions, je voudrais
dire que la Présidence
portugaise a été
très efficace
et extrêmement
à l’écoute
des préoccupations
françaises.
QUESTION
– Est-ce que vous
avez le sentiment que
ce traité est
le dernier traité
avant longtemps ? Deuxième
question : à
droite et à gauche
aussi, se font entendre
des voix de plus en
plus nombreuses réclamant
un référendum.
Est-ce
que vous l’excluez
totalement ?
LE
PRESIDENT –
Est-ce le dernier traité
avant longtemps ? L’Europe
est jalonnée
de traités puisqu’il
y en avait presque tous
les deux ans. Enfin,
je pense que, compte
tenu des cinq derniers
mois, cela devrait faire
passer le goût
des sujets uniquement
institutionnels, en
tout cas pour des gens
normaux, équilibrés.
Donc, je ne dirais pas
que c’est le dernier,
mais enfin, on a quand
même réglé
des problèmes
importants : le Haut
représentant,
la Présidence.
On s’est même
payé le luxe
de régler l’affaire
des députés.
Ce n’est pas rien
et donc je souhaite
que l’on mette
du contenu maintenant.
Donc, ce n’est
certainement pas le
dernier, mais celui-ci
risque durer plus longtemps
que les autres. Je ne
parle pas du Traité
de Rome. Sur le référendum,
j’ai dit pendant
la campagne que je me
battrai pour l’adoption
du Traité simplifié
et que si j’arrivais
à convaincre
nos 26 partenaires que
le Traité simplifié
était la solution,
je le soumettrai à
la voie parlementaire.
Ce serait donc un reniement
de ma parole et je sais
combien «Libération»
est vigilant sur le
respect de ma parole.
Donc je ne peux pas
imaginer que «Libération»
m’engage à
être parjure à
une telle promesse.
Que diriez-vous ? C’était
de bonne guerre ! Donc
non, c’est parlementaire,
et par ailleurs ce n’est
pas une constitution,
ce n’est pas le
Traité issu de
la Convention. Ce que
l’on met dans
le Traité à
fait l’objet d’un
consensus de toutes
les forces politiques
y compris de celles
qui avaient voté
non, voilà.
QUESTION
– La Présidence
française est
dans neuf mois, j’imagine
que votre équipe
commence à la
préparer. Quelles
priorités voulez-vous
pour cette Présidence
française ?
LE
PRESIDENT – On
la prépare très
activement, d’abord
parce qu’avec
François FILLON,
Bernard KOUCHNER et
Jean-Pierre JOUYET,
on a prévu de
faire la tournée
de toutes les capitales
avant la Présidence.
J’en ai fait déjà
quelques unes et je
vais naturellement continuer.
J’ai d’ailleurs
eu le prochain Président
slovène qui m’a
demandé une rencontre
pour que la Présidence
slovène et la
Présidence française
fassent vraiment un
travail en commun. Bernard
KOUCHNER et Jean-Pierre
JOUYET sont en contact
avec les ministres slovènes.
S’agissant des
priorités, nous
les avons fixées
: une politique de l’énergie,
une politique de l’environnement,
une politique de l’immigration,
une politique de la
défense, un papier
d’orientation
générale
sur la politique agricole
commune et puis la préparation
de la mise en place
des
futures institutions.
Je ne sais pas si l’on
réussira, mais
ce sera une Présidence
extrêmement lourde,
extrêmement importante
sur laquelle nous travaillons
dès maintenant.
D’ailleurs, la
France recueille les
fruits de son engagement
à l’Est
et de son engagement
à l’Ouest
avec la Grande-Bretagne.
Par ailleurs, s’agissant
du Sud, la France a
joué un rôle
important dans la solution
du problème italien.
Parce que franchement,
il y a quatre millions
d’habitants de
différence entre
l’Italie et la
France. Les grands pays
étaient auparavant
dans le même paquet
à soixante mais
aujourd’hui l’écart
se creuse. La Grande
Bretagne est à
60, la France est à
62 et je parle des chiffres
européens, même
pas des nôtres.
La proportionnalité
dégressive, pour
reprendre le jargon
que vous connaissez
mieux que moi, ne peut
pas être sans
conséquence avec
4 millions de différence.
QUESTION
– Chacun a observé
ces derniers mois que,
compte tenu du fait
qu’il y avait
cet obstacle institutionnel
qui restait sur la route
des 27, il y a eu peu
d’initiatives
législatives
de la Commission, parce
qu’on avait peur
finalement que cela
rouvre d’autres
chantiers de polémiques.
Est-ce que vous souhaitez
ou est-ce que vous pensez,
maintenant que cet obstacle
institutionnel est levé,
qu’il faudrait
que la Commission ait
un agenda législatif
plus fourni, plus développé
et fasse davantage de
propositions dans les
mois qui viennent ?
LE
PRESIDENT –
Il est normal que M.
BARROSO ait fait moins
de propositions, parce
que l’Europe était
bloquée. Vous
l’avez-vous vous-même
si souvent écrit.
Comment peut-on écrire
que l’Europe est
bloquée et lui
demander de multiplier
les initiatives. Vous
connaissez l’appréciation
très positive
que la France porte
sur le travail de M.
BARROSO, et d’ailleurs
il a fait un excellent
rapport sur la politique
extérieure de
l’Union dont on
a parlé ce matin.
Il était extrêmement
intéressant.
Et, là encore,
je vois quand même
que les idées
de la France progressent
puisqu’il ne s’agit
plus d’opposer
ceux qui sont pour la
mondialisation et ceux
qui sont pour la protection.
J’entends même
dans la bouche de Gordon
BROWN le mot réciprocité.
Cela avance, cela progresse.
On peut maintenant avancer
l’idée
que la préférence
communautaire existe,
sans être taxé
de protectionniste.
C’est très
nouveau, c’est
très important.
On le doit au travail
remarquable de M. BARROSO.
Mais, bien sûr,
les institutions nouvelles
ce n’est pas une
fin en soi. Il faut
prendre l’initiative
et donner du contenu,
de la chair à
l’Europe. C’est
ce que l’on va
essayer de faire.
QUESTION
– Est-ce que vous
n’avez pas le
sentiment que le terme
de Traité simplifié
n’est pas forcément
le mieux choisi, parce
que pour le lecteur,
le citoyen, il est beaucoup
plus difficile à
lire que la Constitution,
puisqu’il renvoie
à d’autres
Traités ?
LE PRESIDENT –
Je suis responsable
des deux appellations
successives et mon premier
choix était encore
pire. J’avais
parlé d’un
mini traité et
je reconnais bien volontiers
d’ailleurs que,
si j’avais eu
l’intuition de
la manière dont
on pouvait s’en
sortir, ce n’était
pas bon parce que cela
donnait une Europe à
minima. Je le dis d’autant
plus que c’est
moi qui l’ai utilisé
la première fois.
Je m’y suis donc
repris à deux
fois pour trouver la
bonne expression. Alors,
Traité simplifié,
heureusement que le
nom n’est pas
bon parce que s’il
avait été
bon, quel succès
aurions-nous rencontré
? Mais quand même,
il y a sept articles
dans le Traité
simplifié. Alors
évidemment, comme
l’Europe est une
longue histoire, chaque
fois que vous dites
quelque chose vous faites
référence
à quantités
de textes. C’est
le passé. Mais
il y a sept articles.
Alors évidemment,
ce n’est pas à
mettre dans toutes les
mains, ce n’est
pas une lecture simple.
C’est un problème
juridique mais, par
rapport au travail des
constitutionnels, c’est
considérablement
simplifié. Mais
à la bourse aux
idées des nouveaux
noms, je crains que
maintenant cela ne soit
trop tard, on l’a
fait.
QUESTION
– Vous avez salué
le travail de M. BARROSO
qui est candidat à
son propre renouvellement
à la Commission
européenne en
2009. Comme vous l’avez
précisé,
la France sera un peu
à la manoeuvre
pour les nominations.
Est-ce que cela veut
dire que vous soutenez
la candidature de M.
BARROSO à un
deuxième mandat
? Avec les noms qui
ont déjà
circulé, est-ce
que vous soutenez toujours
la candidature de M.
BLAIR à la Présidence
du Conseil et la candidature
de M. SOLANA au Ministère
des Affaires étrangères?
LE
PRESIDENT -
Et je que combats la
candidature de M. JUNCKER
….
QUESTION
– …M. JUNCKER
pour l’Eurogroupe...
LE
PRESIDENT –
Non, mais je vous voyais
si bien parti. Un, je
persiste et je signe
: M. BARROSO est un
très remarquable
Président de
la Commission. D’ailleurs,
c’est un jugement
qui est unanimement
formulé et à
ceux qui considéreraient
qu’il n’est
pas assez bon, je pourrais
solliciter quelques
comparaisons, et je
ne suis pas sûr
que ce serait flatteur
pour les autres comparés.
Parce qu’on a
connu des commissions,
et vous qui êtes
les spécialistes
et qui suivez cela,
vous savez parfaitement
de quoi je parle. Dans
un contexte extrêmement
difficile, M. BARROSO
a continué à
travailler. Que l’on
soit socialiste ou pas,
chacun peut le reconnaître,
ce n’était
pas facile pour lui,
et il l’a fait.
Est-ce qu’il doit
être le prochain
Président ? Moi,
j’ai le souvenir,
l’histoire cela
compte, même la
plus récente.
Quand un Chef de gouvernement
et un Chef d’Etat
se sont mis d’accord
sur le futur, cela s’est
mal terminé.
Je crois que c’était
Guy VERHOFSTADT, Gerhard
SCHROEDER et Jacques
CHIRAC. Alors, j’aime
trop M. BARROSO pour
lui faire un coup pareil.
Donc je m’abstiendrai
de répondre à
cette question. Tony
BLAIR, je l’ai
reçu avant-hier
soir et c’est
un homme très
remarquable. Il est
le plus européen
des Anglais. Je ne connais
pas ses intentions mais
que l’on puisse
penser à lui,
c’est assez intelligent.
Quant à Jean-Claude
JUNCKER, je sais qu’il
est Président
de l’Eurogroupe.
J’ai même
fait sa campagne en
2004, quand j’étais
Ministre des Finances.
C’est un homme
qui siège, si
ma mémoire est
exacte, depuis 1976,
sans discontinuer. Ce
n’est pas que
je l’envie, mais
cela donne quand même
une culture, une histoire.
Donc, qu’il puisse
être le premier
Président du
Conseil, c’est
une idée intelligente.
Vous dites à
la manoeuvre. Simplement
je vais d’abord
écouter, consulter
et on va réfléchir.
N’étant
candidat moi-même
à aucun de ces
postes, il faudra faire
le meilleur choix, mais
la France ne prend pas
position maintenant.
C’est prématuré
et cela risquerait d’ailleurs
de ne pas mettre fortement
en lumière l’importance
de ce Conseil de Lisbonne.
QUESTION
– C’est
une belle réussite
pour la présidence
portugaise, évidemment,
une signature le 13
décembre. Mais
il y a quelque chose
qui pose davantage problème
qui est le sommet Union
européenne-Afrique.
Est-ce que ce sommet
vous pose problème
en raison de la venue
de certains Chefs d’Etat
africains ?
LE
PRESIDENT –
J’y serai. Une
belle réussite
pour la présidence
portugaise, c’est
aussi une belle réussite
pour les vingt-sept.
De la même façon,
on aurait échoué,
je suis sûr que
l’on aurait dit
qui était le
premier fautif. Ce Traité
simplifié, quand
on en a parlé,
je me souviens de tous
les rires, les moqueries,
eh bien, à l’arrivée,
c’est fait. C’est
même le seul sujet
dont vous ne vous soyez
pas moqués. Mais
bon, c’est une
grande satisfaction.
C’est vrai que
M. SOCRATES a été
un Président
extrêmement disponible,
consensuel et portant,
en même temps,
beaucoup de convictions.
C’est un homme
qu’à titre
personnel j’apprécie
beaucoup et je le dis
très sincèrement
et très sérieusement.
Il gagne beaucoup à
être découvert
et cela montre qu’au-delà
des clivages politiques
en Europe, on a travaillé
main dans la main, sans
aucune différence.
QUESTION
– Vous vouliez
engager une discussion
aujourd’hui sur
les monnaies artificiellement
sous évaluées,
est-ce que cela a été
le cas ? Et estce que
vos partenaires partagent
vos préoccupations
sur le niveau actuel
de l’euro ?
LE
PRESIDENT –
On en a parlé
puisque j’en ai
parlé moi-même
dans la discussion informelle,
ce matin. M. JUNCKER
n’a pas pu rester
puisqu’il est
au G7 Finances. Tout
le monde ne considère
pas que l’euro
soit trop haut mais
tout le monde considère
que d’autres monnaies
sont trop faibles. Alors,
si c’est le chemin
du consensus et qu’on
me dise : « c’est
l’euro qui est
trop fort où
c’est le yuan
qui est trop bas, c’est
l’euro qui est
trop élevé
ou c’est le dollar
qui est trop bas »,
vous faites ce que vous
voulez. Mais comme les
monnaies n’ont
pas de valeur absolue
mais des valeurs relatives,
cela doit revenir quelque
part au même.
QUESTION
– J’ai une
question sur les fonds
qui sont contrôlés
par les Etats, tel que
la Chine, l’Arabie
Saoudite ou les Emirats
Arabes Unis. Ces fonds
ont des milliards de
dollars à investir
et il y a un débat
en Europe pour savoir
s’il doit y avoir
des règles, un
encadrement national
ou européen pour
contrôler ou réguler
ces fonds d’Etat
? J’aurais souhaité
avoir un avis de votre
part, quelle est la
position de la France
?
LE
PRESIDENT – Je
souhaite qu’il
y ait des règles
et je vous dis que c’est
un élément
très important
que Gordon BROWN ait
signé la lettre
avec Angela MERKEL.
Parce que nous sommes
décidés
à ne pas nous
laisser faire par rapport
à des fonds spéculatifs,
à des attitudes
sans scrupules qui ne
répondent pas
aux critères
de transparence qu’on
est en droit d’attendre
dans un monde civilisé.
Je me suis souvent exprimé
sur le sujet, c’est
inacceptable, et nous
sommes décidés
à ne pas l’accepter.
Je vois aussi l’évolution
du gouvernement anglais,
à mes yeux très
positive, de demander
de la transparence et
de la régulation.
Sans doute que ce qui
est arrivé en
Angleterre avec la huitième
banque les a interpellés.
Et d’ailleurs,
ils ont raison. J’aurais
été moi-même
interpellé.
QUESTION
– Sur le volet
international, vous
allez accueillir le
Premier Ministre OLMERT,
ce lundi à Paris.
Quel sera votre message
en vue des prochaines
conférences qui
auront lieu à
Annapolis aux Etats
Unis et puis à
Paris ?
LE
PRESIDENT –
Nous aurons le plaisir,
avec Bernard KOUCHNER,
de recevoir à
déjeuner Monsieur
OLMERT, lundi, avant
mon départ, dans
l’aprèsmidi
pour une visite d’Etat
au Maroc. Mon message
sera très simple.
Je dirai au Premier
Ministre, avec toute
l’amitié
que j’ai pour
lui et tout l’engagement
que j’ai au côté
de l’Israël,
que c’est le moment,
maintenant, de faire
la paix. On ne prend
jamais trop de risques
quand il s’agit
de faire la paix. C’est
maintenant qu’il
faut parler. C’est
maintenant qu’il
faut mettre tous ses
atouts sur la table.
C’est maintenant
qu’il faut prendre
le risque de construire
une paix durable. Et
ce message, il est exactement
celui que j’ai
transmis avec le même
Bernard, à New
York, à Abou
Mazen. La paix, elle
viendra d’abord
des Israéliens,
des Palestiniens. La
paix sera d’abord
leur affaire. Et nos
amis israéliens
doivent comprendre que
c’est d’abord
leur affaire. Et que,
si il y a un pas à
faire vers l’autre,
c’est maintenant
qu’il doit être
fait. Je ne partage
pas l’avis de
ceux qui pensent que
ce n’est pas le
moment. C’est
justement parce qu’il
y a toutes ces difficultés
à Gaza, en Israël
et ailleurs dans le
monde. C’est pour
cela que jamais, de
mon point de vue, il
n’y a eu autant
d’opportunités
pour arriver à
une solution.
QUESTION
– Quel est votre
état d’esprit,
au lendemain de l’annonce
de votre divorce d’avec
Madame Cécilia
SARKOZY ? Avez-vous
lu l’entretien
qu’elle a donné
à l’Est
Républicain aujourd’hui
? Et partagez-vous son
analyse sur l’échec
de votre couple ?
LE
PRESIDENT – Mon
état d’esprit
est très simple
: j’ai été
élu par les Français
pour trouver des solutions
à leurs problèmes,
pas pour commenter ma
vie privée. Et
j’aurais tellement
aimé qu’un
grand journal comme
« Le Monde »
puisse se passionner
pour l’Europe,
plutôt que pour
ma vie privée.
Mais, après tout,
c’est sans doute
de cela qu’on
doit être flatté.
Qu’estce que vous
voulez que je vous dise
? Si vous croyez que
les Français
m’ont élu
pour autre chose que
de travailler, travailler
et encore travailler…
Pour le reste, les Français
ne demandent aucun commentaire.
Cela les intéresse
beaucoup moins que vous.
Et ils ont raison. Et
peut-être également
qu’ils ont plus
de pudeur et plus de
discrétion, oserais-je
dire, un poil d’élégance
en plus.
QUESTION
– Vous avez évoqué
le Comité des
Sages qui sera mis en
place dans les prochains
mois. Est-ce que vous
pourriez nous dresser
le portrait robot d’un
Sage, à vos yeux,
en Europe ? Il y en
a douze, je crois.
LE
PRESIDENT –
J’essaye d’apporter
des idées nouvelles
à l’Europe.
J’essaye. Mais,
apporter des idées
qui ne sont pas retenues,
cela n’a pas de
sens. Donc, j’essaye
d’apporter des
idées qui soient
retenues. Pour cela,
qu’est-ce que
je fais ? J’avance
l’idée
et je laisse ouverte
la porte au maximum
pour que les autres
puissent se l’approprier
et que cela devienne
leur idée. Le
Traité simplifié
: j’ai porté
cette idée. Mais
j’étais
très heureux
que Madame MERKEL la
transforme, l’incarne
dans sa Présidence
remarquable. Je vais
faire pareil pour le
groupe des Sages. Moi,
j’amène
cette idée en
disant : voilà,
est-ce que le rêve
européen des
trente dernières
années doit être
le même que celui
des pères fondateurs
? Réfléchissons
et ce n’est pas
les Chefs d’Etat
ou de Gouvernement qui
peuvent le faire. Je
n’ai donc pas
voulu mettre un papier
sur la table qui fige
les choses. A grands
traits, cependant, dix
à douze personnes.
Pourquoi ? Parce que
je ne voudrais pas qu’il
y en ait un par pays
car la logique d’un
par pays est une logique
exclusivement nationale.
Or je veux une logique
exclusivement européenne.
Deuxième élément,
je ne crois pas que
cela doit être
que des politiques.
Je pense qu’il
peut y avoir des savants,
des historiens, des
géographes, des
philosophes, des hommes
d’affaires. Je
pense qu’il doit
y avoir des femmes,
je pense que cela doit
être représentatif
de toutes les cultures
et je pense enfin qu’il
faut leur laisser du
temps, deux ans, pour
être déconnectés
des élections
européennes de
juin 2009.
QUESTION
– Justement, vous
parliez de la mise en
pratique ou de la préparation
des futures institutions,
comment faire en sorte
qu’il n’y
ait pas une collision
au sommet entre le futur
Président stable
du Conseil et le Président
de la Commission ?
LE
PRESIDENT –
Vous voyez qu’il
y a un risque de collision.
D’abord, je pense
que le Président
stable devrait être
assez sage pour travailler
en équipe. Je
pense que c’est
extrêmement important
et que beaucoup dépendra
de la personnalité
des uns et des autres.
Aujourd’hui, on
a la Commission qui
fait un peu tout parce
que la Présidence
change tous les six
mois. Il faudra trouver
de nouveaux rapports
avec une présidence
qui est là pour
deux ans et demie. Je
n’ignore pas que
cela demandera beaucoup
d’efforts, de
compromis, qu’il
y a peut-être
un risque, surtout celui
de ne pas choisir les
meilleures personnalités.
Je pense que des personnalités
fortes au service d’institutions
fortes c’est toujours
préférable
à des personnalités
faussement consensuelles,
celles qui gênent
le moins. Mais vous
parlez de risques, sans
doute que cela existe,
je ne vous ferai pas
l’injure de contester
cela.
QUESTION
– Dans ce sommet
nous parlons d’une
Europe réunie,
plus compétitive.
Est-ce que vous allez
parler au nom de cette
Europe avec le gouvernement
chinois lors de votre
prochaine visite ? Ce
n’est pas la première
fois, mais c’est
la première fois
en tant que Président
de la France. Allez-vous
parler au nom de l’Europe
sur la monnaie ? Est-ce
que vous avez un commentaire
sur le congrès
national du CPCC, en
Chine actuellement ?
LE
PRESIDENT –
Sur le congrès
national, non. Il se
trouve que, lors de
mon voyage, je serai
avec M. BARROSO, qui
y sera lui-même
pour le sommet et avec
M. JUNCKER. Nous aurons
donc l’occasion
de parler des rapports
entre la Chine et l’Europe.
C’est un sujet
considérable.
Vous savez que ce que
font nos amis chinois
est tout à fait
exceptionnel. Je ferai
valoir simplement cette
idée que les
grands de ce monde ont
des droits mais aussi
des devoirs.
QUESTION
- M. Bernard LAPORTE
semble faire l’objet
d’une enquête
sur ses affaires fiscales,
avec des éléments
qui pourraient être
transmis au Parquet.
Est-ce que vous maintenez
toujours votre intention
de le faire entrer au
gouvernement ?
LE
PRESIDENT –
La présomption
d’innocence est
quelque chose qui doit
exister. Je l’ai
d’ailleurs fait
fonctionner pour André
SANTINI, cela me paraît
raisonnable. Mais vous
savez ce qui est extraordinaire,
c’est que pas
un ne m’a posé
la question sur les
mouvements sociaux d’hier.
Regardez comme l’actualité
change. Il y a quarante-huit
heures, c’était
la grande affaire française,
mon grand rendez-vous
lisait-on. Et aujourd’hui,
vingt-quatre heures
après ce grand
rendez-vous, pas une
question. Ce n’est
pas un reproche mais
cela doit donc vouloir
dire que cela ne s’est
pas si mal passé
que cela. Je veux dire
que la stratégie
du gouvernement, ferme
sur l’objectif
de la réforme
des r&e