CONFERENCE DE PRESSE
CONJOINTE
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. NICOLAS SARKOZY,
ET DU PRESIDENT DU CONSEIL
DES MINISTRES
DE LA REPUBLIQUE ITALIENNE,
M. SILVIO BERLUSCONI
- PROPOS DE M. SARKOZY
-
(Rome,
3 juin 2008)
Monsieur
le Président,
merci. Effectivement,
l'Italie et la France
sont des alliées
et des amies traditionnelles.
Dans le cœur de
chaque Français,
il y a l'amour pour
l'Italie. Cet amour
risque d'être
un peu contrarié
avec le championnat
d'Europe. C'est le groupe
C.
(...)
Enfin,
on est dans le même
groupe. Ce qui, bien
sûr, peut poser
des rivalités.
Mais, sur le fond, il
y a une très
grande gémellité
entre l'Italie et la
France. L'Italie est
un pays aimé
de chaque Français.
C'est un pays que nous
admirons, dans lequel
chaque Français,
qui s'y rend, se trouve
bien. Il y a cette Méditerranée
entre nous.
Sur
l'ensemble des dossiers
que nous avons évoqués
avec le président
Berlusconi, il y a une
grande identité
de vues. Le président
Berlusconi veut une
Europe plus concrète,
plus efficace, plus
pragmatique. La France
veut une Europe qui
protège les Européens.
Derrière le mot
protection, il n'y a
pas de frilosité,
il y a simplement que
nous entendons le message
de nos électeurs.
Certains pays ont voté
non, dans d'autres,
on voit l'euroscepticisme.
Je suis profondément
européen mais
je veux participer à
la construction d'une
Europe qui rende service
aux Européens.
C'est ce dont nous avons
parlé avec le
président Berlusconi,
un pacte européen
pour l'immigration,
le paquet énergie-climat
pour que l'Europe soit
exemplaire dans la sauvegarde
de la planète,
la Politique agricole
commune. L'agriculture
en Italie existe, l'agriculture
en France existe. Ce
matin, avec Michel Barnier
et Alain Joyandet, nous
étions au sommet
de la FAO à Rome.
Qu'est-ce que l'on nous
dit ? Que le monde aura
besoin davantage de
production pour nourrir
850 millions d'êtres
humains qui meurent
de faim. Ce n'est pas
le moment qu'il faut
choisir pour demander
aux Européens
de produire moins.
Pour
la politique de défense,
vous savez, la France
veut faire avancer les
choses. C'est une conviction
très ancienne
du président
Berlusconi. Par ailleurs,
sur des sujets dont
on parle beaucoup -
je pense au prix du
pétrole - les
pêcheurs, les
routiers, ou simplement
les automobilistes sont
confrontés à
un prix qui a doublé
depuis un an. Nous demandons
à l'Europe une
stratégie commune.
On parle, on discute
et on élabore.
La France a fait une
proposition. Il peut
y en avoir d'autres
comme en Autriche, où
j'étais la semaine
dernière. Le
Premier ministre autrichien
veut que l'on taxe la
spéculation.
Pourquoi pas ? Mais
on ne peut pas dire,
on n'a pas le droit
de dire aux Européens
: on ne peut rien, on
ne veut rien. Nous,
nous voulons. On apporte
une réponse européenne
à cette question
de l'augmentation du
prix du pétrole
et parce que nous le
voulons, on peut. En
tout cas, c'est un sujet
dont nous souhaitons
que le prochain conseil
des chefs d'Etat et
de gouvernement se saisisse.
Vous
voyez, je ne voudrais
pas être trop
long, mais nous avons
évoqué
tous ces sujets et bien
d'autres questions bilatérales.
Je crois pouvoir dire
qu'il y a une très
grande identité
de vues sur l'ensemble
de ces sujets.
(...)
Q
- Ma question risque
de s'adresser à
la fois à M.
Sarkozy et à
M. Berlusconi. Un politologue
français a forgé
l'expression "le
sarko-berluconisme"
en ce qui vous concerne.
Quels sont, selon vous,
les points communs et
pourquoi pas les différences
que vous vous reconnaissez
dans votre vision et
votre pratique du pouvoir
?
(...)
R
- Je comprends très
bien qu'il y a un certain
caractère obsessionnel
à cette remarque
qui ne m'étonne
pas. Je voudrais dire
que le point commun,
c'est le refus d'un
nombrilisme. Je pense
que les citoyens européens
attendent de nous, chefs
d'Etat et de gouvernement,
autre chose que de nous
regarder dans le blanc
des yeux et de nous
comparer. Il y a tant
de sujets à affronter
: le pétrole,
l'agriculture, les délocalisations,
la mondialisation, la
paix dans le monde,
les gens qui meurent
de faim, la façon
dont on peut régler
l'immigration. Il y
a tant de sujets.
Ne
nous en voulez pas,
on est un peu occupé
pour faire des comparaisons
comme cela. Mais c'est
une très bonne
nouvelle de voir que
vous, vous avez le temps.
Au fond, on ne doit
pas avoir la même
vie. Je le dis avec
envie.
Mais
ce n'est pas à
nous d'aller nous comparer
comme cela. Vous comprenez
une chose, il y a tellement
eu de rejets, de divorces
entre les Européens
et l'Europe. Ne nous
demandez pas d'avoir
des comportements, à
ce point, politiciens
et nombrilistes, alors
qu'il y a temps de questions
qu'on attend de nous.
Vous
savez, je m'apprête
à prendre la
Présidence de
l'Union. C'est à
la fois très
peu de choses et beaucoup.
Très peu de choses
parce qu'un président
de l'Union ne peut rien
décider seul
et beaucoup parce que,
malgré tout,
et Silvio Berlusconi
l'a été,
il faut apporter des
réponses. Je
vous assure que notre
problème quand
on est autour de la
table du Conseil européen,
c'est de se dire : qu'est-ce
que les Européens
ont pensé de
ce dont on a parlé,
de ce que l'on a décidé
? Et pas sur la photo,
qui ressemble à
qui ? Je pense même
que si nos électeurs
ont ces préoccupations,
peut-être même
que vos lecteurs souhaitent
également que
vous vous préoccupiez
d'autres choses.
(...)
Q
- J'ai une demande plus
restreinte, qui concerne
l'immigration illégale.
Vous en avez parlé
tout à l'heure.
Le président
Sarkozy nous l'avait
anticipé. Etant
donné qu'il y
a eu cet avertissement
de l'ONU, l'immigration
clandestine en France
est déjà
considérée
comme un délit,
pas encore en Italie,
on est en train de travailler
sur ce projet de loi.
Je voudrais que M. Berlusconi
nous dise si après
cet avertissement de
l'ONU, on envisage la
possibilité de
revoir un peu ce projet
de loi.
Une
autre brève question
à M. Sarkoky,
étant donné
que Berlin s'est opposé
à l'entrée
de l'Italie dans le
5+1, je voudrais savoir
de M. Sarkozy ce qu'il
en pense.
R
- Je voudrais préciser
que ce n'est pas un
projet de loi que l'on
propose, c'est un pacte.
C'est-à-dire
se mettre d'accord entre
pays européens
sur les grandes lignes
de ce que serait une
politique d'immigration
commune. Après
tout, on est 22 ou 24
pays à avoir
fait Schengen, c'est-à-dire
à abolir les
frontières entre
nous. Il est normal
que l'on réfléchisse
à qui on fait
rentrer les uns, les
autres. Deuxièmement,
il ne s'agit pas d'un
refus d'immigration.
Il s'agit d'une lutte
contre l'immigration
clandestine.
Enfin,
j'ai cru comprendre
que votre question était
sur l'Iran. Je voudrais
dire que, de mon point
de vue, on ne sera jamais
trop de pays à
essayer de résoudre
la première crise
du monde qui est l'ambition
à peine dissimulée
de l'Iran de se doter
de l'arme nucléaire.
Si nos amis italiens
veulent se joindre au
concert des nations
pour faire pression
sur l'Iran afin qu'il
renonce à l'arme
nucléaire, je
ne vois pas en quoi
on devrait refuser cette
aide. Je sais bien que,
derrière, se
poserait la question
d'autres pays comme
le Japon mais justement,
de mon point de vue,
ce n'est pas à
un petit groupe de pays
que nous résoudrons
la question iranienne,
c'est l'ensemble de
la communauté
internationale. Je voudrais
dire que, sur ce sujet
: bienvenue à
l'Italie si elle veut
prendre sa part du fardeau
que représente
la gestion potentielle
d'une crise aussi grave,
qui ne sera pas résolue
par quelques grandes
puissances mais par
l'unité de la
communauté internationale.
(...)
Q
- Vous avez évoqué
la question de l'Union
pour la Méditerranée.
A ce jour, si mes comptes
sont exacts, l'Algérie,
la Libye, la Syrie,
le Liban ne souhaitent
pas venir à Paris
à cause notamment
de la présence
d'Israël. Comment,
Monsieur Sarkozy, comptez-vous
les convaincre ?
R
- Vous savez, le président
Berlusconi le dira lui-même,
il déjeune demain
avec le président
Moubarak, j'ai eu l'occasion
de déjeuner avec
lui aujourd'hui, je
n'ai pas les mêmes
informations que vous.
Le président
libanais nous a confirmé
sa participation. Le
président syrien,
que j'ai eu au téléphone,
m'a indiqué tout
l'intérêt
qu'il avait pour ce
sommet et je pense que
sa présence est
vraisemblable. Le président
Bouteflika, que je connais
un petit peu, n'a pas
encore formulé
de réponse. Et
le président
Kadhafi est le président
Kadhafi, c'est-à-dire
une position originale
qui n'appartient qu'à
lui, qu'il convient
de respecter dont il
ne faut pas faire une
règle de conduite.
Maintenant,
si vous voulez me dire
que ce sommet est compliqué
avec les difficultés
d'Annapolis et du Processus,
c'est certain mais c'est
justement parce que
c'est difficile qu'il
faut le faire. Honnêtement,
si c'était facile,
d'autres l'auraient
déjà fait.
Bien sûr, que
cette question, quand,
autour de la Méditerranée,
vous voyez Israël,
la Syrie, le Liban et
tant d'autres est complexe
mais on organise le
sommet. J'en ai parlé
longuement avec le président
Moubarak, qui lui-même
assurera la Présidence.
L'Egypte
est un pays considérable,
77 millions d'habitants.
Il est lui-même
extrêmement engagé
dans ce sommet, on essayera
qu'il y ait le maximum
de participants parce
que l'Union pour la
Méditerranée
est une unité.
S'il devait en manquer
un ou deux, nous verrons
bien. Cela n'empêchera
pas, je reprends l'expression
du président
Moubarak, le train d'avancer
et c'est cela qui compte.
(...)
Q
- Je voulais adresser
une question à
M. Sarkozy. Je voulais
lui demander une opinion,
quelle est l'opinion
de la France au sujet
de la proposition qui
a été
faite aujourd'hui par
le président
M. Berlusconi de réduire
les dépenses
pour les aides humanitaires
du calcul du déficit
européen. Je
voudrais adresser une
autre question à
M. Berlusconi, je voudrais
lui demander si vous
avez parlé du
dossier Alitalia et
si quoiqu'il en soit,
il considère
qu'un partenaire national
est nécessaire
pour l'Italie, pour
Alitalia; s'il considère
que l'hypothèse
d'Air France est exclue.
R
- La France aurait mauvaise
grâce à
dénoncer la position
du président
du Conseil italien puisque
je crois me souvenir
que Jacques Chirac,
lui-même, avait
évoqué
la possibilité
de sortir les dépenses
militaires du calcul
du déficit. Franchement,
je crois que nous ne
serions pas bien placés
pour donner des leçons
à une initiative
que proposent nos amis
italiens. J'ajoute que
j'ai compris l'initiative
du président
Berlusconi comme une
volonté d'encourager
les pays qui font peu
à faire d'avantage
et de ne pas décourager
les pays qui font beaucoup
à faire ce qu'ils
font. Vous savez, pour
avancer en Europe, il
faut l'unanimité.
Je le vérifie
tous les jours et ce
n'est pas ce qu'il y
a de plus simple. Sur
Alitalia et Air France,
c'est au management
d'Air France de décider
mais je comprends la
réponse du président
Berlusconi comme une
volonté que l'on
ne s'interdise rien
dans l'avenir. Que chacun
travaille tranquillement
et que l'on voie un
jour ou l'autre des
possibilités
de travailler ensemble
sous une forme ou sous
une autre. Cela me réjouit
quand je pense que nous
allons essayer de chercher
entre l'Italie et la
France des projets industriels
communs, une volonté
d'avancer. J'ai moi-même
dit à mes amis
italiens que si un jour
ils revenaient sur le
choix qu'ils avaient
fait sur le nucléaire,
on serait très
heureux de travailler
ensemble. Il y en a
d'autres…Il y
a le Lyon-Turin, une
ligne extrêmement
importante, il y a le
Fréjus et le
tunnel de secours qu'il
faut faire. Enfin, deux
pays de l'importance
de l'Italie et de la
France, au cœur
de l'Europe, au cœur
de l'Europe géographique,
il faut que l'on ait
des projets ensemble,
des projets d'infrastructure
ensemble. On est au
cœur de l'Europe,
on ne peut pas simplement
s'en tenir au fait qu'il
y ait des déficits.
On n'investit pas et
c'est parce que justement
on n'a pas assez investi,
qu'il y a eu des déficits.
C'est parce que l'on
n'a pas fait assez de
réformes qu'il
y a eu des déficits.
Maintenant, si tant
qu'il y a des déficits,
on ne fait rien, croyez-moi,
on ne résoudra
pas les déficits.
Je pense qu'au XXIème
siècle, il faut
que l'on développe
des infrastructures.
Il faut que l'on investisse,
que l'on se tourne vers
l'avenir. Et si nos
amis italiens veulent
choisir - et ce sera
leur choix - le nucléaire,
la France sera très
heureuse de travailler
avec eux.
Merci,
je dois ajouter quelque
chose en ce qui concerne
une question commune,
celle du tunnel de Fréjus.
J'ai exprimé
la volonté de
notre gouvernement de
commencer les travaux
pour ce réseau
qui est très
important pour la France,
l'Italie et l'Europe.
L'Etat sera encore l'Etat
comme défenseur
de l'égalité.
Il n'y a pas une minorité
organisée qui
peut dire non à
quelque chose qui est
décidé
par un organe élu
démocratiquement
comme le gouvernement
d'un Etat. Je pense
que c'est quelque chose
d'important pour les
deux pays./.