DEPLACEMENT A NEW YORK
A L'OCCASION DE LA REUNION
DU CONSEIL DE SECURITE
DES NATIONS UNIES
SUR LA CONSOLIDATION
DE LA PAIX APRES LES
CONFLITS
INTERVENTION
DU SECRETAIRE D'ETAT
CHARGE DES AFFAIRES
ETRANGERES
ET DES DROITS DE L'HOMME,
MME RAMA YADE
(New York, 20 mai 2008)
Monsieur
le Président,
Mesdames et Messieurs
les Ministres,
Mesdames
et Messieurs,
Bien
évidemment au
nom de la France, je
voudrais me joindre
à mes collègues
pour dire à la
Chine et à la
Birmanie ma tristesse
devant la catastrophe
humanitaire qu'ils subissent
en ce moment.
Je
tiens d'abord à
remercier chaleureusement
M. Miliband et le Royaume-Uni,
qui préside notre
Conseil aujourd'hui,
pour avoir pris l'initiative
d'organiser ce débat
public sur la stabilisation
post-conflit.
La
stabilisation post-conflit
figure aujourd'hui au
cœur des préoccupations
de la communauté
internationale, et d'abord
du Conseil de sécurité.
Durant
la période cruciale
de sortie de crise,
la communauté
internationale se doit
de soutenir des institutions
nationales encore précaires
et leur permettre de
répondre aux
besoins élémentaires
de la population.
Naturellement
la tenue d'élections
est souvent une étape
capitale et nécessaire
au retour d'un pays
vers la paix, la stabilité
et la démocratie.
Mais reconnaissons qu'elle
n'en est pas pour autant
une condition suffisante.
Nous avons devant nous
malheureusement des
exemples à cet
égard très
préoccupants
que ce soit au Timor
Oriental ou en Haïti.
Alors,
quelles réponses
pouvons-nous proposer
à ces nouveaux
enjeux ?
Nous
devons travailler à
renforcer les capacités
internationales de l'ONU
pour agir à chaque
étape d'une crise,
depuis la menace de
conflit jusqu'à
la reconstruction, en
passant par le maintien
de la paix et la stabilisation.
Il
s'agit là d'une
vision et d'un engagement
que nous partageons
avec le Royaume-Uni,
comme l'ont rappelé
le président
de la République
et le Premier ministre
Gordon Brown lors du
Sommet franco-britannique
du 27 mars dernier.
A cet effet, nous souhaitons
développer notre
action suivant quatre
axes, sans préjudice
des positions de l'Union
européenne que
va défendre tout
à l'heure la
Slovénie, et
dont la France est bien
évidemment totalement
solidaire :
Le
premier axe c'est que
nous devons d'abord
renforcer la cohérence
des interventions de
la communauté
internationale en phase
post-conflit, en intégrant
leurs différentes
dimensions : politique,
sécuritaire,
humanitaire et de développement.
En
Afghanistan, par exemple,
l'ensemble de la communauté
internationale est convaincue
de la nécessité
de mettre en œuvre
une stratégie
globale civile et militaire.
C'est le sens de la
résolution 1806
du Conseil de sécurité
qui a confié
au nouveau représentant
spécial du Secrétaire
général
des Nations unies une
mission de coordination
de l'effort international
qui inclut ces deux
aspects.
La
Commission de consolidation
de la paix (CCP) des
Nations unies constitue
également un
premier effort de mise
en cohérence
de l'action de la communauté
internationale. Nous
pensons qu'une amélioration
des méthodes
de travail de cette
Commission est souhaitable
pour lui permettre de
mieux atteindre cet
objectif.
Monsieur
le Président,
nous devons également
renforcer notre action
dans certains des aspects
essentiels de la stabilisation.
Parmi
les enjeux cruciaux
que sont la promotion
d'un Etat de droit,
la mise en place d'une
justice efficace et
indépendante
ou le développement
d'une bonne gouvernance,
la réforme des
secteurs de sécurité
constitue une étape
indispensable, souvent
cruciale.
L'action
des Nations unies dans
ce domaine doit être
encouragée, comme
l'a fait le Conseil
de sécurité
le 12 mai dernier. Je
veux donc renouveler
le soutien de la France
au travail mené
par le Secrétaire
général
des Nations unies pour
définir une approche
de l'Organisation en
matière de Réforme
du secteur de la sécurité
(RSS).
Je
voudrais également
souligner l'importance
de la lutte contre l'impunité,
qui est la condition
première d'une
authentique réconciliation
sans laquelle aucune
paix durable et aucun
développement
ne sont possibles.
La
France a été
à l'origine de
la résolution
1593 du Conseil de sécurité
des Nations unies saisissant
la Cour pénale
internationale de la
situation au Darfour.
C'est
également un
expert français
qui a élaboré
les principes directeurs
des nations unies sur
la lutte contre l'impunité.
Nous
soutenons donc naturellement
les processus nationaux
initiés au Burundi,
en Mauritanie ou au
Togo en ce sens.
Nous
continuerons à
appuyer résolument
l'action de la justice
pénale internationale,
et plus particulièrement
de la Cour pénale
internationale, dont
les décisions
doivent être exécutées.
Troisième
axe qui me tient à
cœur : celui de
la promotion et de la
garantie du respect
des Droits de l'Homme
dans les sociétés
sortant de crise.
Il
ne peut y avoir à
long terme de paix,
ni de sécurité,
ni de développement,
si les droits civils
et politiques, mais
aussi les droits économiques
sociaux et culturels,
sont bafoués.
Comment
un Etat peut-il espérer
se reconstruire sans
s'appuyer sur l'énergie
de son peuple, son inventivité,
son esprit d'entreprise,
sans lui garantir une
liberté d'expression
et d'association qui
lui permette de pleinement
exprimer son potentiel
?
Comment
pourrions-nous espérer
reconstruire une société
stable et démocratique,
si le droit à
l'éducation,
qu'il s'agisse de l'éducation
primaire universelle
ou de l'accès
des femmes à
l'éducation n'est
pas respecté
?
Comment
rebâtir des sociétés
dont les forces vives
seraient décimées
par des pandémies
ou dans lesquelles les
femmes seraient marginalisées
?
C'est
dans cette perspective
que la France appelle
de ses vœux une
mondialisation équitable
et régulée.
Tel
est également
le sens du combat que
nous menons contre le
fléau des enfants
soldats et c'est pourquoi
la France a décidé
de créer un forum
de suivi des engagements
de Paris qui contribuera
à faciliter le
financement des programmes
de réinsertion
sociale des ex-enfants
soldats.
Là
aussi nous devons inscrire
notre action dans la
durée.
C'est
pourquoi il est également
indispensable de renforcer
la mise en œuvre
de la résolution
1325 du Conseil de sécurité
des Nations unies "femmes,
paix et sécurité"
dans toutes ses dimensions.
Nous
le devons tant afin
de lutter contre les
violences sexuelles
et l'impunité
dont bénéficient
encore trop souvent
les auteurs de ces insupportables
exactions que de garantir
la place des femmes
dans tout processus
de paix et de reconstruction.
d)
Enfin, la France entend
appuyer l'action des
Nations unies en matière
de stabilisation post-conflit
en mobilisant les capacités
de l'Union européenne.
D'une
manière générale,
nous soutenons le développement
des capacités
des organisations régionales,
notamment de l'Union
africaine, sur les questions
de sécurité.
Nous
souhaitons tout particulièrement
développer la
coopération entre
l'Union européenne
et les Nations unies
sur ces aspects.
L'Union
européenne dispose
d'une large palette
d'instruments et d'une
expérience opérationnelle
qui peuvent être
mises à la disposition
des Nations unies.
C'est
vrai pour les missions
de la PESD dans les
domaines de la politique
européenne de
défense, dans
les domaines de la réforme
des secteurs de sécurité
en République
démocratique
du Congo ou en Guinée
Bissao, de l'Etat de
droit en Irak ou en
Géorgie, ou de
police en Afghanistan
et en Bosnie.
Le
développement
du partenariat entre
les Nations unies et
l'Union européenne
sur les questions de
sécurité
au sens large sera donc
une priorité
de la Présidence
française de
l'Union européenne
et nous entendons y
travailler concrètement.
Monsieur
le Président,
je vous remercie./.