TRIBUNE
DU MINISTRE DE L'IMMIGRATION,
DE L'INTEGRATION, DE
L'IDENTITE NATIONALE
ET DU CODEVELOPPEMENT,
M. BRICE HORTEFEUX,
DANS LE QUOTIDIEN "LE
MONDE"
(Paris, 24 avril 2008)
Immigration : une politique
juste et efficace
Si
les diverses enquêtes
d'opinion montrent que
la grande majorité
de nos concitoyens comprend,
approuve et soutient
la nouvelle politique
d'immigration de la
France, je suis cependant
attentif aux critiques
ici ou là, parfois
bruyantes.
Certains
contestent les principes
mêmes de notre
politique. D'autres
- dans une construction
intellectuelle bizarre
et contradictoire -
fustigent leur application
au cas par cas, comme
nous le faisons en ce
moment même avec
les travailleurs clandestins
en grève. Certains
dénoncent notre
refus des régularisations
massives. D'aucuns s'élèvent
contre le principe d'objectifs
chiffrés ou condamnent
l'existence de centres
de rétention,
jugeant notre politique
trop répressive.
Après les avoir
écoutés,
je veux répondre
à chacun d'eux.
S'agissant
des fondements de notre
politique, j'observe
qu'il n'existe plus
un seul pays d'Europe
qui refuse aujourd'hui
de maîtriser les
flux migratoires et
de lutter sans relâche
contre l'immigration
illégale.
Lorsque
1.800 immigrés
clandestins sont morts
en 2007 aux portes de
l'Europe sur des barques
de fortune, victimes
de réseaux et
de passeurs, faudrait-il
rester les bras ballants
? Lorsque des immigrés
légaux font l'effort
de respecter nos lois
et de suivre le parcours
d'intégration,
faudrait-il n'en tenir
aucun compte et ne pas
faire de différence
avec ceux qui rentrent
en France illégalement
et y séjournent
sans y être autorisés
?
Lorsque
les gouvernements des
pays d'émigration
eux-mêmes nous
demandent de ne pas
piller leurs forces
vives, faudrait-il refuser
de les écouter
et de gérer les
flux migratoires avec
eux de manière
concertée ? A
l'évidence, pour
la France comme pour
tous les pays européens,
la maîtrise des
flux migratoires, condition
du succès de
l'intégration,
est désormais
la seule politique possible.
J'avance
donc, sans a priori
ni idéologie,
avec trois principes
simples. D'abord, la
France a le droit de
choisir - comme tout
pays, ni plus ni moins
- qui elle veut et qui
elle peut accueillir
sur son territoire.
Ensuite, deuxième
principe, l'étranger
qui est accueilli légalement
sur le territoire doit
avoir, pour l'essentiel,
les mêmes droits
économiques et
sociaux que les Français.
Enfin,
sauf situations humaines
particulières,
tout étranger
en situation irrégulière
a vocation à
être reconduit
dans son pays d'origine,
autant que possible
de manière volontaire
ou s'il le faut de manière
contrainte. Rien de
plus républicain
: la France est un Etat
de droit et dans un
Etat de droit, chacun
doit en respecter les
règles.
Les
esprits chagrins ou
malintentionnés
qui critiquent les principes
de notre politique dénoncent
aussi leur application
au cas par cas. Quel
mauvais procès!
Depuis dix mois, je
n'ai cessé de
demander aux préfets,
sur l'ensemble du territoire
national, que la situation
individuelle de chaque
personne étrangère
soit examinée
de manière plus
attentive. Dans l'immense
majorité des
cas, aucune dimension
- sanitaire, sociale,
familiale, économique
- n'est ignorée.
Lorsque
j'ai personnellement
connaissance de dysfonctionnements,
je les corrige. Le 18
janvier, j'ai ainsi
demandé que soit
régularisée
la situation d'une dame
turque malade âgée
de 89 ans. La semaine
dernière, de
même, j'ai demandé
qu'une femme béninoise,
veuve d'un Français,
bénéficie
d'un titre de séjour.
En
quoi cela est-il critiquable
? Voudrait-on que je
ne régularise
personne ou que je régularise
tout le monde ? Ceux
qui dénoncent
le refus des régularisations
massives ne savent pas
de quoi ils parlent.
Ainsi, quand un éditorial
du Monde, le 8 avril,
assure que "plusieurs
pays européens
- l'Espagne, l'Italie,
la Grande-Bretagne,
les Pays-Bas - ont trouvé
des solutions pour régulariser
des sans-papiers",
je m'étonne de
la légèreté
de votre conjugaison
tant le passé
composé n'est,
en réalité,
que de l'imparfait :
ce sont précisément
ces pays qui ont aujourd'hui
tous renoncé
aux régularisations
massives, trop conscients
de l'appel d'air qu'elles
engendrent.
Ecoutez
Giuliano Amato, ministre
socialiste de l'Intérieur
du gouvernement italien,
le 5 juin 2007 : "Nous
sommes tout à
fait d'accord pour lutter
contre les régularisations
généralisées".
Quant
à ceux qui s'attaquent
à "la politique
du chiffre", ils
redoutent peut-être
l'efficacité
de notre action. Oui,
notre politique est
efficace. Elle porte
ses fruits. Pour la
première fois
depuis une génération,
le nombre de clandestins
a diminué en
France en 2007, connaissant
même une baisse
de 6 %. Au total, ce
sont près de
110.000 clandestins
qui ont quitté
la France depuis 2002.
Simultanément,
nous luttons sans relâche
contre les esclavagistes
de notre temps qui exploitent
la misère des
candidats à l'immigration
clandestine : 1.564
employeurs de clandestins
ont été
interpellés en
2007, contre 1.077 en
2006, soit une augmentation
de 45 %. Quelque 96
filières ont
été démantelées
et 684 marchands de
sommeil ont été
arrêtés,
soit une hausse de 15
%.
Que
l'on se rassure : nous
ne sommes pas des ayatollahs
du chiffre ! Mais s'y
référer
a le mérite de
constituer un triple
signal : un signal adressé
à ceux qui, arrivés
légalement sur
notre territoire, respectent
nos règles et
nos valeurs et doivent
se sentir protégés,
un signal aussi à
ceux qui seraient tentés
de se rendre en France
de manière clandestine
comme à ceux,
réseaux et passeurs,
qui font de la misère
humaine un juteux fonds
de commerce.
S'agissant
des centres de rétention
administrative (CRA),
je rappelle que les
premiers ont été
ouverts en 1984, lorsque
les socialistes et les
communistes étaient
au pouvoir.
Les
CRA existent aujourd'hui
quasiment dans toute
l'Europe et, s'ils n'existaient
pas, l'alternative serait
la prison, comme c'est
déjà le
cas ailleurs dans le
monde. Faut-il rappeler
que la rétention
administrative peut
s'interrompre à
tout moment si l'intéressé
manifeste son désir
de rentrer par lui-même
dans son pays d'origine,
le cas échéant
avec le bénéfice
d'une aide au retour
?
J'ajoute
que la personne retenue,
qui séjourne
en moyenne douze jours
en CRA, bénéficie
de conditions de vie
beaucoup plus libérales
que celles d'un détenu
: droit de visite étendu,
possibilité de
téléphoner
à l'extérieur,
absence d'enfermement
en cellule… De
plus, mon ministère
consacre cette année
encore 3,88 millions
d'euros pour financer
la présence d'une
association, la Cimade,
au sein des centres
de rétention.
Le
commissaire pour les
Droits de l'Homme du
Conseil de l'Europe,
Thomas Hammarberg, m'a
d'ailleurs récemment
fait part de sa satisfaction
quant aux conditions
de rétention,
qui sont parmi les meilleures
d'Europe.
Enfin,
certains fustigent une
politique jugée
trop répressive.
Pourtant, dès
ma prise de fonctions,
j'ai demandé
expressément
qu'il n'y ait pas de
contrôle au faciès.
J'ai, par ailleurs,
exigé qu'il n'y
ait pas d'interpellation
à la sortie des
écoles. Je ne
suis pas dupe des amalgames
que certains voudraient
mettre en scène.
Quelle est cette méthode
ignoble qui consiste
à imputer la
mort d'immigrés
clandestins à
la police alors que
celle-ci était
présente sur
les lieux du drame pour
de toutes autres raisons
que la lutte contre
l'immigration irrégulière
?
Je
pense à cette
ressortissante chinoise
qui s'est tuée
en novembre 2007 alors
que des policiers étaient
venus remettre une convocation
judiciaire au marchand
de sommeil chez qui
elle était hébergée.
Je pense encore à
ce jeune Malien qui
s'est jeté voilà
plusieurs jours dans
la Marne alors qu'il
tentait de se soustraire
à un contrôle
occasionné par
la vérification
d'un titre de transport.
En suscitant la confusion
à partir de ces
drames, les bien-pensants
alimentent une psychose
que la seule exigence
du respect de la loi
ne justifie certes pas.
En
devenant ministre de
l'Immigration, de l'Intégration,
de l'Identité
nationale et du codéveloppement
solidaire dans le gouvernement
de François Fillon,
je savais que ma tâche
serait difficile. Ce
nouveau ministère
est sans doute l'un
des plus sensibles du
gouvernement. Il est
sensible parce que,
plus que tout autre,
il touche à l'être
humain, trace un destin
commun et dessine l'avenir
de notre communauté
nationale. Il affirme
sa dimension européenne
et sa volonté
d'un développement
solidaire.
Je
ne suis ni sourd ni
aveugle. J'entends les
critiques et lis les
articles. Je partage
l'émotion. Qui
peut croire que sur
un sujet aussi délicat,
parce qu'il touche à
l'équilibre de
notre société,
il n'y ait que des certitudes
et aucune interrogation
? Pas un jour ne se
passe sans que je me
pose la question : notre
action est-elle juste
?
Chaque
matin, je m'interroge
et chaque soir, je repars
avec la même conviction.
Au-delà des mots,
de l'incantation et
des postures collectives
aussi généreuses
qu'elles n'entraînent
aucune conséquence
individuelle pour ceux
qui pratiquent l'insulte
ad hominem, j'affirme
que la nouvelle politique
d'immigration de la
France, dont le président
de la République
est à l'initiative,
est la seule possible
et responsable. Elle
trouve sa cohérence
dans sa triple vérité
: elle est à
la fois nécessaire,
efficace et équilibrée./.