ENTRETIEN
DU MINISTRE DE LA DEFENSE,
M. HERVE MORIN, AVEC
"EUROPE 1"
- EXTRAITS -
(Paris, 20 avril 2008)
(…)
Q
- Vous tenez en main,
avec les militaires
qui travaillent avec
vous, une réforme
de très grande
ambition. Est-ce que
vous appliquerez, par
exemple, le principe
de ne pas remplacer
un fonctionnaire sur
deux partant à
la retraite ?
R
- C'est la règle
pour tout le monde.
Donc, nous y sommes
soumis. Mais ce n'est
pas un objectif chiffré
que nous recherchons.
Ce dont nous avons besoin,
c'est d'adapter notre
défense…
Q
- Mais cela a des conséquences
chiffrées.
R
- Cela a des
conséquences
chiffrées. Mais
nous l'avons fait pour
le budget 2008 ; grâce
à la réduction
de 6.000 emplois dans
le ministère
de la Défense,
nous avons pu mener
quasiment le budget
le plus important consacré
à l'amélioration
de la condition du personnel.
Nous y avons consacré
102 millions d'euros.
Moi, je préfère
une armée éventuellement
un peu plus concentrée,
mais où les militaires
peuvent se voir régler
un certain nombre de
problématiques
liées au pouvoir
d'achat, ou à
la condition du personnel.
Q
- Et comment on fait
de la pédagogie,
avec vous ?
R
- André
Santini, qui est ici
présent, a le
même discours
à l'égard
de l'ensemble de la
Fonction publique.
Q
- …il y a 440
000 postes, civils et
militaires, dans l'armée…
R
- 430 000.
Q
- 430 000. Vous dites
: vous en avez supprimé
6.000 civils ou militaires
? Ou les deux ?
R
- 5.000 militaires,
1.000 civils.
Q
- Et est-ce que pendant
la loi de programmation
militaire, il y en aura
à peu près
autant - civils et militaires
- qui devront laisser
la place ?
R
- La question
n'est pas une question
d'effectifs, ni de cibles,
où on se dit
: voilà, on doit
supprimer 40 000, 50
000 ou 60 000, ce n'est
pas la question ! Nous
avons besoin de réorganiser
notre appareil de défense.
Je vais vous expliquer,
en deux mots. Nous avons
mené la professionnalisation.
La professionnalisation,
cela a été
un immense effort !
Immense effort qui a
été mené
par les armées,
et qui a été
bien mené. La
seule chose, c'est que
nous n'avons pas tiré
les conséquences
de la professionnalisation
sur l'administration
et le soutien ; c'est-à-dire,
sur la totalité
de la superstructure
qui sert les forces
opérationnelles.
Nous sommes sur un système,
qui a bien entendu évolué
- Michèle Alliot-Marie
avait commencé
ce chemin -, mais sur
un système qui
est pour l'essentiel
un système qui
repose sur des lois
du 19e siècle.
Nous avons un système
qui est trop en tuyaux
d'orgue, où nous
avons…
Q
- Qu'est-ce que cela
veut dire ?
R
- En tuyaux d'orgue,
cela veut dire que chaque
armée a ses services
- l'Armée de
l'air, la Marine, l'Armée
de terre. Nous avons
besoin de mutualiser,
de faire en sorte que
l'on supprime les doublons,
que l'on fasse en sorte
de travailler plus collectivement
; que l'on soit en mesure
de pouvoir apporter
un même service
à tous les uniformes,
à chaque armée,
quelle que soit la couleur…
Q
- C'est-à-dire
que vous ne pouvez pas
continuer comme aujourd'hui
?
R
-…il est
clair que nous avons
besoin, en plus, de
dégager des marges
de manœuvre. Nous
avons besoin de dégager…
Q
- Donc, ce sera la fonction
de soutien qui va être
la plus - je dirais
- restructurée
?
R
- …ce sont,
bien entendu, les structures
d'administration générale
et de soutien, puisque
dès lors qu'on
les mutualise…
Je vais prendre un exemple
concret. Nous avons
décidé
de faire un Pentagone
à la française
: c'est-à-dire,
de regrouper la totalité
des services des états-majors
de l'administration
centrale du ministère
qui iront dans un même
bâtiment, dans
le 15ème arrondissement,
nous espérons
l'inaugurer en 2013…
Q
- Le déménagement
commençant en
2010-2011 ?
R
- Oui, enfin,
on verra bien ! Mais
l'idée, c'est
que nous soyons opérationnels
en 2013. Ce Pentagone
à la française
va nous permettre de
mutualiser toute une
série de services,
qui parfois sont doublonnés,
Etat-major par Etat-major.
En créant des
services communs, en
se mettant en conditions
de travailler ensemble,
on va pouvoir gagner,
sur les effectifs des
états-majors
centraux et des administrations
centrales, entre 20
et 30 %. Cela ne sera
pas moins de qualité
dans le service rendu
; cela sera, au contraire,
un service rendu de
meilleure qualité,
parce que l'on va travailler
ensemble, et l'on va
pouvoir faire quelques
économies.
Q
- Est-ce que le chiffre
de 42 000 pertes d'emplois
sur les sept ans vous
semble correcte ?
R
- Je n'ai pas
d'objectifs ! La seule
chose que je sais, c'est
que je suis soumis à
la même obligation
que l'ensemble des administrations
d'Etat : c'est le non-remplacement
d'un fonctionnaire sur
deux. C'est 6.000 personnes
par an.
Q
- Monsieur le Ministre
de la Défense,
dans l'idéal
combien d'hommes et
de femmes doit-il y
avoir dans l'armée
- civils et militaires
? Dans l'idéal,
en 2015 ?
R
- Ce que je sais,
c'est qu'il y a un engagement
du président
de la République,
qui est que toutes les
économies que
nous effectuons sont
des économies
que nous récupérons
pour l'équipement
des forces et l'amélioration
de la condition du personnel.
Le président
de la République
précédent,
Jacques Chirac, a engagé
le renouvellement de
tous nos équipements
- tous ! Le Rafale,
l'A400M, le nouveau
véhicule blindé,
le NH90, le Tigre, les
futurs sous-marins nucléaires
d'attaque, notre dissuasion.
Ce qui fait que nous
avons des besoins financiers,
pour assurer l'ensemble
de ces équipements,
qu'on peut estimer de
2 à 3 milliards
d'euros supplémentaires,
à partir de l'année
prochaine. Personne
ne peut imaginer, compte
tenu de la situation
budgétaire du
pays, compte tenu des
besoins du pays, personne
ne peut imaginer un
seul instant qu'un gouvernement,
un Premier ministre,
ou un président
de la République,
viendrait devant le
peuple français,
au moment des arbitrages
budgétaires pour
le budget 2009, pour
dire : nous avons besoin
de financer le handicap,
la dépendance,
l'université,
la recherche, l'école
- bref, la totalité
des grands secteurs
-, et la totalité
des ressources budgétaires
nouvelles du pays, on
va les consacrer à
la Défense !
Q
- Très bien,
on a compris. Essayons
d'être clairs
: cela veut dire qu'il
faut au moins gagner
entre 3 et 5 milliards
par an ?
R
- Nous avons
besoin de faire en sorte
que nous consacrions
l'ensemble de ces ressources
à l'amélioration
de la capacité
opérationnelle
de nos armées
- c'est-à-dire,
faire en sorte que notre
matériel soit
plus disponible, etc…
Q
- La Défense,
c'est le deuxième
budget de l'Etat ?
R
- Troisième
après la dette.
Q
- C'est près
de 37 milliards d'euros
? 37 milliards…
R
- Vos chiffres
sont bons.
Q
- Donc, le montant restera
le même, consacré
à la Défense,
dans cinq à dix
ans ? Mais il sera déployé
autrement ?
R
- Les 37 milliards
d'euros que nous consacrons
à la Défense
doivent être consacrés
un peu plus à
l'équipement,
et un peu moins au fonctionnement,
en effet. Et en même
temps, parmi les économies,
nous devons mettre en
œuvre ce que l'on
a appelé le Plan
d'amélioration
de la condition militaire,
qui est un engagement
de Michèle Alliot-Marie.
Q
- Encore un mot : est-ce
que les chars, les avions,
vont pouvoir continuer
à procéder
à des entraînements
normalement, ou il faut
qu'ils fassent des économies,
et qu'il y ait des restrictions
: moins de vols, moins
de préparations
- et peut-être
plus de risques pour
nos appareils, et nos
hommes ?...
R
- Nous avons,
en effet, besoin de
maintenir les conditions
d'entraînement
de nos pilotes - et
pas seulement de nos
pilotes ; de faire en
sorte que la formation
de nos militaires, qui
sont considérés
comme les meilleurs
du monde, avec les Britanniques
; c'est ce que disent
la totalité de
mes homologues…
Q
- Donc, il n'y a pas
de changements ?
R
-…et donc,
tout cela, il faut le
faire…
Q
- Auront-ils les moyens
?
R
- …et donc,
ils auront les moyens.
Q
- …vous confirmez
tout de même la
suppression d'un des
trois escadrons de la
force nucléaire
aéroportée
?
R
- Oui, c'est
dans le discours de
Cherbourg. Le président
de la République,
dans le cadre de ce
que l'on appelle la
stricte suffisance,
a décidé
de réduire la
composante aéroportée
; nous passerons, donc,
de trois escadrons de
Mirage 2000N à
deux escadrons, que
nous allons "rafalisés",
c'est-à-dire,
que nous allons dédier
au Rafale. Là
aussi, c'est une mesure
qui va nous permettre
de pouvoir faire des
économies - non
pas sur le fait…
sur la décision
sur la stricte suffisance,
parce que c'est une
décision stratégique,
liée à
une analyse ; mais…
Q
- On va faire autant
avec deux escadrons
que trois ?
R
- …en le
faisant avec des Rafale,
vous voyez bien que
la conséquence,
c'est que le Rafale,
c'est un avion polyvalent.
Aujourd'hui, nous avons
des avions, des Mirage
consacrés à
la dissuasion, nous
avions des Mirage consacrés
à l'attaque au
sol, et d'autres consacrés
à la défense
aérienne - je
schématise. Grâce
au Rafale, nous avons
un avion polyvalent,
qui peut faire à
la fois de la défense
aérienne, qui
peut faire de l'attaque
au sol, et qui peut
faire de la dissuasion.
Bien entendu, si vous
avez un avion polyvalent,
donc, vous en avez besoin
de moins ! Cela veut
dire que, bien entendu,
vous avez des mesures
de réorganisation
à mener, et des
économies à
tirer du fait de s'équiper
d'un avion polyvalent,
capable d'assurer les
trois missions.
Q
- Nous parlons de la
réforme des armées,
de la réforme
de la Défense,
dont vous disiez que
c'est une grande réforme,
de grande ambition.
Elle est partie, cette
réforme, elle
est en préparation
; elle va être
débattue au Parlement,
dans le pays, peut-être,
avec les régions
et les municipalités.
Quand sera-t-elle opérationnelle
?
R
- J'ai présenté
aux chefs de corps,
aux généraux
et aux directeurs de
services, la réforme
de l'organisation de
la structure - ce dont
j'ai parlé tout
à l'heure : la
mutualisation des services
d'administration générale
et de soutien, de la
création de ce
qu'on a appelé
les bases de défense.
Les bases de défense,
qui seront ces structures
qui vont assurer les
fonctions ressources
humaines, financières,
les fonctions de reconversion,
les fonctions d'alimentation,
d'habillement, qui vont
les assurer pour tous
les régiments
qui sont à 30
kilomètres autour
de ces bases de défense.
Et toutes ces fonctions
d'administration générale…
Q
- …la future carte
militaire de la France
?
R
-… j'y
viens. C'est des fonctions
d'administration générale
et de soutien qui seront
mutualisées,
qui nous permettront
de faire des économies
de fonctionnement importantes,
et qui vont nous permettre,
en même temps,
de rationaliser notre
dispositif territorial…
Q
- …la question
est : elle est pour
quand, la réforme
?
R
- …la réforme
sur le dispositif territorial
sera annoncée
a priori le 22 juin.
Q
- Et appliquée
à partir de…
?
R
- Et appliquée
à partir de 2009.
Q
- Bon, alors, combien
vous fermez de bases,
de sites ?
R
- …nous
sommes dans un système
qui est… c'est
l'héritage de
l'histoire. Nous sommes
implantés sur
471 communes, avec une
dispersion considérable.
Et cette dispersion,
bien entendu, a un coût,
pour nos armées.
Elle impose aussi un
certain nombre d'éléments…
Q
- …combien de
communes en moins ?
R
- Pour l'instant,
je suis incapable de
vous le dire ! Parce
que c'est lié
à deux éléments.
Le premier…
Q
- Mais enfin, vous avez…
tout le plan est accepté
et prêt !
R
- …Non
! Le premier est lié
à la réorganisation
de nos armées,
et le second est lié
à un certain
nombre d'éléments
qui sont en arbitrage
sur le Livre blanc.
Je veux dire par là…
Q
- Vous laissez la primeur
au président
de la République
?
R
- Je veux dire
par là que nous
avons…
Q
- Des documents de travail
parlent de 53 communes
concernées, 53
sites fermés,
et plus d'une centaine
d'allégés
?
R
- Si vous me
laissez terminer, je
vais vous expliquer
pourquoi je ne peux
pas vous le dire pour
l'instant. Nous avons
ce travail sur l'administration
générale
et le soutien - je l'ai
expliqué. Il
y a aussi les arbitrages
sur les forces opérationnelles,
qui sont destinés
et liés aux arbitrages
du Livre blanc. Je prends
un exemple. Dès
lors que vous considérez
que le risque d'invasion
du territoire national
n'est pas un risque
majeur à dix
ou quinze ans, et qu'a
priori nous sommes à
l'abri - espérons-le
- d'une telle menace
; cela veut dire clairement
qu'a priori nous avons
besoin de moins de régiments
de blindés, et
moins de régiments
d'artillerie. Si, en
revanche, nous considérons
que la menace liée
à la prolifération
nucléaire, liée
au terrorisme, est une
menace plus importante,
et que nous avons besoin
de mieux connaître,
de mieux anticiper,
de pouvoir avoir des
éléments
de renseignements plus
fournis, cela veut dire…
Q
- Soit ! Quelle hypothèse
vous choisissez, en
tant que ministre de
la Défense -
et vous proposez au
président de
la République
?
R
-…cela
veut dire clairement
que nous avons…
Q
- Il n'y a pas d'invasion,
et il y a des risques
terroristes - lequel
des deux ?
R
- …eh bien,
c'est évident
que nous avons besoin
de faire plus dans le
satellite, dans l'observation,
dans le renseignement,
dans la connaissance,
dans l'anticipation,
dans la capacité
de nous projeter pour
résoudre un certain
nombre de crises…
Q
- Donc ?
R
- Donc, bien
entendu, cela va nous
amener aussi à
revoir un certain nombre
de nos dispositifs opérationnels.
C'est lorsque nous aurons
croisé ces deux
éléments,
que je pourrai répondre
à la question:
combien de communes
seront concernées.
Ce qui est certain,
c'est que nous avons
besoin d'adapter notre
outil de défense.
La France a payé,
dans l'histoire…
Q
- On en est convaincu…
R
- non, mais je
voudrais dire…
Q
- Cela a va se traduire
par quoi ? Par des regroupements,
etc.… ?
R
- Densifications
d'unités, regroupements
d'unités…
Q
- On dit : il y a une
quinzaine de régiments
qui vont disparaître.
Alors, un régiment,
c'est combien ? 800
hommes ?
R
- 1.000 hommes,
en moyenne.
Q
- 15 vont disparaître
- c'est vrai ? C'est
trop ?
R
- Je ne peux
pas vous dire cela aujourd'hui
! Parce que vous comprenez
bien que, lorsque le
président de
la République
aura arrêté
le contrat opérationnel
de l'Armée de
terre… nous avons
par exemple un contrat
opérationnel
pour l'Armée
de terre de 50.000 hommes
aujourd'hui. Comme l'a
dit le président
de la République,
c'est un contrat qui
est inatteignable !
Inatteignable, parce
que nous n'étions
pas capables de projeter
ces 50.000 hommes, contrairement
à ce qu'on voulait
bien nous indiquer.
Deuxième élément,
parce qu'il est inatteignable
: si nous voulions y
arriver, on aurait alors
des besoins budgétaires
qui seraient de 4 à
5 milliards d'euros…
Q
- Les bases de défense,
dont vous parlez, est-ce
qu'elles vont regrouper
les trois armées?
R
- Oui…
Q
- La Terre, la Mer,
l'Air ?
R
- Oui, mais cela
n'a rien à voir
avec le contrat opérationnel
dont je vous parle…
Q
- Non, on essaie de
comprendre…
R
- J'essaie de
vous expliquer les choses.
Le contrat opérationnel
de l'Armée de
terre était,
notamment, celui d'être
en mesure de projeter
sur un théâtre
central 50.000 hommes.
Ce contrat n'est pas
atteignable - disons-le
clairement. Le président
de la République
l'a indiqué dans
son discours de Cherbourg.
En fonction du contrat
que nous allons fixer
à l'Armée
de terre - contrat sur
la capacité de
se projeter, où
se projeter, dans quelles
parties du monde, avec
quels moyens, avec quels
délais -, bien
entendu, nous en tirerons
des conséquences
sur l'organisation de
nos forces. C'est ce
croisement entre la
réorganisation
du ministère,
et les besoins opérationnels
de nos armées,
qui nous amènera
à présenter,
fin juin, une carte,
avec un certain nombre
de suppressions.
Q
- D'ici là, on
ne saura rien de plus
précis ? Tout
cela, vous allez le
découvrir dans
un mois et demi, deux
mois - vous êtes
des génies!
R
- Mais oui, parce
que l'on y a beaucoup
travaillé !
Q
- Est-ce que, vous,
le partisan - vous l'avez
dit en début
d'émission, Hervé
Morin -, partisan des
réformes et de
la vérité
aux Français,
est-ce qu'on ne peut
pas le dire : oui, votre
sécurité
sera garantie, mais
il faut réformer
l'armée, avec
le même budget,
mais des villes qui
ont des militaires,
qui n'auront plus de
militaires - elles auront
autre chose…
R
- Oui…
Q
- Est-ce que l'on ne
peut pas le dire aussi
simplement ?
R
- Je peux vous
le dire aussi simplement
que cela, et c'est ce
que je vous ai dit.
Nous avions besoin de
le faire. Mais que,
quand vous me dites
: "Combien de communes
?", je suis incapable
de vous le dire, aujourd'hui,
parce que…
Q
- Donc, cela va se produire
? Et est-ce que, par
exemple, il y aura un
accompagnement social,
de la part de l'Etat,
quand il y aura ces
réformes-là,
pour les villes, et
les gens concernés
?
R
- Nous allons
procéder même
différemment.
Je commence à
recevoir tous les élus
qui pourraient être
concernés par
la fermeture d'une unité
- puisque des listes
sont parues dans la
presse, régulièrement…
Q
- Cela fait combien
d'élus?
R
- Cela fait,
disons, une trentaine
ou une quarantaine de
sites, si vous voulez…
Q
- Cela fait une quarantaine
de sites ?
R
- Vous allez
les avoir, vos 40 sites
!...
Q
- D'autant que certains
disent : déjà,
avec la carte judiciaire,
on a perdu des tribunaux,
avec la carte hospitalière,
on a perdu des hôpitaux
! L'aménagement
du territoire souffre,
dans certaines régions
!
R
- On ne consacre
pas 37 milliards d'euros
à la défense
pour assurer l'aménagement
du territoire du pays
! Les Français
nous reprocheraient
que l'on consacre 37
milliards d'euros à
notre défense,
qui reste une des grandes
défenses du monde
- puisqu'il y a à
peu près quatre
puissances militaires
globales sur la planète,
et nous en faisons partie.
Cet outil-là,
formidable, qui nous
permet d'avoir la politique
étrangère
qui est la nôtre,
d'avoir ce positionnement
diplomatique qui est
le nôtre, d'avoir
cette présence
qui est la nôtre
; eh bien, nous ne consacrons
pas 37 milliards pour
faire de l'aménagement
du territoire. Que nous
intégrions l'aménagement
du territoire dans un
certain nombre de décisions,
nous le ferons. Je présenterai,
au président
de la République,
dans un certain nombre
de cas - je l'ai dit
aux élus -pour
les cas les plus difficiles,
en disant au président
de la République
: voilà, la logique
opérationnelle,
la logique d'organisation,
voudraient que nous
fermions ce régiment,
c'est dans une zone
où en effet le
développement
économique est
un développement
économique un
peu compliqué,
on pourrait dans ce
cas proposer, ou fermer
telle ou telle base
aérienne, ou
tel ou tel régiment.
Donc, nous proposerons,
je proposerai au président
de la République,
dans un certain nombre
de cas, des mesures
alternatives. Mais…
Q
- Après concertation
avec les élus
?
R
- Après
concertation avec les
élus. Et nous
allons avoir toute une
série de mesures
d'accompagnement économique
et social, qui seront
des mesures permettant
de financer des investissements,
permettant de financer
des équipements.
Je veux prendre un exemple
concret. Il y a un maire
d'une ville, la semaine
dernière, qui
vient me voir. Je lui
dis : vous avez un bataillon
de soutien, éventuellement,
qui pourrait être
fermé ; est-ce
que vous avez des équipements
majeurs à financer,
qui permettraient de
pouvoir redynamiser
votre ville ? Est-ce
que vous avez une zone
d'activités,
une pépinière
d'entreprises, une piscine,
un centre de congrès,
des équipements
dédiés
au tourisme ? Bref,
nous examinerons toutes
ces conditions, et nous
financerons une partie
de ces équipements…
Q
- "Nous",
c'est-à-dire
le budget de l'armée
?
R
- … le
budget de la République,
de l'Etat, à
travers toute une série
de dispositifs interministériels.
Q
- Monsieur le Ministre,
est-ce que cela veut
dire aussi que l'Etat,
ou les régions,
ou les maires, pourraient
- le moment venu - vendre
des actifs, qui étaient
autrefois tenus pour
eux par l'armée,
pour l'armée
? Ils pourront les vendre
?
R
- Parmi les mesures
de compensation, bien
entendu, nous examinerons
les conditions dans
lesquelles nous pourrons
céder les actifs
qui appartenaient à
l'armée, pour
leur permettre de se
re-développer,
bien entendu.
Q
- Tout à l'heure
vous avez dit : on va
"rafaliser".
Vous continuez à
fabriquer des Rafale
? Au rythme voulu ?
Vous avez réduit
le rythme de la fabrication
- toujours dans le système
d'économies ?
R
- Nous avons
réduit le rythme.
Et ce n'est pas moi
qui l'ai fait, cela
a été
fait avant moi. Nous
en fabriquons à
peu près 12 par
an. Ce que nous espérons,
c'est que, bien entendu,
nous puissions avoir
un certain nombre de
succès à
l'exportation, qui permettra
à Dassault à
la fois de pouvoir augmenter
ses rythmes de cadence
- en augmentant ses
rythmes de cadence,
le prix unitaire de
nos avions se réduira
; et d'autre part, nous
permettant ainsi de
faire en sorte que,
à travers ces
grands contrats, nous
puissions aider l'industrie
de défense -
parce que, vous le savez,
quand nous vendons des
grands contrats, comme
ceux du Rafale, ou d'autres
équipements,
c'est ensuite, pendant
des décennies,
toute une série
de commandes, de livraisons,
qui permettent à
l'industrie de défense
de pouvoir rester…
Q
- Vous remarquez que
là on va respecter
le secret défense
: on ne vous demande
pas à qui vous
allez les vendre - parce
qu'il y a des promesses
de ventes, et que vous
devez être en
négociations
! Et que l'on ne veut
pas que le concurrent
bloque la négociation
! Sur le porte-avions,
le deuxième porte-avions,
vous êtes, vous,
favorable, ou pas ?
Il y a des études,
il y a déjà
beaucoup d'argent qui
a été
consacré. On
dit qu'il est condamné.
R
- Il est évident
que la situation budgétaire
de l'équipement
de nos forces rend difficile
la construction du second
porte-avions. Il s'agit
d'un arbitrage que nous
avons à faire,
qui sera fait dans les
semaines qui viennent.
Q
- Votre proposition,
c'est plutôt non
- étant donné
le budget ?
R
- Ecoutez, le
président de
la République
décidera.
Q
- Vous avez parlé
du Livre blanc, qui
nous parlera des menaces
d'ici à 2025,
à l'horizon 2025,
qui va être publié
à la mi-juin,
c'est toute une commission
qui a travaillé.
Où sont les menaces,
pour nous ? Les nouvelles
menaces ? En Afghanistan
?
R
- Les risques
que nous avons - plus
que les menaces : nous
avons la menace terroriste,
bien sûr ; menace
terroriste, mais à
grande échelle,
capable de frapper le
cœur même
de nos cités.
Nous avons des risques
liés à
la sécurité
de nos approvisionnements.
Par exemple, nos voies
maritimes ; faire en
sorte que nous puissions
pouvoir nous approvisionner
et avoir le contrôle
de nos voies d'approvisionnement.
Nous avons des risques
liés à
la prolifération
nucléaire. Ce
sont des risques évidents.
Mais nous avons aussi
des risques dont on
voit bien, aujourd'hui,
les premiers effets,
qui sont liés
au dérèglement
climatique. On sait,
par exemple, que la
hausse du niveau des
mers amènera
plusieurs centaines
de millions de personnes
à changer d'habitat
; ce qui veut dire que,
bien entendu, cela aura
des conséquences
géostratégiques.
Le risque lié
à l'eau : le
fait que l'eau deviendra
une ressource rare,
risque d'amener un certain
nombre de crises à
travers le monde. Le
risque alimentaire,
aussi. Bref, le risque,
il est plus diffus,
différent ; il
n'est pas de la même
nature que du temps
du Pacte de Varsovie
- et bien entendu, cela
nous impose d'avoir
une réponse militaire
qui n'est pas la même.
Q
- Et on garde notre
force de dissuasion
?
R
- La force de
dissuasion, c'est l'assurance
du pays ; et cette force
de dissuasion, c'est
l'effort d'un pays qui
veut pouvoir se protéger
contre les menaces les
plus lourdes qui pourraient
peser sur lui.
Q
- Vous avez parlé
des crises alimentaires
; un mot. Les émeutes
de la faim vont se multiplier
- on nous a dit cela
sur "Europe 1",
avec Jacques Diouf,
Dominique Strauss-Kahn,
Jean Ziegler, et d'autres.
Tous en appellent à
une aide alimentaire
d'urgence. Est-ce que
l'armée française
est prête à
jouer un rôle
dans l'action humanitaire
- au moins pour accompagner
ce qui va être
livré, ou pourrait
être livré,
aux populations qui
en ont besoin ?
R
- L'Armée
française l'a
déjà fait
et elle le fait régulièrement,
notamment en accompagnant,
en escortant le Programme
alimentaire mondial.
Nous l'avons fait dans
l'Océan Indien,
durant un ou deux mois.
Ce sont les…
Q
- Mais elle peut le
faire ?
R
- Oui, bien sûr…
Q
- Vous êtes prêts
?
R
- Bien sûr,
qu'elle le fait déjà.
Et elle le fait régulièrement
!
Q
- Une question sur les
pirates du Ponant :
ils seront jugés
en France, rapidement
?
R
- Oui, j'espère
qu'ils seront jugés
en France, rapidement,
avec les procédures
judiciaires qui vont
bien : droit de la défense,
etc….
Q
- Tout ce que vous avez
fait, vous l'avez fait
avec l'accord de la
Somalie ?
R
- Oui. La Somalie,
les autorités
somaliennes avaient
donné leur accord
pour que nous puissions
intervenir dans leurs
eaux territoriales,
bien entendu.
Q
- Est-ce que l'heureux
dénouement de
cette prise d'otages,
de l'affaire du Ponant,
n'a pas prouvé
l'intérêt
des forces pré-positionnées,
justement, françaises,
dans l'Océan