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ENTRETIEN DU MINISTRE DE LA DEFENSE, M. HERVE MORIN, AVEC "EUROPE 1"

- EXTRAITS -

(Paris, 20 avril 2008)

(…)

Q - Vous tenez en main, avec les militaires qui travaillent avec vous, une réforme de très grande ambition. Est-ce que vous appliquerez, par exemple, le principe de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ?

R - C'est la règle pour tout le monde. Donc, nous y sommes soumis. Mais ce n'est pas un objectif chiffré que nous recherchons. Ce dont nous avons besoin, c'est d'adapter notre défense…

Q - Mais cela a des conséquences chiffrées.

R - Cela a des conséquences chiffrées. Mais nous l'avons fait pour le budget 2008 ; grâce à la réduction de 6.000 emplois dans le ministère de la Défense, nous avons pu mener quasiment le budget le plus important consacré à l'amélioration de la condition du personnel. Nous y avons consacré 102 millions d'euros. Moi, je préfère une armée éventuellement un peu plus concentrée, mais où les militaires peuvent se voir régler un certain nombre de problématiques liées au pouvoir d'achat, ou à la condition du personnel.

Q - Et comment on fait de la pédagogie, avec vous ?

R - André Santini, qui est ici présent, a le même discours à l'égard de l'ensemble de la Fonction publique.

Q - …il y a 440 000 postes, civils et militaires, dans l'armée…

R - 430 000.

Q - 430 000. Vous dites : vous en avez supprimé 6.000 civils ou militaires ? Ou les deux ?

R - 5.000 militaires, 1.000 civils.

Q - Et est-ce que pendant la loi de programmation militaire, il y en aura à peu près autant - civils et militaires - qui devront laisser la place ?

R - La question n'est pas une question d'effectifs, ni de cibles, où on se dit : voilà, on doit supprimer 40 000, 50 000 ou 60 000, ce n'est pas la question ! Nous avons besoin de réorganiser notre appareil de défense. Je vais vous expliquer, en deux mots. Nous avons mené la professionnalisation. La professionnalisation, cela a été un immense effort ! Immense effort qui a été mené par les armées, et qui a été bien mené. La seule chose, c'est que nous n'avons pas tiré les conséquences de la professionnalisation sur l'administration et le soutien ; c'est-à-dire, sur la totalité de la superstructure qui sert les forces opérationnelles. Nous sommes sur un système, qui a bien entendu évolué - Michèle Alliot-Marie avait commencé ce chemin -, mais sur un système qui est pour l'essentiel un système qui repose sur des lois du 19e siècle. Nous avons un système qui est trop en tuyaux d'orgue, où nous avons…

Q - Qu'est-ce que cela veut dire ?

R - En tuyaux d'orgue, cela veut dire que chaque armée a ses services - l'Armée de l'air, la Marine, l'Armée de terre. Nous avons besoin de mutualiser, de faire en sorte que l'on supprime les doublons, que l'on fasse en sorte de travailler plus collectivement ; que l'on soit en mesure de pouvoir apporter un même service à tous les uniformes, à chaque armée, quelle que soit la couleur…

Q - C'est-à-dire que vous ne pouvez pas continuer comme aujourd'hui ?

R -…il est clair que nous avons besoin, en plus, de dégager des marges de manœuvre. Nous avons besoin de dégager…

Q - Donc, ce sera la fonction de soutien qui va être la plus - je dirais - restructurée ?

R - …ce sont, bien entendu, les structures d'administration générale et de soutien, puisque dès lors qu'on les mutualise… Je vais prendre un exemple concret. Nous avons décidé de faire un Pentagone à la française : c'est-à-dire, de regrouper la totalité des services des états-majors de l'administration centrale du ministère qui iront dans un même bâtiment, dans le 15ème arrondissement, nous espérons l'inaugurer en 2013…

Q - Le déménagement commençant en 2010-2011 ?

R - Oui, enfin, on verra bien ! Mais l'idée, c'est que nous soyons opérationnels en 2013. Ce Pentagone à la française va nous permettre de mutualiser toute une série de services, qui parfois sont doublonnés, Etat-major par Etat-major. En créant des services communs, en se mettant en conditions de travailler ensemble, on va pouvoir gagner, sur les effectifs des états-majors centraux et des administrations centrales, entre 20 et 30 %. Cela ne sera pas moins de qualité dans le service rendu ; cela sera, au contraire, un service rendu de meilleure qualité, parce que l'on va travailler ensemble, et l'on va pouvoir faire quelques économies.

Q - Est-ce que le chiffre de 42 000 pertes d'emplois sur les sept ans vous semble correcte ?

R - Je n'ai pas d'objectifs ! La seule chose que je sais, c'est que je suis soumis à la même obligation que l'ensemble des administrations d'Etat : c'est le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux. C'est 6.000 personnes par an.

Q - Monsieur le Ministre de la Défense, dans l'idéal combien d'hommes et de femmes doit-il y avoir dans l'armée - civils et militaires ? Dans l'idéal, en 2015 ?

R - Ce que je sais, c'est qu'il y a un engagement du président de la République, qui est que toutes les économies que nous effectuons sont des économies que nous récupérons pour l'équipement des forces et l'amélioration de la condition du personnel. Le président de la République précédent, Jacques Chirac, a engagé le renouvellement de tous nos équipements - tous ! Le Rafale, l'A400M, le nouveau véhicule blindé, le NH90, le Tigre, les futurs sous-marins nucléaires d'attaque, notre dissuasion. Ce qui fait que nous avons des besoins financiers, pour assurer l'ensemble de ces équipements, qu'on peut estimer de 2 à 3 milliards d'euros supplémentaires, à partir de l'année prochaine. Personne ne peut imaginer, compte tenu de la situation budgétaire du pays, compte tenu des besoins du pays, personne ne peut imaginer un seul instant qu'un gouvernement, un Premier ministre, ou un président de la République, viendrait devant le peuple français, au moment des arbitrages budgétaires pour le budget 2009, pour dire : nous avons besoin de financer le handicap, la dépendance, l'université, la recherche, l'école - bref, la totalité des grands secteurs -, et la totalité des ressources budgétaires nouvelles du pays, on va les consacrer à la Défense !

Q - Très bien, on a compris. Essayons d'être clairs : cela veut dire qu'il faut au moins gagner entre 3 et 5 milliards par an ?

R - Nous avons besoin de faire en sorte que nous consacrions l'ensemble de ces ressources à l'amélioration de la capacité opérationnelle de nos armées - c'est-à-dire, faire en sorte que notre matériel soit plus disponible, etc…

Q - La Défense, c'est le deuxième budget de l'Etat ?

R - Troisième après la dette.

Q - C'est près de 37 milliards d'euros ? 37 milliards…

R - Vos chiffres sont bons.

Q - Donc, le montant restera le même, consacré à la Défense, dans cinq à dix ans ? Mais il sera déployé autrement ?

R - Les 37 milliards d'euros que nous consacrons à la Défense doivent être consacrés un peu plus à l'équipement, et un peu moins au fonctionnement, en effet. Et en même temps, parmi les économies, nous devons mettre en œuvre ce que l'on a appelé le Plan d'amélioration de la condition militaire, qui est un engagement de Michèle Alliot-Marie.

Q - Encore un mot : est-ce que les chars, les avions, vont pouvoir continuer à procéder à des entraînements normalement, ou il faut qu'ils fassent des économies, et qu'il y ait des restrictions : moins de vols, moins de préparations - et peut-être plus de risques pour nos appareils, et nos hommes ?...

R - Nous avons, en effet, besoin de maintenir les conditions d'entraînement de nos pilotes - et pas seulement de nos pilotes ; de faire en sorte que la formation de nos militaires, qui sont considérés comme les meilleurs du monde, avec les Britanniques ; c'est ce que disent la totalité de mes homologues…

Q - Donc, il n'y a pas de changements ?

R -…et donc, tout cela, il faut le faire…

Q - Auront-ils les moyens ?

R - …et donc, ils auront les moyens.

Q - …vous confirmez tout de même la suppression d'un des trois escadrons de la force nucléaire aéroportée ?

R - Oui, c'est dans le discours de Cherbourg. Le président de la République, dans le cadre de ce que l'on appelle la stricte suffisance, a décidé de réduire la composante aéroportée ; nous passerons, donc, de trois escadrons de Mirage 2000N à deux escadrons, que nous allons "rafalisés", c'est-à-dire, que nous allons dédier au Rafale. Là aussi, c'est une mesure qui va nous permettre de pouvoir faire des économies - non pas sur le fait… sur la décision sur la stricte suffisance, parce que c'est une décision stratégique, liée à une analyse ; mais…

Q - On va faire autant avec deux escadrons que trois ?

R - …en le faisant avec des Rafale, vous voyez bien que la conséquence, c'est que le Rafale, c'est un avion polyvalent. Aujourd'hui, nous avons des avions, des Mirage consacrés à la dissuasion, nous avions des Mirage consacrés à l'attaque au sol, et d'autres consacrés à la défense aérienne - je schématise. Grâce au Rafale, nous avons un avion polyvalent, qui peut faire à la fois de la défense aérienne, qui peut faire de l'attaque au sol, et qui peut faire de la dissuasion. Bien entendu, si vous avez un avion polyvalent, donc, vous en avez besoin de moins ! Cela veut dire que, bien entendu, vous avez des mesures de réorganisation à mener, et des économies à tirer du fait de s'équiper d'un avion polyvalent, capable d'assurer les trois missions.

Q - Nous parlons de la réforme des armées, de la réforme de la Défense, dont vous disiez que c'est une grande réforme, de grande ambition. Elle est partie, cette réforme, elle est en préparation ; elle va être débattue au Parlement, dans le pays, peut-être, avec les régions et les municipalités. Quand sera-t-elle opérationnelle ?

R - J'ai présenté aux chefs de corps, aux généraux et aux directeurs de services, la réforme de l'organisation de la structure - ce dont j'ai parlé tout à l'heure : la mutualisation des services d'administration générale et de soutien, de la création de ce qu'on a appelé les bases de défense. Les bases de défense, qui seront ces structures qui vont assurer les fonctions ressources humaines, financières, les fonctions de reconversion, les fonctions d'alimentation, d'habillement, qui vont les assurer pour tous les régiments qui sont à 30 kilomètres autour de ces bases de défense. Et toutes ces fonctions d'administration générale…

Q - …la future carte militaire de la France ?

R -… j'y viens. C'est des fonctions d'administration générale et de soutien qui seront mutualisées, qui nous permettront de faire des économies de fonctionnement importantes, et qui vont nous permettre, en même temps, de rationaliser notre dispositif territorial…

Q - …la question est : elle est pour quand, la réforme ?

R - …la réforme sur le dispositif territorial sera annoncée a priori le 22 juin.

Q - Et appliquée à partir de… ?

R - Et appliquée à partir de 2009.

Q - Bon, alors, combien vous fermez de bases, de sites ?

R - …nous sommes dans un système qui est… c'est l'héritage de l'histoire. Nous sommes implantés sur 471 communes, avec une dispersion considérable. Et cette dispersion, bien entendu, a un coût, pour nos armées. Elle impose aussi un certain nombre d'éléments…

Q - …combien de communes en moins ?

R - Pour l'instant, je suis incapable de vous le dire ! Parce que c'est lié à deux éléments. Le premier…

Q - Mais enfin, vous avez… tout le plan est accepté et prêt !

R - …Non ! Le premier est lié à la réorganisation de nos armées, et le second est lié à un certain nombre d'éléments qui sont en arbitrage sur le Livre blanc. Je veux dire par là…

Q - Vous laissez la primeur au président de la République ?

R - Je veux dire par là que nous avons…

Q - Des documents de travail parlent de 53 communes concernées, 53 sites fermés, et plus d'une centaine d'allégés ?

R - Si vous me laissez terminer, je vais vous expliquer pourquoi je ne peux pas vous le dire pour l'instant. Nous avons ce travail sur l'administration générale et le soutien - je l'ai expliqué. Il y a aussi les arbitrages sur les forces opérationnelles, qui sont destinés et liés aux arbitrages du Livre blanc. Je prends un exemple. Dès lors que vous considérez que le risque d'invasion du territoire national n'est pas un risque majeur à dix ou quinze ans, et qu'a priori nous sommes à l'abri - espérons-le - d'une telle menace ; cela veut dire clairement qu'a priori nous avons besoin de moins de régiments de blindés, et moins de régiments d'artillerie. Si, en revanche, nous considérons que la menace liée à la prolifération nucléaire, liée au terrorisme, est une menace plus importante, et que nous avons besoin de mieux connaître, de mieux anticiper, de pouvoir avoir des éléments de renseignements plus fournis, cela veut dire…

Q - Soit ! Quelle hypothèse vous choisissez, en tant que ministre de la Défense - et vous proposez au président de la République ?

R -…cela veut dire clairement que nous avons…

Q - Il n'y a pas d'invasion, et il y a des risques terroristes - lequel des deux ?

R - …eh bien, c'est évident que nous avons besoin de faire plus dans le satellite, dans l'observation, dans le renseignement, dans la connaissance, dans l'anticipation, dans la capacité de nous projeter pour résoudre un certain nombre de crises…

Q - Donc ?

R - Donc, bien entendu, cela va nous amener aussi à revoir un certain nombre de nos dispositifs opérationnels. C'est lorsque nous aurons croisé ces deux éléments, que je pourrai répondre à la question: combien de communes seront concernées. Ce qui est certain, c'est que nous avons besoin d'adapter notre outil de défense. La France a payé, dans l'histoire…

Q - On en est convaincu…

R - non, mais je voudrais dire…

Q - Cela a va se traduire par quoi ? Par des regroupements, etc.… ?

R - Densifications d'unités, regroupements d'unités…

Q - On dit : il y a une quinzaine de régiments qui vont disparaître. Alors, un régiment, c'est combien ? 800 hommes ?

R - 1.000 hommes, en moyenne.

Q - 15 vont disparaître - c'est vrai ? C'est trop ?

R - Je ne peux pas vous dire cela aujourd'hui ! Parce que vous comprenez bien que, lorsque le président de la République aura arrêté le contrat opérationnel de l'Armée de terre… nous avons par exemple un contrat opérationnel pour l'Armée de terre de 50.000 hommes aujourd'hui. Comme l'a dit le président de la République, c'est un contrat qui est inatteignable ! Inatteignable, parce que nous n'étions pas capables de projeter ces 50.000 hommes, contrairement à ce qu'on voulait bien nous indiquer. Deuxième élément, parce qu'il est inatteignable : si nous voulions y arriver, on aurait alors des besoins budgétaires qui seraient de 4 à 5 milliards d'euros…

Q - Les bases de défense, dont vous parlez, est-ce qu'elles vont regrouper les trois armées?

R - Oui…

Q - La Terre, la Mer, l'Air ?

R - Oui, mais cela n'a rien à voir avec le contrat opérationnel dont je vous parle…

Q - Non, on essaie de comprendre…

R - J'essaie de vous expliquer les choses. Le contrat opérationnel de l'Armée de terre était, notamment, celui d'être en mesure de projeter sur un théâtre central 50.000 hommes. Ce contrat n'est pas atteignable - disons-le clairement. Le président de la République l'a indiqué dans son discours de Cherbourg. En fonction du contrat que nous allons fixer à l'Armée de terre - contrat sur la capacité de se projeter, où se projeter, dans quelles parties du monde, avec quels moyens, avec quels délais -, bien entendu, nous en tirerons des conséquences sur l'organisation de nos forces. C'est ce croisement entre la réorganisation du ministère, et les besoins opérationnels de nos armées, qui nous amènera à présenter, fin juin, une carte, avec un certain nombre de suppressions.

Q - D'ici là, on ne saura rien de plus précis ? Tout cela, vous allez le découvrir dans un mois et demi, deux mois - vous êtes des génies!

R - Mais oui, parce que l'on y a beaucoup travaillé !

Q - Est-ce que, vous, le partisan - vous l'avez dit en début d'émission, Hervé Morin -, partisan des réformes et de la vérité aux Français, est-ce qu'on ne peut pas le dire : oui, votre sécurité sera garantie, mais il faut réformer l'armée, avec le même budget, mais des villes qui ont des militaires, qui n'auront plus de militaires - elles auront autre chose…

R - Oui…

Q - Est-ce que l'on ne peut pas le dire aussi simplement ?

R - Je peux vous le dire aussi simplement que cela, et c'est ce que je vous ai dit. Nous avions besoin de le faire. Mais que, quand vous me dites : "Combien de communes ?", je suis incapable de vous le dire, aujourd'hui, parce que…

Q - Donc, cela va se produire ? Et est-ce que, par exemple, il y aura un accompagnement social, de la part de l'Etat, quand il y aura ces réformes-là, pour les villes, et les gens concernés ?

R - Nous allons procéder même différemment. Je commence à recevoir tous les élus qui pourraient être concernés par la fermeture d'une unité - puisque des listes sont parues dans la presse, régulièrement…

Q - Cela fait combien d'élus?

R - Cela fait, disons, une trentaine ou une quarantaine de sites, si vous voulez…

Q - Cela fait une quarantaine de sites ?

R - Vous allez les avoir, vos 40 sites !...

Q - D'autant que certains disent : déjà, avec la carte judiciaire, on a perdu des tribunaux, avec la carte hospitalière, on a perdu des hôpitaux ! L'aménagement du territoire souffre, dans certaines régions !

R - On ne consacre pas 37 milliards d'euros à la défense pour assurer l'aménagement du territoire du pays ! Les Français nous reprocheraient que l'on consacre 37 milliards d'euros à notre défense, qui reste une des grandes défenses du monde - puisqu'il y a à peu près quatre puissances militaires globales sur la planète, et nous en faisons partie. Cet outil-là, formidable, qui nous permet d'avoir la politique étrangère qui est la nôtre, d'avoir ce positionnement diplomatique qui est le nôtre, d'avoir cette présence qui est la nôtre ; eh bien, nous ne consacrons pas 37 milliards pour faire de l'aménagement du territoire. Que nous intégrions l'aménagement du territoire dans un certain nombre de décisions, nous le ferons. Je présenterai, au président de la République, dans un certain nombre de cas - je l'ai dit aux élus -pour les cas les plus difficiles, en disant au président de la République : voilà, la logique opérationnelle, la logique d'organisation, voudraient que nous fermions ce régiment, c'est dans une zone où en effet le développement économique est un développement économique un peu compliqué, on pourrait dans ce cas proposer, ou fermer telle ou telle base aérienne, ou tel ou tel régiment. Donc, nous proposerons, je proposerai au président de la République, dans un certain nombre de cas, des mesures alternatives. Mais…

Q - Après concertation avec les élus ?

R - Après concertation avec les élus. Et nous allons avoir toute une série de mesures d'accompagnement économique et social, qui seront des mesures permettant de financer des investissements, permettant de financer des équipements. Je veux prendre un exemple concret. Il y a un maire d'une ville, la semaine dernière, qui vient me voir. Je lui dis : vous avez un bataillon de soutien, éventuellement, qui pourrait être fermé ; est-ce que vous avez des équipements majeurs à financer, qui permettraient de pouvoir redynamiser votre ville ? Est-ce que vous avez une zone d'activités, une pépinière d'entreprises, une piscine, un centre de congrès, des équipements dédiés au tourisme ? Bref, nous examinerons toutes ces conditions, et nous financerons une partie de ces équipements…

Q - "Nous", c'est-à-dire le budget de l'armée ?

R - … le budget de la République, de l'Etat, à travers toute une série de dispositifs interministériels.

Q - Monsieur le Ministre, est-ce que cela veut dire aussi que l'Etat, ou les régions, ou les maires, pourraient - le moment venu - vendre des actifs, qui étaient autrefois tenus pour eux par l'armée, pour l'armée ? Ils pourront les vendre ?

R - Parmi les mesures de compensation, bien entendu, nous examinerons les conditions dans lesquelles nous pourrons céder les actifs qui appartenaient à l'armée, pour leur permettre de se re-développer, bien entendu.

Q - Tout à l'heure vous avez dit : on va "rafaliser". Vous continuez à fabriquer des Rafale ? Au rythme voulu ? Vous avez réduit le rythme de la fabrication - toujours dans le système d'économies ?

R - Nous avons réduit le rythme. Et ce n'est pas moi qui l'ai fait, cela a été fait avant moi. Nous en fabriquons à peu près 12 par an. Ce que nous espérons, c'est que, bien entendu, nous puissions avoir un certain nombre de succès à l'exportation, qui permettra à Dassault à la fois de pouvoir augmenter ses rythmes de cadence - en augmentant ses rythmes de cadence, le prix unitaire de nos avions se réduira ; et d'autre part, nous permettant ainsi de faire en sorte que, à travers ces grands contrats, nous puissions aider l'industrie de défense - parce que, vous le savez, quand nous vendons des grands contrats, comme ceux du Rafale, ou d'autres équipements, c'est ensuite, pendant des décennies, toute une série de commandes, de livraisons, qui permettent à l'industrie de défense de pouvoir rester…

Q - Vous remarquez que là on va respecter le secret défense : on ne vous demande pas à qui vous allez les vendre - parce qu'il y a des promesses de ventes, et que vous devez être en négociations ! Et que l'on ne veut pas que le concurrent bloque la négociation ! Sur le porte-avions, le deuxième porte-avions, vous êtes, vous, favorable, ou pas ? Il y a des études, il y a déjà beaucoup d'argent qui a été consacré. On dit qu'il est condamné.

R - Il est évident que la situation budgétaire de l'équipement de nos forces rend difficile la construction du second porte-avions. Il s'agit d'un arbitrage que nous avons à faire, qui sera fait dans les semaines qui viennent.

Q - Votre proposition, c'est plutôt non - étant donné le budget ?

R - Ecoutez, le président de la République décidera.

Q - Vous avez parlé du Livre blanc, qui nous parlera des menaces d'ici à 2025, à l'horizon 2025, qui va être publié à la mi-juin, c'est toute une commission qui a travaillé. Où sont les menaces, pour nous ? Les nouvelles menaces ? En Afghanistan ?

R - Les risques que nous avons - plus que les menaces : nous avons la menace terroriste, bien sûr ; menace terroriste, mais à grande échelle, capable de frapper le cœur même de nos cités. Nous avons des risques liés à la sécurité de nos approvisionnements. Par exemple, nos voies maritimes ; faire en sorte que nous puissions pouvoir nous approvisionner et avoir le contrôle de nos voies d'approvisionnement. Nous avons des risques liés à la prolifération nucléaire. Ce sont des risques évidents. Mais nous avons aussi des risques dont on voit bien, aujourd'hui, les premiers effets, qui sont liés au dérèglement climatique. On sait, par exemple, que la hausse du niveau des mers amènera plusieurs centaines de millions de personnes à changer d'habitat ; ce qui veut dire que, bien entendu, cela aura des conséquences géostratégiques. Le risque lié à l'eau : le fait que l'eau deviendra une ressource rare, risque d'amener un certain nombre de crises à travers le monde. Le risque alimentaire, aussi. Bref, le risque, il est plus diffus, différent ; il n'est pas de la même nature que du temps du Pacte de Varsovie - et bien entendu, cela nous impose d'avoir une réponse militaire qui n'est pas la même.

Q - Et on garde notre force de dissuasion ?

R - La force de dissuasion, c'est l'assurance du pays ; et cette force de dissuasion, c'est l'effort d'un pays qui veut pouvoir se protéger contre les menaces les plus lourdes qui pourraient peser sur lui.

Q - Vous avez parlé des crises alimentaires ; un mot. Les émeutes de la faim vont se multiplier - on nous a dit cela sur "Europe 1", avec Jacques Diouf, Dominique Strauss-Kahn, Jean Ziegler, et d'autres. Tous en appellent à une aide alimentaire d'urgence. Est-ce que l'armée française est prête à jouer un rôle dans l'action humanitaire - au moins pour accompagner ce qui va être livré, ou pourrait être livré, aux populations qui en ont besoin ?

R - L'Armée française l'a déjà fait et elle le fait régulièrement, notamment en accompagnant, en escortant le Programme alimentaire mondial. Nous l'avons fait dans l'Océan Indien, durant un ou deux mois. Ce sont les…

Q - Mais elle peut le faire ?

R - Oui, bien sûr…

Q - Vous êtes prêts ?

R - Bien sûr, qu'elle le fait déjà. Et elle le fait régulièrement !

Q - Une question sur les pirates du Ponant : ils seront jugés en France, rapidement ?

R - Oui, j'espère qu'ils seront jugés en France, rapidement, avec les procédures judiciaires qui vont bien : droit de la défense, etc….

Q - Tout ce que vous avez fait, vous l'avez fait avec l'accord de la Somalie ?

R - Oui. La Somalie, les autorités somaliennes avaient donné leur accord pour que nous puissions intervenir dans leurs eaux territoriales, bien entendu.

Q - Est-ce que l'heureux dénouement de cette prise d'otages, de l'affaire du Ponant, n'a pas prouvé l'intérêt des forces pré-positionnées, justement, françaises, dans l'Océan