POINT
DE PRESSE DU MINISTRE
DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES, M. BERNARD
KOUCHNER
(Paris, 7 mars 2008)
Mesdames
et Messieurs, je vous
remercie, comme toujours,
d'être venus si
nombreux. Je vous annonce
que j'ai pris la décision
de vous affronter, ou
de vous parler, en tout
cas de vous rencontrer,
tous les 15 jours environ.
Si vous insistez, je
pourrais le faire toutes
les semaines !
Je
vous rencontrerai donc
tous les 15 jours afin
de dialoguer pour qu'à
travers vous, grâce
à vous, l'opinion
publique puisse apprécier,
critiquer, peut-être,
sait-on jamais, louanger
une politique extérieure
de la France qui, malgré
tout, change, parfois
considérablement
et parfois un petit
peu.
La
prochaine réunion
de presse - car je pense
qu'il doit s'agir d'une
réunion et pas
de vérités
assénées
- pourrait avoir lieu
le 18 mars prochain.
Alors,
de temps en temps, je
vous ferai faux bond
mais, sauf contre-ordre
de dernière minute,
- parce que je suis
appelé à
partir souvent -, je
voudrais vous rencontrer
tous les 15 jours.
Je
pense que cela ne doit
pas durer plus d'une
demi-heure. Si donc
nous commençons
à 12h30, à
13 heures, vous serez
libres. Je voudrais,
non pas, - je viens
de le dire - vous exprimer
la vérité
révélée
mais développer
un certain nombre de
problèmes devant
vous et peut-être
même, de succès
ou d'insuccès.
Aujourd'hui,
et c'est la dernière
phrase que je prononcerai
devant vous avant de
répondre à
vos questions, c'est
la Journée internationale
de la femme et nous
célébrons
cela toute la journée.
C'est vrai que ce n'est
pas par déférence,
et simplement pour consacrer
ces journées
qui sont obligatoires.
Non, c'est vraiment
l'occasion - parce que
ce ministère
est, vous le savez sans
doute mieux que je ne
le savais, un ministère
plein de richesses -
d'entendre les femmes,
et en particulier les
femmes qui se sont exprimées
tout à l'heure,
qui se sont exprimées
toute la matinée,
qui s'exprimeront cet
après-midi et
avec lesquelles nous
allons déjeuner.
C'est formidable de
les entendre car cela
nous change de la "langue
de bois". Dans
cet établissement
doré, la "langue
de bois", nous
connaissons. Maintenant,
concernant les femmes,
à propos du temps
de travail, de la difficulté
d'être conjoint
de diplomate, dans les
deux sens, femme ou
homme, des choses viennent
d'être dites sur
l'aménagement
nécessaire des
horaires par exemple,
sur des choses essentielles.
Ici, par exemple, il
n'y a pas de crèche
et il y en aura une,
je l'espère,
dans le nouveau bâtiment
rue de la Convention.
Ce sont des choses élémentaires.
Bref,
les femmes ont beaucoup
de choses à dire
et en particulier concernant
la carrière diplomatique.
Il y a 47 % de femmes
dans ce ministère
mais il y en a 12 %
seulement au niveau
des ambassadeurs, voyez
comme il y a du boulot
!
Il
y a donc beaucoup de
travail et il faut rétablir
l'équilibre.
D'ailleurs, le président
de la République
le demande très
fermement. Lorsque l'on
désigne des directeurs
ou des directrices au
Département,
des ambassadeurs ou
des ambassadrices, on
ne trouve évidemment
pas suffisamment de
femmes dans le fichier
parce que cela vient
de beaucoup plus en
amont.
C'est
l'une des choses que
je voulais vous dire
mais la journée
n'est pas terminée.
Nous
écoutons avec
bonheur, non seulement
les femmes françaises,
et celles de ce ministère,
mais pas seulement :
vous avez là
un chirurgien de la
République Démocratique
du Congo qui vient d'arriver.
Son hôpital -
il y a deux hôpitaux
dans le monde en réalité
- mais en Afrique, est
le seul hôpital
qui prenne en charge
les mutilations sexuelles,
les viols, les conséquences
de l'oppression sauvage
dont depuis 14 ans le
Kivu est le théâtre
et je vous assure qu'il
y a des choses à
dire. Mais la seule
affirmation que je peux
énoncer, c'est
que l'avenir passe par
les femmes.
Dans
notre pays bien sûr,
- je viens de l'entendre
- mais surtout dans
le tiers-monde. Il n'y
aura, dans le monde
en développement,
de réformes -
et ce ministère
est aussi celui du Développement
- que si cela passe
par les femmes.
Un
dernier mot pour vous
indiquer que ce soir,
nous organisons un séminaire
sur la Présidence
française de
l'Union européenne.
Deux jours de travail
nous attendent avec
toutes les personnes
concernées.
Voilà,
vous pouvez maintenant
me poser toutes les
questions que vous voulez,
je vous écoute.''
Q
- M. Ban Ki-moon n'a
pas appelé la
mission de l'Union européenne
pour remplacer la mission
de l'ONU sur place.
Cela pose toujours le
problème de la
légalité
de ces missions. Quelle
est votre opinion ?
R
- Je suppose
que vous parlez du Kosovo.
Le problème de
la légalité
ne se pose pas parce
que, selon notre analyse,
et celle de M. Ban Ki-moon,
il y aura une transition
qui est prévue
dans le statut final
de la résolution
1244. Il y aura une
transition douce. La
mission EULEX se met
en place. Elle commence
son déploiement.
Déjà,
il y a beaucoup de fonctionnaires
de tous les pays européens,
des 27 pays européens,
qui sont arrivés.
C'est toujours la résolution
1244 qui s'applique.
Le déploiement
d'EULEX ira jusqu'au
mois de juin. La mission
de la MINUK, que j'ai
eu l'honneur de diriger
pendant deux ans, et
la mission EULEX agiront
donc en parallèle,
pendant un certain temps.
Maintenant,
sur le fond, je vais
vous dire une chose
: je voudrais dire à
mes amis serbes que
ce n'est pas une défaite
pour eux, c'est, au
contraire, un tremplin,
une espérance.
Je
sais que c'est un grand
changement mais j'ai
plus que de l'amitié,
j'ai de l'affection
pour ce grand peuple.
Je les connais bien
et je sais ce que nous
leur devons, nous les
Européens, dans
l'Histoire. Je comprends
leur raidissement mais,
en même temps,
je voudrais faire preuve
du plus d'ouverture
possible. Il n'y avait
pas d'autre solution.
Nous avons cherché,
vraiment cherché.
Nous ne pouvions pas
maintenir 25 ans comme
à Chypre, des
milliers de soldats
sur place. Un pays qui,
sur son territoire maintient
une protection internationale
d'une partie de sa population
ne peut pas rentrer
dans l'Union européenne.
Je
le leur dis et je les
supplie de nous croire.
Non seulement, ce n'est
pas une décision
tournée contre
eux mais je suis persuadé
qu'ils vont savoir se
convertir et en profiter,
même si, pour
beaucoup de générations,
moins pour les jeunes,
c'est une épreuve
très douloureuse
et je comprends leur
douleur.''
Q
- L'Iran a annoncé,
par la voix de son président
qu'il avait arrêté
toute négociation
en dehors du cadre de
l'AIEA. Comment comptez-vous
gérer cette situation,
comment parviendrez-vous
à maintenir le
dialogue avec les Iraniens
si les négociations
avec M. Solana sont
arrêtées
?
Les
négociations
avec M. Solana étaient
pratiquement arrêtées,
par épuisement
des uns et des autres.
C'est Javier Solana
qui le dit, pas moi.
En revanche, nous ne
souhaitons pas arrêter
le dialogue, au contraire.
Comme vous le savez,
la résolution
1803, qui a été
acceptée et votée
au Conseil de sécurité
par 14 voix et une abstention,
celle de l'Indonésie,
lundi, comporte, pour
la première fois,
l'obligation du dialogue
à côté
de sanctions que nous
avons tous décidées.
Vous
me posez la question
parce que vous êtes
là. Je vous réponds
parce que je suis là
mais vous pourriez poser
votre question aussi
aux Chinois et aux Russes.
Nous
avons tous décidé
qu'il y avait un danger
à voir, ou à
supposer, que se poursuive
la fabrication d'un
arsenal militaire nucléaire.
Les
dernières déclarations
de l'Agence - dont le
président iranien
indique maintenant que
c'est seulement à
travers elle que nous
pourrons nous parler
- ces déclarations,
en particulier celles
du comité technique
qui s'est réuni
ces derniers jours,
ne sont pas encourageantes.
Je souhaite infiniment
que le dialogue soit
la règle, l'obligation
et le succès.''
Q
- Après les déclarations
du président
Déby concernant
les membres de l'Arche
de Zoé, qui réglera
l'indemnité de
6 millions d'euros ?
R
- Je n'en sais
rien et vous qu'en savez
vous ?
Q
- Ah moi, je ne suis
pas membre du gouvernement
français !
R
- Mais, Monsieur,
ce n'est pas au gouvernement
que cela s'adresse !
C'est évidemment
une sanction pénale
qui pèse sur
les têtes des
membres de l'Arche de
Zoé et il faudra
bien que nous trouvions
une solution. Moi, je
n'en sais rien, et ce
n'est pas au gouvernement
que cette demande s'adresse.
Il
y a toujours des difficultés,
vous les soulignez tout
le temps, mais il y
a aussi, quand même,
une évolution
qui me paraît
heureuse. Ce n'est pas
au gouvernement de payer
et en même temps,
il faudra trouver une
solution. Je ne peux
pas vous en dire plus
parce que je n'en sais
pas plus.
Je
me trouvais avec le
président Sarkozy
lorsque M. Déby,
le président
tchadien nous l'a dit.
Quant à l'Arche
de Zoé, nous
n'allions pas au Tchad,
sur le chemin de l'Afrique
du Sud, pour connaître
le sort de ses membres.
Je
suis heureux si cela
se règle, comme
on vient de le dire,
dans le mois qui vient.
Si le président
tchadien, comme il l'a
dit hier, leur accorde
la grâce, j'en
serai ravi pour eux.
Q
- Mais le Président
Sarkozy a dit qu'il
allait prêter
son assistance pour
aider à régler
ce problème !
R
- Eh bien vous
voyez, c'est ce que
je dis.
Q
- Et vous ne pouvez
pas nous dire de quelle
façon ?
R
- Non, parce
que je n'en sais rien
du tout. Mais nous allons
prêter notre assistance
en effet.
Q
- Concernant la question
de l'ARYM, la Grèce
va opposer son veto
s'il n'y a pas un autre
nom que la Macédoine.
Quelle est la position
de la France à
ce sujet ?
R
- Vous connaissez
la position de la France.
Nous avons été
parmi ceux qui soutenaient
la position de la Grèce,
et tout en maintenant
cette position hier
au Sommet des ministres
des Affaires étrangères
de l'OTAN à Bruxelles,
nous en avons parlé.
Mon ami Dora Bakoyanni
- qui d'ailleurs est
une ministre des affaires
étrangères
très souple et
très inventive
- a proposé une
série de solutions
et de noms.
Franchement,
moi, je pense qu'il
faut trouver une solution
entre la "Macédoine"
et la Grèce.
Nous n'allons pas bloquer
tout le processus pour
cela. Pourtant, encore
une fois, je comprends
le poids historique.
Nous avons pris des
engagements, nous allons
trouver une solution.
Je pense qu'il y aura
peut-être une
solution avec un nom
utilisé à
l'extérieur et
un autre utilisé
à l'intérieur
mais je n'en sais rien,
ce n'est pas à
moi de le dire. Je sais
qu'il y a des propositions
qui sont vraiment très
acceptables par l'un
et l'autre. Il faut
un peu de bonne volonté
! Si on se bloque dans
une affirmation partagée
de ténacité,
d'obstination et de
non-évolution,
nous sommes fichus !
Ce serait quand même
un peu bête, surtout
d'ailleurs pour la Macédoine,
car ce sont eux franchement
qui demandent à
adhérer.
Je
pense que cela va se
régler, mais
ce n'est pas à
moi de le dire.
Q
- D'abord un premier
commentaire : il y a
un certain temps que
l'on ne vous a pas vu
à Beyrouth.
R
- J'y ai passé
du temps tout de même
!
Q
- Il y a trois mois
ou presque que la présidence
de la République
est vacante. L'initiative
arabe pour aider à
élire un président
piétine. La situation
devient de plus en plus
urgente et de plus en
plus grave. Lors du
prochain sommet arabe,
pour la première
fois, on risque de ne
pas voir un représentant
de l'Etat libanais,
un président
libanais. Est-ce que
l'initiative française,
dont vous êtes
à l'origine,
est toujours d'actualité
ou existe-t-il d'autre
initiative ou projet
? Va-t-on vous voir
bientôt à
Beyrouth ? L'Europe
va-t-elle lancer une
autre initiative ?
R
- Et vous les
Libanais avez-vous pris
des initiatives ? Moi
je fais ce que je peux,
c'est le moins que l'on
puisse dire. Et quand
je lis dans la presse,
la presse dont vous
êtes responsable,
"l'échec
de Kouchner au Liban"…Non
mais, vous plaisantez,
c'est l'échec
des Libanais ! "L'échec
de la ligue arabe au
Liban". Ce n'est
pas l'échec de
la Ligue arabe, c'est
l"échec
des Libanais ! D'accord,
les Libanais ne sont
pas seuls, nous le savons.
Mais, franchement, j'espère
et je souhaite qu'il
y ait à nouveau
une initiative française.
Mais
de toute façon,
l'initiative française,
l'initiative de la Ligue
arabe, l'initiative
du prince Saoud ont
toutes convergé
vers les trois points
que nous avions fait
accepter, nous les Français,
moi votre serviteur,
par M. Nabih Beri et
par M. Hariri. Et pourtant
c'est bloqué.
Les choses ont évolué.
Je souhaite qu'il y
ait une initiative,
mais par pitié,
il faudrait que les
Libanais manifestent
un tout petit peu d'unité
nationale. Si par hasard
quelques personnes de
la société
civile pouvaient répéter
ce qui a été
fait une fois, un dimanche,
quand ils ont distribué
des tracts dans les
stations essence. Si
ça pouvait se
perpétuer pour
que l'on voie que les
communautés ont
envie d'être ensemble
cela nous aiderait beaucoup.
Voilà ce que
je peux vous répondre.
Mais vous avez décrit
la situation telle qu'elle
est. Ce n'est pas un
succès, c'est
sûr, et avec la
tension de la situation
et avec l'acharnement
qui s'est passé,
en nombre de victimes
à Gaza et hier
à Jérusalem,
ça ne va pas
arranger la situation.
Donc il est très
urgent, plus urgent
encore maintenant, d'essayer
que la situation soit
éclaircie et
qu'il y ait un président
au Liban. Je suis tout
à fait d'accord
avec vous. Mais, vraiment
on a beaucoup essayé.
Q
- Et que pouvez-vous
dire au sujet de l'initiative
européenne ?
R
- On verra bien
pour ce qui concerne
notre responsabilité
européenne à
partir du 1er juillet.
Ce que je peux à
la fois comprendre,
déplorer et critiquer
c'est qu'il n'y ait
pas eu d'initiative
commune. Alors tout
le monde essaie d'aller
à Damas ou à
Beyrouth pour engager
sa propre négociation.
Ce que nous avons essayé
était inédit.
Les ministres des Affaires
étrangères
espagnol, italien et
français, ensemble,
à Beyrouth, pour
représenter l'Union
européenne. Malheureusement
on a cru y arriver mais
cela n'a pas marché.
Il y avait cette initiative
et nous pouvons continuer.
Q
- Au sujet du soldat
français qui
est mort lundi après
midi, la résolution
1778, paragraphe 14,
stipule que les Etats
voisins du Tchad et
de la RCA doivent aider
les missions de l'Onu
et de l'Union européenne.
Est-il normal que l'on
ne condamne pas cette
action militaire qui
a été
si sommairement menée
du coté soudanais,
puisque le gouvernement
soudanais lui-même
revendique l'action
menée par son
armée ?
R
- Nous le condamnons.
Je voudrais rendre hommage
à cette occasion
au sergent Polin qui,
au cours de sa mission,
a été
abattu en franchissant
la frontière
d'un kilomètre
dans une région
où les frontières
ne sont pas marquées
comme vous le savez
puisque c'était
aux confins de la République
centrafricaine, du Soudan
et du Tchad. Ce qui
compte c'est que cela
soit compris ; que l'Eufor,
avec laquelle jeudi
dernier j'étais
en patrouille, car c'est
avec cette patrouille
qui avait été
déployée
dans ces trois frontières
que je suis allé
dans des camps de personnes
déplacées,
soit bien accueillie.
J'y ai vu la façon
dont étaient
accueillies ces patrouilles
qui, lorsque j'y étais,
comprenaient des Suédois,
des Irlandais et des
Français. Il
y avait 627 hommes et
maintenant il y en a
beaucoup plus et il
y en aura 3.600. Il
y a 16 pays qui sont
sur le terrain, 22 qui
sont au quartier général
du mont Valérien
et les 27 ont financé
ce projet qui est magnifique.
C'est la plus grande
opération de
l'Union européenne
hors de ses frontières.
Il faut bien comprendre
que le mandat est précis.
Nous ne sommes pas là
pour garder la frontière,
vous le savez, puisque
vous avez fait référence
à cela. Ils ont
franchi la frontière.
Malheureusement, l'un
a été
tué, l'autre
blessé à
bout portant, et nous
le déplorons
et le condamnons. En
dehors de la frontière,
à côté
de la frontière,
la mission de l'Eufor
est très précise.
Elle doit défendre
les populations civiles
et ne réagir
militairement que si
on l'attaque par les
armes ou si les populations
civiles sont menacées.
Le problème c'est
que cela soit compris.
Il y a une mission,
ou plutôt une
tentative du président
Wade, qui réunit
la semaine prochaine
les pays de la Conférence
islamique et qui a demandé
au président
Idriss Déby d'être
aux côtés
du président
Béchir. Notre
propos est de protéger
les populations et de
permettre la reconstruction
des villages. Nous souhaitons
toujours que soient
déployées
de l'autre coté
de la frontière
les troupes de l'Union
africaine et des Nations
unies que M. Jean-Marie
Guéhenno est
en train de réunir.
J'ai vu l'ambassadeur
d'Egypte hier et dans
quelques jours il y
aura 1.400 soldats égyptiens
supplémentaires.
S'il n'y a pas des deux
côtés cette
protection, évidemment
la frontière
se révèle
extrêmement dangereuse
et nous souhaitons que
ce soit différent.
A propos d'ailleurs
de Jean-Marie Guéhenno,
je lis dans la presse
que son poste ne reviendra
pas à un français.
Je pense que le poste
demeurera français.
Q
- J'ai une question
à propos de l'Union
méditerranéenne.
Est-ce que la France
considère cet
accord comme un échec
puisque le projet a
été modifié
en profondeur ? Est-ce
que vous pourriez nous
en dire plus sur ce
qui va se passer les
13 et 14 juillet parce
que c'est quand même
un peu confus avec le
sommet de 1 ou 2 jours
ou on ne sait pas quels
seront les participants
?
R
- Je suis ravi
de dissiper cette confusion.
Est-ce que l'Allemagne
considère cela
comme un triomphe ?
Non. C'est une avancée.
Ce n'est ni un échec
pour l'un, ni un échec
pour l'autre. Ni un
succès pour l'un,
ni un succès
pour l'autre. Le franco-allemand
est absolument indispensable.
Nous devons non seulement,
et nous le faisons,
nous parler et nous
comprendre, mais avancer
ensemble. Eh bien, l'Union
pour la Méditerranée,
à l'intérieur
ou remplaçant
par son nom même
le processus de Barcelone,
c'est une avancée,
c'est un pont formidable
entre les deux rives,
entre le monde occidental
et le monde arabe. J'espère
que nous le ferons ensemble,
avec les Allemands en
particulier, et avec
tous ceux qui voudront
y participer.
Dissiper
vos doutes à
propos du 13 et 14 juillet
est facile. Il n'y aura
qu'une seule réunion
le 13 à Paris,
des pays européens
et des pays de la Méditerranée.
Q
- Le Gabon menace d'expulser
500 à 1000 français
qui sont en situation
irrégulière.
Cela vous inquiète-t-il
et qu'est-ce qui explique
la colère du
"Doyen" comme
on le surnomme souvent
ici ? Est-ce que c'est
le reportage diffusé
sur France 2, est-ce
que c'est l'expulsion
de gabonais depuis la
France ou s'agit-il
d'une inquiétude
plus sourde à
votre avis. Qu'est-ce
qu'Omar Bongo n'a pas
digéré
et que souhaitez-vous
lui répondre
?
R
- Je lui répondrai
cet après-midi
puisque je vais l'appeler.
Mais je crois que vous
avez fourni la réponse
vous-même. Je
pense qu'il n'a pas
apprécié
la projection de ce
film, que personnellement
je n'ai pas vu. Mais,
enfin, la presse est
libre et a le droit
de faire des films et
de projeter ce qu'elle
souhaite. Il y aussi
un certain nombre de
Gabonais, mais ils ont
signé des accords
pour cela, qui ont été
expulsés du territoire.
On nous menace de faire
la même chose
avec ceux qui n'étaient
pas en règle
sur le territoire gabonais
et en particulier des
Français. Je
ne peux l'en blâmer.
Mais je pense que cela
va s'arranger et que
la compréhension
et la transparence vont
être rétablies
entre Libreville et
Paris.
Q
- Il y a en ce moment
des initiatives arabes
qui tendent à
vouloir trouver une
immunité à
la famille Assad en
échange d'un
geste syrien sur le
Liban et sur le Hamas.
Est-ce que vous pensez
que le tribunal international
est quelque chose d'irréversible
ou peut-on encore geler
quelques points de ce
tribunal et donner une
telle immunité
? Je vous parle d'initiative
arabe et non des moindres
puisque se sont des
amis à vous ?
R
- Heureusement
que vous avez prononcé
le mot tribunal spécial
international parce
que c'est évidemment
une des clefs de compréhension,
pas la seule. Je ne
sais pas qui cherche
à protéger
qui, en tout cas pas
la France. Et je peux
vous affirmer que le
tribunal spécial
est le tribunal de l'ONU.
La France l'a voulu
et financé avec
bien d'autres pays,
en particulier des pays
auxquels vous faisiez
allusion. Cette démarche
n'est pas réversible.
Ce sont les Nations
unies qui sont chargées
de la recherche des
assassins de M. Rafic
Hariri et elles le feront
et ce ne sera que justice.
Je ne sais pas s'ils
les trouveront, ou si
ça ira loin,
mais maintenant ce n'est
plus une affaire, et
d'ailleurs ça
n'a jamais été
une affaire qui regardait
seulement la France.
Dès lors que
la résolution
a été
votée, c'est
une affaire de justice
internationale.
Q
- L'actualité
du jour est quand même
l'attentat sanglant
de Jérusalem.
Dans vos paroles précédentes
j'ai cru comprendre
que vous faites le lien
entre ce qui s'est passé
à Gaza et à
Jérusalem. Je
voulais vous demander
si, à votre avis,
le processus de paix
est plus ou moins compromis
aujourd'hui et quel
est le rôle que
la France entend jouer
dans la suite des événements
?
R
- Le processus
de paix est la seule
solution. Comparer les
attentats ne m'intéresse
pas. Je les condamne
tous. Je condamne le
lancer des fusées
Qassam et des fusées
Grad sur Israël.
Je condamne l'acharnement
qu'il y a eu sur Gaza
et qui n'a, hélas,
pas arrêté
les fusées. Je
condamne bien entendu
l'attentat de Jérusalem
dans une école
talmudique. Malheureusement,
les chiffres changent
et lorsqu'ils changent,
ils changent vers le
haut. Je ne sais pas
s'il y a eu 8, 9 ou
10 victimes en dehors
des blessés.
Oui, je condamne tout
cela. Je sais qu'il
n'y a pas de solution
militaire. Je sais,
et les Israéliens
et les Palestiniens
le savent aussi, qu'il
n'y a une solution que
dans la paix et l'instauration
d'un Etat palestinien
viable, démocratique
et indépendant.
C'est cela la sécurité
d'Israël.
Alors
que peut faire la France
? La France est chargée,
avec la Commission européenne,
avec M. Tony Blair pour
le Quartet, avec les
Norvégiens, du
suivi de la Conférence
de Paris, qui fut un
succès. Il faudrait
que les projets soient
mis en place et ils
ne le sont pas assez
rapidement. Justement,
le premier projet, grâce
à l'intervention
de M. Ehud Barak, se
mettait en place à
Gaza, c'était
la station d'épuration
d'eau. Tout est à
nouveau remis en question.
Donc, nous sommes chargés
du suivi de ces projets.
Nous donnions de l'argent
pour le budget palestinien,
la France a donné
de l'argent bien sûr,
mais enfin, nous avions
l'argent de la Conférence
de Paris et nous sommes
chargés du suivi
et de son application.
En ce sens, oui bien
sûr, nous intervenons.
Il y a d'ailleurs, le
25 mars je crois, à
Bruxelles, une réunion
à nouveau ; ce
n'est plus à
Paris car la Commission
européenne est
responsable d'autres
projets spécifiques
et des projets de la
Conférence de
Paris ; nous nous revoyons
donc dans cette formation.
Evidemment
nous continuons, évidemment
je retournerai sur place.
Tout le monde sait que
la solution est la formation
d'un Etat palestinien.
Tous les Israéliens
qui ont négocié
avec les Palestiniens,
tous les Palestiniens
qui ont négocié
avec les Israéliens
le savent. Je sais que
des progrès sont
faits au sommet. Vous
savez qu'il y a quatre
personnes qui discutent,
c'est M. Ehud Olmert
avec M. Abou Mazen,
c'est Mme Tzipi Livni
avec M. Abou Ala. A
ce niveau, les choses
avancent mais elles
n'avancent pas sur le
terrain, au contraire.
Est-ce que cette démarche
des quatre sera suffisante
? Je l'espère
très fortement.
Je sais qu'il n'y a
pas hélas, d'autre
solution. C'est pourquoi
à chaque communiqué
- vous savez, sempiternellement,
faire un communiqué
de condamnation - nous
nous demandons si nous
condamnons fermement
ou très fermement,
et à quoi cela
avance ? La phrase importante,
c'est à la fin
de ce communiqué,
qui dit : "il n'y
aura d'autre solution
que la poursuite du
processus de paix et
la création d'un
Etat palestinien".
Pour la première
fois, la Conférence
de Paris était
consacrée à
l'Etat palestinien et
le financement était
pour l'Etat palestinien.
C'était une avancée
mais évidemment,
elle est très
insuffisante s'il n'y
a pas d'Etat palestinien.
Est-ce qu'il faut signer
pour un Etat palestinien
? Est-ce qu'il faut
reconnaître un
Etat palestinien d'avance
? Je n'en sais rien
mais il faut un Etat
palestinien.
Q
- Pourquoi n'avez-vous
pas appliqué
ce que vous avez demandé
pour le Kosovo pour
la Palestine ?
R
- C'est justement
ce que je viens de vous
dire. Vous ne pouvez
pas comparer.
Q
- Vous êtes le
champion de l'intervention
humanitaire et cela
fait 60 ans que le peuple
palestinien est sous
occupation et dans l'impasse.
Je sais que vous avez
une bonne volonté
pour trouver une solution,
mais on entend beaucoup
de paroles et on voit
peu d'actes sur le terrain.
R
- C'est vrai,
je le déplore
autant que vous, mais
la situation n'est pas
la même. Pourquoi
le Kosovo a été
reconnu pour le moment
par 22 Etats, si je
ne m'abuse - et il y
en aura 30, 40 et plus
encore ? Parce que la
situation spécifique
du Kosovo, où
il y avait eu une intervention
internationale était
- par rapport aux autres
situations dont on parle,
l'Ossétie du
Sud, l'Abkhazie, le
Nagorny Karabakh - tout
à fait différente,
parce qu'il y avait
des troupes, des milliers
d'hommes de l'OTAN et
des milliers d'administrateurs
des Nations unies. Là,
ce n'est pas le cas.
En
revanche, pour abonder
dans votre sens, est-ce
que cela servirait à
quelque chose d'imposer
cet Etat de l'extérieur
? C'est de l'intérieur
que cela s'est fait
au Kosovo. Nous avons
dit, nous la France,
que si une intervention
d'interposition des
internationaux, qu'ils
soient soldats, administrateurs
et sans doute les deux,
était nécessaire,
la France y participerait.
Je déplore cette
lenteur moi aussi. Tout
le monde sait que cela
ne peut pas finir autrement.
Vous n'avez pas tort,
cette question est juste.
Q
- Est-ce que vous avez
des nouvelles concernant
Ingrid Betancourt ?
R
- Nous n'avons
pas, hélas, directement
de nouvelles depuis
celles qui ont été
reçues par l'intermédiaire
des quatre otages libérés.
La question est plus
large que celle que
vous me posez. Comment
avoir des nouvelles
et comment, surtout,
lui faire retrouver
sa liberté ?
C'est notre plus cher
et unique désir.
Non pas que nous ne
nous intéressions
pas aux autres otages.
Il en reste simplement
5 ou 7 qui sont civils
et il en reste des centaines
d'autres. Grâce
aux militants et grâce
à l'action de
la société
civile, nous parlons
d'Ingrid Betancourt
parce que c'est la seule
française et
c'est notre devoir.
Nous allons continuer
- vous avez vu que le
président de
la République
a à nouveau adressé
à M. Marulanda
une demande très
précise : "c'est
votre responsabilité
en tant que chef des
Farc" - parce que
cette femme risque de
mourir, en raison de
la fragilité
de son état de
santé et peut
être de sa maladie
qui nous a été
rapportée par
les otages. On ne sait
pas si c'est vrai ou
non, mais c'est une
maladie qui est non
seulement terriblement
fatigante mais qui met
sa vie en danger. Le
président de
la République
a dit à M. Marulanda
: "ce geste humanitaire
est nécessaire,
indispensable et nous
vous le demandons".
C'est à lui de
le faire.
A
travers la médiation
du président
Chavez, nous avons libéré
deux puis quatre otages.
Les Farc ont libéré
6 personnes. Cela ne
peut pas se faire sans
être en contact
avec M. Chavez, mais
aussi avec M. Uribe.
C'est sur le territoire
de M. Uribe que cela
se passe. Nous avons
maintenu cette attitude
nécessaire. La
médiation de
M. Chavez a été
très utile. Il
a été
irremplaçable.
Cependant le président
Uribe existe, sa politique
aussi et c'est son pays.
C'est une situation
terriblement contraignante
dans laquelle nous nous
sommes engagés,
le président
de la République
le premier. Il a appelé,
mercredi, M. Chavez,
il a aussi appelé
les présidents
Correa, et Uribe. De
mon côté
je reviens de cette
région.
La
situation, hélas,
est plus compliquée
après la mort
de Raul Reyes et le
bombardement qui s'est
déroulé
de l'autre côté
de la frontière
en Equateur. Il nous
faut nous obstiner.
Nous nous obstinons
et je pense qu'il faut
passer par les mêmes
canaux. Il y a une conférence
des Etats améric