CONFERENCE INTERNATIONALE
DES DONATEURS POUR L'ETAT
PALESTINIEN
ALLOCUTION DU MINISTRE
DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES, M. BERNARD
KOUCHNER
(Paris,
17 décembre 2007)
Monsieur
le Secrétaire
général
des Nations unies,
Monsieur
le Président
de l'Autorité
palestinienne,
Monsieur
le Premier Ministre,
Mesdames
et Messieurs les Ministres,
Mesdames
et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames
et Messieurs,
Chers
Amis,
Notre
réunion d'aujourd'hui
a déjà
livré son verdict
: il est positif. Je
compte bien sûr
fermement sur cet après-midi
pour que s'exprime encore
et pleinement la générosité
de chacun. Mais, par
votre présence
à tous, par les
engagements qui ont
déjà été
pris, par la mobilisation
que j'ai ressentie en
chacun de vous, une
réponse a déjà
été apportée
au peuple palestinien.
C'est une première
victoire. Je tiens à
vous en remercier chaleureusement.
Le
président de
la République
nous l'a répété
ce matin : nous sommes
à un tournant
historique. Tous ici,
nous devons avoir conscience
de la responsabilité
qui est la nôtre.
Si nous sommes incapables
d'aboutir à la
solution dont nous apercevons
l'esquisse, nous en
porterons la responsabilité
devant les générations
futures. L'opportunité
qui s'offre à
nous ne se représentera
pas avant longtemps.
L'échéance
historique qui nous
mobilise aujourd'hui
est d'abord une histoire
de femmes et d'hommes.
Elle concerne au premier
chef les Palestiniens,
tous les Palestiniens,
auxquels nous devons
ensemble rendre l'espoir
et le goût de
l'avenir.
Cette
histoire d'hommes est
aussi, et sans doute
avant tout, celle de
MM. Olmert et Abbas,
auxquels je tiens à
rendre hommage. Par
leur courage et leur
détermination,
ils ont tous deux tracé
la voie. Lors de mes
deux dernières
visites en Israël
et dans les Territoires
palestiniens, en septembre
puis en novembre, j'ai
vu s'intensifier la
relation entre ces deux
hommes d'Etat. Leur
confiance mutuelle est
la clé du processus.
Nous devons donc tous
ensemble les encourager
à poursuivre
leur effort, malgré
les obstacles, malgré
les scepticismes. A
travers vous, ce sont
deux peuples qui se
parlent.
La
conférence d'Annapolis,
organisée à
l'initiative des Etats-Unis
- et je remercie une
fois de plus Mme Condoleezza
Rice - a permis de donner
à leur engagement
une consistance nouvelle.
Elle a inauguré
un nouveau cycle politique,
diplomatique et économique
pour aboutir à
la création d'un
Etat palestinien viable
avant la fin 2008. Nous
connaissons maintenant
le chemin et le calendrier
pour atteindre cet objectif.
Une dynamique est lancée
: il nous faut la soutenir
concrètement
et ce matin nous l'avons
déjà fait.
Car
nous connaissons les
difficultés sur
le terrain. Elles sont
immenses mais pas insurmontables.
Je connais, nous connaissons,
la situation des Territoires
palestiniens. J'ai personnellement
travaillé dans
ces Territoires et particulièrement
à Gaza. Je pense
à ces habitants
dont la vie quotidienne
est un cauchemar et
qui comptent sur les
efforts de chacun d'entre
nous ici réunis
pour améliorer
la vie de leurs enfants.
Le terrain, c'est la
réalité,
la dure réalité.
Mais toute réalité
peut changer. Pour cela,
un premier impératif
: la colonisation -
dans toutes ses dimensions
- doit être immédiatement
gelée. Je sais
que nous le répétons
tous et je sais les
efforts que font les
Israéliens. J'ai
assisté hier
à cette conversation
entre Mme Tzipi Livni
et M. Salam Fayyad et
je crois qu'ils sont
sur le bon chemin. C'est
à cette condition
- l'arrêt de la
colonisation - que sera
créée
l'adhésion des
peuples au processus
en cours. C'est à
cette condition que
la bonne volonté
se traduira en actes.
Nous
avons la chance de pouvoir
nous appuyer sur le
plan du Premier ministre,
monsieur Salam Fayyad,
homme de grande qualité.
Ce plan est solide et
trace un vrai chemin
pour l'Autorité
palestinienne. Il confirme
en particulier que l'Etat
palestinien, pour être
viable, doit pouvoir
s'appuyer sur une continuité
territoriale, une économie
ouverte, des institutions
indépendantes
et des infrastructures
solides. Notre soutien
devra permettre d'accompagner
les efforts de l'Autorité
palestinienne en ce
sens, notamment en lui
fournissant les moyens
d'assurer le respect
de la loi et de l'ordre
sur son territoire,
seule condition de garantie
pour la sécurité
d'Israël.
Aucun
de nous n'oublie Gaza.
La conférence
de Paris est une conférence
de soutien à
l'ensemble des Palestiniens.
L'isolement de Gaza
comporte des grands
risques humanitaires
et sécuritaires.
C'est pourquoi notre
soutien doit porter
également sur
Gaza. Avec l'Autorité
palestinienne et les
organisations internationales,
nous y développerons
des projets économiques.
Le Premier ministre
Tony Blair, représentant
du Quartet, a déjà
proposé ce genre
de projets destinés
à améliorer
les conditions de vie
de la population. Les
points de passage devront
être réouverts.
Ils doivent permettre
la respiration de l'économie
de ce Territoire et
les déplacements
des habitants de Gaza.
On ne vit pas, on ne
commerce pas, on ne
progresse pas en vase
clos.
Une
fois posées ces
premières exigences
et pour accompagner
leur mise en œuvre,
les services de sécurité
palestiniens doivent
se réformer et
gagner en professionnalisme.
L'armée d'Israël,
parallèlement,
devra se retirer graduellement
de la Cisjordanie.
Je
veux aussi profiter
de l'état d'esprit
qui règne aujourd'hui
pour appeler chacun
à la responsabilité
et à la cohérence.
Nous savons que des
provocations, de part
et d'autre, accompagneront
inévitablement
ce processus difficile.
Sachez y résister.
Sachez demeurer fidèles
aux engagements pris
à Annapolis.
Nous vous aiderons le
plus possible, vous
pouvez compter sur nous.
Ce sera difficile mais
c'est indispensable
pour laisser le temps
à la paix.
Finalement,
il s'agira bien d'aboutir
à une vraie naissance,
celle d'un Etat, celle
d'une région
qui sera transfigurée
par ces conditions nouvelles,
celle surtout d'un peuple
aujourd'hui condamné
à l'incertitude,
à la misère
et au désespoir.
Un peuple a coté
d'un autre peuple, le
peuple israélien
qui lui aussi a parcouru
et à un autre
niveau et depuis bien
longtemps un chemin
que l'on ne rappelle
pas assez. Le Proche-Orient
a trop souffert, nous
avons trop souffert
- mais notre souffrance
n'est rien comparée
à ceux qui y
vive - de cet enlisement
coupable. Il est l'heure
de regarder l'avenir
avec espoir, avec confiance,
avec détermination.
La
conférence d'aujourd'hui
est une conférence
économique certes,
mais c'est aussi une
conférence politique.
Hier Tzipi Livni le
disait, Salam Fayyad
aussi. Nous donnons
du corps à ce
qui a été
initié à
Annapolis. Cette conférence
a un objectif ambitieux
: poser, après
Annapolis et avant Moscou,
les bases d'un Etat
palestinien viable.
Je salue ici mes partenaires,
Tony Blair, Jonas Gahr
Stoere et Benita Ferrero-Waldner
avec qui nous rendrons
compte tous les mois
de l'avancée
de nos travaux. C'est
un chemin que nous avons
choisi : nous avons
trop l'expérience
des chèques et
des monceaux d'argent
donné sans que
l'on sache à
quoi cela a servi. Cette
conférence avait
un objectif ambitieux,
merci à tous.
Vous avez entendu le
discours du président
de la République,
vous pouvez compter
sur le soutien et la
volonté de la
France./.