VISITE
D'ETAT EN ALGERIE
DISCOURS DU PRESIDENT
DE LA REPUBLIQUE, M.
NICOLAS SARKOZY,
A L'UNIVERSITE DE MENTOURI
(Constantine, 5 décembre
2007)
Monsieur
le Président
de la République,
Cher Abdelaziz, qu'il
me soit permit en commençant
de vous dire mon amitié,
mon respect et mon admiration,
Monsieur
le Premier ministre,
Mesdames
et Messieurs les Ministres,
Mesdames
et Messieurs,
C'est
une immense joie pour
moi de pouvoir m'adresser
à vous aujourd'hui,
et à travers
vous à la jeunesse
et au peuple algériens.
Si
j'ai souhaité
le faire ici, à
Constantine, ce n'est
pas seulement parce
que cette ville est,
comme tant d'autres
villes de la Méditerranée,
l'héritière
d'une histoire plusieurs
fois millénaire
qui a mêlé
depuis la plus haute
Antiquité les
destins de tant de peuples.
Si
j'ai souhaité
venir dans cette ville
qui porte encore le
nom du premier Empereur
romain converti au christianisme,
ce n'est pas seulement
parce que Constantine
est depuis si longtemps
le symbole de l'identité
arabo-musulmane de l'Algérie.
Tout
homme qui vient à
elle ne peut s'empêcher,
quelles que soient ses
croyances, d'éprouver
à son contact
ce sentiment religieux
d'être dans un
de ces lieux sacrés
où le Ciel paraît
si proche et la foi
si naturelle.
Combien
de visiteurs ont ressenti
ce qu'avait ressenti
ce voyageur des siècles
passés qui, voyant
apparaître Constantine
au-dessus des brumes
matinales, croyait "voir
quelque cité
fantastique éclose
tout à coup des
ombres de la nuit et
portée dans le
ciel par deux oiseaux
blancs" ? Cette
ville est une ville
de foi.
Combien
d'hommes qui n'avaient
pas la même religion,
qui n'avaient pas la
même culture,
qui n'avaient pas la
même origine,
se sont pourtant sentis
saisis par la même
émotion, celle
que j'ai éprouvée
tout à l'heure
en arrivant devant Constantine
que tant de travail,
que tant de peine, que
tant de volonté
farouche ont suspendue
au-dessus des ravins
comme pour témoigner
qu'il n'est rien de
plus fort que la volonté
humaine lorsqu'elle
est soutenue par une
foi vivante ? Ainsi
est votre ville de Constantine.
J'ai
donc souhaité
parler dans ce lieu,
ce lieu qui appartient
à tous, les hommes
parce que ce lieu incarne
pour tous les hommes
l'esprit de résistance,
l'esprit de conquête,
l'esprit de dépassement
de soi.
J'ai
souhaité parler
dans ce lieu où
l'identité et
la civilisation musulmanes
parlent à tous
les hommes.
Et
j'ai souhaité
parler à la jeunesse
algérienne parce
que la jeunesse d'Algérie
tient dans ses mains
une partie du destin
d'une grande civilisation
qui a tant apporté
à l'Humanité
de sagesse, d'art, de
culture et de science,
et dans laquelle tant
d'hommes dans le monde
espèrent encore.
Jeunes
d'Algérie, je
suis venu vous dire
que vous pouvez être
fiers de votre pays
parce que l'Algérie
est un grand pays.
Jeunes
d'Algérie, je
suis venu vous dire
que vous pouvez être
fiers d'être des
jeunes musulmans parce
que la civilisation
musulmane est une grande
civilisation.
Jeunes
d'Algérie, je
suis venu vous dire
que le peuple français
vous aime et que le
peuple français
vous respecte.
Je
sais, Cher Abdelaziz,
les souffrances du passé,
je sais les blessures
profondes que les tragédies
de l'Histoire ont laissées
dans l'âme du
peuple algérien.
Et
dans cette ville de
Constantine, je n'ignore
nullement que les universités
portent les noms de
grands résistants
qui furent des héros
de la cause algérienne.
Dans
cette ville, que je
n'ai pas choisie par
hasard, les pierres
se souviennent encore
de ce jour de 1837 où
un peuple libre et fier,
exténué
après avoir résisté
jusqu'à l'extrême
limite de ses forces,
fut contraint de renoncer
à sa liberté.
Les
pierres de Constantine
se souviennent encore
de cette journée
terrible du 20 août
1955 où chacun
fit couler ici le sang,
pour la cause qui lui
semblait la plus juste
et la plus légitime.
Ce n'est pas parce que
1955 est l'année
de ma naissance que
je dois ignorer cette
bataille et cette date.
Le
déferlement de
violence, le déchaînement
de haine qui, ce jour-là,
submergea Constantine
et toute sa région
et tua tant d'innocents
étaient le produit
de l'injustice que depuis
plus de cent ans le
système colonial
avait infligée
au peuple algérien.
L'injustice
attise toujours la violence
et la haine. Beaucoup
de ceux qui étaient
venus s'installer en
Algérie, je veux
vous le dire, étaient
de bonne volonté
et de bonne foi. Ils
étaient venus
pour travailler et pour
construire, sans l'intention
d'asservir, ni d'exploiter
personne. Mais le système
colonial était
injuste par nature et
le système colonial
ne pouvait être
vécu autrement
que comme une entreprise
d'asservissement et
d'exploitation.
De
part et d'autre, - et
c'est mon devoir de
président de
la République
de le dire -, de part
et d'autre, il y a eu
des douleurs, il y a
eu des souffrances,
il y a eu des peines.
Ces douleurs, ces souffrances
et ces peines, nul en
Algérie ni en
France ne les a oubliées.
Je n'oublie ni ceux
qui sont tombés
les armes à la
main pour que le peuple
algérien soit
de nouveau un peuple
libre, je n'oublie ni
les victimes innocentes
d'une répression
aveugle et brutale,
ni ceux ont été
tués dans les
attentats et qui n'avaient
jamais fait de mal à
personne, ni ceux qui
ont dû tout abandonner
: le fruit d'une vie
de travail, la terre
qu'ils aimaient, la
tombe de leurs parents,
les lieux familiers
de leur enfance.
Mais,
jeunes d'Algérie,
c'est en regardant ensemble,
Algériens et
Français, vers
l'avenir, que nous serons
fidèles aux souvenirs
de nos morts, qu'ils
soient Algériens
ou Français.
C'est
en tendant l'un vers
l'autre une main fraternelle
que nos deux peuples
comprendront, que tant
de fautes, que tant
de crimes, que tant
de malheurs n'auront
pas été
vains puisqu'ils nous
auront appris à
détester la guerre
et à rejeter
la haine.
Je
ne suis pas venu nier
le passé. Je
suis venu vous dire
que le futur est plus
important.
Ce
qui compte c'est ce
que nous allons accomplir,
et ce que nous allons
accomplir ensemble ne
dépend que de
nous.
Ce
qui compte c'est que
l'Algérie est
aujourd'hui un pays
libre, un pays moderne.
Ce
qui compte c'est que
l'Algérie et
la France ont en commun
des valeurs, une culture,
des intérêts.
Ce
qui compte c'est que
la géographie,
la mer, la culture,
l'héritage des
siècles lient
à jamais les
destinées de
l'Algérie et
de la France.
Ce
qui compte c'est que
dans tant de cœurs
français l'attachement
à l'Algérie
soit si fort, ce qui
compte c'est que tant
d'Algériens ne
peuvent s'empêcher
au fond d'eux-mêmes
de considérer
la France comme une
forme de deuxième
patrie.
Ce
qui compte c'est que
l'Algérie et
la France aient la langue
française en
partage et que tant
d'écrivains,
tant de savants expriment
en Français ce
qu'il y a de plus grand
et de plus beau dans
l'art, dans la sagesse
et dans la pensée
algérienne. Et
je souhaite que davantage
de Français prennent
en partage la langue
arabe par laquelle s'expriment
tant de valeurs de civilisation
et de valeurs spirituelles.
En 2008 j'organiserai
en France les Assises
de l'enseignement de
la langue et de la culture
arabes, parce que c'est
en apprenant chacun
la langue et la culture
de l'autre que nos enfants
apprendront à
se connaître et
à se comprendre.
Parce que la pluralité
des langues et des cultures
est une richesse qu'il
nous faut à tout
prix préserver.
Mes
Chers Amis, je vous
le dis du fond du cœur,
ce qui compte ce n'est
pas ce qui a été
pris hier, c'est ce
qui sera donné
demain ; ce n'est pas
le mal qui a été
fait, c'est le bien
qui sera rendu ; ce
n'est pas ce qui a été
détruit, c'est
ce qui sera construit.
C'est le message, au
nom de la République
française, que
je voulais dire au peuple
d'Algérie et
à la jeunesse
d'Algérie.
Les
fautes et les crimes
du passé furent
impardonnables. Mais
c'est sur notre capacité
à conjurer l'intolérance,
le fanatisme et le racisme
qui préparent
les crimes et les guerres
de demain que nos enfants
nous jugerons.
Je
le dis dans cette ville
qu'on appelait jadis
"la Jérusalem
du Maghreb" parce
que sa communauté
juive y était
la plus importante d'Afrique
du Nord, dans cette
ville qui se souvient
encore que pendant des
siècles Juifs
et Musulmans y vécurent
en paix les uns avec
les autres : l'antisémitisme
n'est pas qu'un crime
contre les Juifs c'est
un crime contre tous
les hommes et un crime
contre toutes les religions.
Aucune cause aussi juste
soit-elle ne peut justifier,
à mes yeux, ce
crime.
Je
le dis dans Constantine
si croyante et dont
la tolérance
fut pendant tant de
siècles la marque
du génie : Il
ne s'agit pas seulement
de condamner le racisme,
encore moins de répondre
au racisme par le racisme,
il s'agit de le combattre.
Je combattrai le racisme
qu'il soit anti-arabe,
anti-juif, anti noir,
anti blanc, il n'est
pas possible de transiger
avec le racisme.
Et
la France ne transigera
jamais avec le racisme.
La France sera toujours
au côté
de ceux qui ne transigent
pas.
La
France ne transigera
pas avec l'islamophobie.
La France ne transigera
pas avec l'antisémitisme.
La France ne transigera
pas avec le fanatisme.
La France ne transigera
pas avec l'intégrisme.
Elle ne transigera avec
aucune forme d'extrémisme,
avec aucune forme de
terrorisme. L'Algérie,
- je suis venu vous
le dire -, trouvera
toujours la France à
ses côtés
lorsqu'il s'agira de
combattre le terrorisme,
l'extrémisme,
l'intégrisme,
l'islamophobie.
Mais
si nous voulons ensemble
vaincre un jour l'islamophobie,
l'antisémitisme,
le racisme, le fanatisme,
si nous voulons décourager
le terrorisme, il ne
faut pas que nous transigions
non plus avec la Justice.
Et je sais que le mot
justice ici, en Algérie,
cela compte. Car c'est
du sentiment de l'injustice
que les terroristes
tirent leur plus grande
force. Priver les Palestiniens
d'un Etat-nation, est
une injustice que la
France n'acceptera pas.
Ne pas reconnaître
à Israël
le droit de vivre en
sécurité
est une injustice. Empêcher
les croyants de pratiquer
leur religion, refuser
la liberté de
conscience et la liberté
de culte, c'est une
injustice.
On
ne combat pas le fanatisme,
on ne combat pas l'intégrisme
en combattant la religion.
On combat l'intégrisme
et le fanatisme en favorisant
une idée ouverte
et tolérante
de la religion.
Je
ne crois pas que les
grandes religions soient
une menace pour la paix.
Je ne crois pas que
les grandes religions
constituent un obstacle
au progrès, je
ne crois pas que les
grandes religions soient
un facteur d'obscurantisme.
Je crois tout le contraire.
Je
crois que le sentiment
religieux est un sentiment
très noble. Et
quand je regarde vos
mosquées et quand
je regarde nos cathédrales,
je vois ce que la foi
peut accomplir de grand
et de plus beau. Et
je me dis que ce que
nous pouvons accomplir
ensemble, Musulmans,
Chrétiens, Juifs,
doit pouvoir être
plus beau et plus grand
encore.
Je
pense à la coupole
de la Basilique Notre-Dame
d'Afrique à Alger,
sur laquelle il est
écrit : "Notre
Dame d'Afrique, priez
pour nous Chrétiens
et pour les musulmans".
Je
pense au testament si
émouvant du Père
Christian, supérieur
du monastère
de Tibhirine, s'adressant,
visionnaire, à
son assassin : "Et
toi aussi, l'ami de
la dernière minute
qui n'auras pas su ce
que tu faisais (…)
qu'il nous soit donné
de nous retrouver, larrons
heureux au Paradis,
s'il plaît à
Dieu, notre Père
à tous les deux".
Et Père Christian
termine en disant :
"Amen ! Inch Allah
!" Ce jour-là,
le Père Christian
a fait honneur à
l'Algérie, à
la France et à
la foi universelle dans
le monde des croyants.
Je
pense à l'Emir
Abd El Kader, sans doute
la plus belle et la
plus noble figure de
l'histoire algérienne,
je pense à sa
foi, une foi si rayonnante,
je pense à son
Islam si authentique,
si ouvert, si humaniste.
Je
pense à ce héros
qui s'était battu
jusqu'au bout de ses
forces pour l'indépendance
de l'Algérie
et qui en 1860 à
Damas sauva tant de
vies chrétiennes
du massacre, non pas
parce qu'elles étaient
chrétiennes mais
parce que c'étaient
des vies et qu'il considérait
que sa foi de musulman
lui faisait un devoir
de sauver des vies.
C'est cela le message
de l'Islam que vous
devez porter en Algérie
et ailleurs. Oui, moi,
le président
de la République
française, je
pense à la sagesse
de cet homme de culture
et de foi qui entretenait
une correspondance suivie
avec l'évêque
d'Alger, qui s'intéressait
à la Franc Maçonnerie
et qui voulut être
enterré à
côté du
tombeau d'Ibn Arabî,
ce grand sage de l'Islam
dont il se considérait
comme le disciple et
qui a dit : "Je
professe la religion
de l'Amour, l'Amour
est ma religion et ma
foi". Les terroristes
salissent un Islam qu'ils
ne connaissent pas.
C'est
à cette Algérie
de la tolérance,
c'est à cette
Algérie de l'amour
qui est son plus beau
visage que je veux m'adresser.
Si
chacun d'entre nous,
Chrétiens, Musulmans,
Juifs, nous allons au
fond de nous-mêmes,
au fond de nos traditions,
au fond de nos croyances,
au fond des cultures
dont nous sommes les
héritiers, alors
nous découvrirons
au-delà de tout
ce qui nous sépare,
de tout ce qui nous
oppose, que ce que nous
avons accompli de plus
beau et de plus grand
procède, au fond,
des mêmes valeurs,
de la même raison
et du même idéal.
En
m'adressant aujourd'hui
à la jeunesse
algérienne, je
m'adresse à la
jeunesse d'un pays qui
s'est toujours reconnu
dans un Islam humaniste
et ouvert, un Islam
des Lumières.
En
m'adressant à
la jeunesse algérienne,
je veux parler à
ces centaines de millions
de musulmans dans le
monde qui se reconnaissent
comme les héritiers
d'un Islam qui a toujours
su faire dialoguer la
foi et la raison.
Je
veux parler d'ici, à
Constantine, à
ces centaines de millions
de musulmans dans le
monde qui ne sont pas
seulement les enfants
d'Ibn Arabî, mais
aussi les enfants de
Platon, d'Aristote et
de Saint Augustin, et
qui ne se reconnaissent
pas dans le fanatisme
et dans l'intégrisme.
Je ne veux pas d'un
amalgame entre l'Islam
et les terroristes.
Je ne veux pas d'un
amalgame entre les musulmans
et les fanatiques. Il
fallait que cela soit
dit ici, à Constantine.
Au
nom de la France laïque
et républicaine,
je veux dire à
des centaines de millions
de musulmans dans le
monde que leur foi,
que les valeurs de la
civilisation dont ils
sont les dépositaires
peuvent être une
chance pour le monde.
Je
veux leur dire qu'ils
doivent se battre pour
l'idée qu'ils
se font de leur foi
et pour leurs valeurs.
Je
veux leur dire que la
France les aime, que
la France les respecte
et que dans ce combat
elle sera à leur
côté parce
que ce combat d'un Islam
ouvert, d'un Islam des
Lumières, est
un combat pour tous
les hommes, un combat
pour toute l'humanité.
Je
ne suis pas venu vanter
une fois de plus les
mérites d'un
dialogue hypothétique
des civilisations, des
cultures ou des religions.
Parce qu'il ne s'agit
plus simplement de dialoguer,
il s'agit d'agir et
de construire maintenant,
tout de suite, ensemble.
A
voir la situation politique,
économique et
sociale dans certaines
parties du monde méditerranéen,
à voir les conflits
qui les déchirent
à plusieurs endroits,
à voir les inégalités
souvent si grandes et
la misère si
criante, à constater,
comme l'actualité
nous en donne chaque
jour l'occasion, le
retour de la violence
primitive à travers
toutes les formes du
fanatisme religieux
et du terrorisme, je
veux me demander devant
vous si depuis quelques
décennies nous
n'avons pas trop parlé
et pas assez agi.
On
peut se demander si
le moment n'est pas
enfin venu d'aller solliciter
au fond de nous-mêmes
ce qui fait l'unité
intellectuelle, morale,
religieuse du monde
méditerranéen
que durant des siècles
tant de croisades, de
guerres prétendument
saintes, d'entreprises
coloniales ont fait
éclater. Tournons
la page ! C'est le temps
maintenant.
Dans
le monde tel qu'il est
aujourd'hui, où
des forces matérielles
et humaines d'une extraordinaire
puissance sont à
l'œuvre, il nous
faut nous convaincre
les uns et les autres
qu'il est devenu vital
de donner plus de force
à ce qui nous
unit et d'arrêter
de parler de ce qui
nous oppose.
Nous
devons réapprendre
à vivre avec
un mot que je veux vous
proposer en partage,
nous devons apprendre
à vivre notre
diversité au
nom de ce que nous avons
en commun. Le mot diversité
ne me fait pas peur.
Il est beau. La Méditerranée
ne se place à
l'avant-garde de la
civilisation mondiale
que lorsqu'elle sait
brasser les hommes et
les idées.
La
civilisation méditerranéenne
n'a jamais été
grande que par l'échange,
que par le mélange
et j'ose le mot, elle
n'a jamais été
si grande, la civilisation
méditerranéenne,
que par le métissage.
La civilisation méditerranéenne
ne résistera
pas autrement demain
à l'aplatissement
programmé du
monde. La civilisation
méditerranéenne
ne conjurera pas autrement
le risque d'un choc
des civilisations et
d'une nouvelle guerre
des religions. Elle
n'empêchera pas
autrement la grande
catastrophe écologique
qui nous menace.
La
diversité, j'ai
voulu qu'elle soit reconnue
en France en organisant
l'Islam de France. Je
salue la présence
de Dalil. Mais la diversité,
nous devons la reconnaître
partout comme une valeur
de civilisation, comme
un principe politique
fondamental aussi important
que la démocratie.
C'est
au nom de la diversité
que le Liban doit vivre
libre, indépendant,
débarrassé
des influences extérieures.
C'est
au nom de la diversité
que l'intégrisme
et l'intolérance
doivent être combattus
sans merci. Le peuple
d'Algérie, vous
avez été
bien courageux dans
les années 90,
et bien seuls. Ceux
qui vous jugeaient alors
voient dans le tribunal
de l'histoire qu'ils
ont eu tort, parce que
si vous n'aviez pas
combattu dans les années
90, eh bien nous n'en
serions pas là
et je ne pourrais pas
aujourd'hui, à
Constantine, dire ce
que j'ai envie de dire.
La
diversité, l'échange,
le métissage,
l'ouverture à
l'autre, tels sont les
principes qui doivent
fonder l'Union de la
Méditerranée.
Tels sont les principes
sur lesquels les pays
riverains de la Méditerranée
doivent s'entendre pour
construire un avenir
commun qui ne soit pas
seulement celui que
le destin et les événements
choisiront de nous imposer.
Alors,
les sceptiques, Abdelaziz,
et Dieu sait s'il y
en a, doutent qu'une
telle entreprise puisse
réussir. Les
sceptiques croient que
les différences
sont trop grandes, les
fractures trop profondes.
Tous ceux qui m'expliquaient
: "c'est dur d'aller
en Algérie".
Ah bon, pourquoi ? Ce
n'est jamais que deux
heures et demie d'avion
!
Mais
moi, je pose la question
: ce que firent jadis
les grands savants musulmans
qui transmirent à
l'Occident l'héritage
de la Grèce qu'ils
avaient sauvé
de la destruction, eux
l'ont réussi
et nous, nous ne le
pourrions pas ?
Pourquoi
le grand miracle andalou,
pourquoi le miracle
de Cordoue et celui
de Grenade, ne pourraient-ils
plus se reproduire ?
Ils étaient donc
plus intelligents, plus
courageux que nous ?
Pourquoi
la diversité
qui fut si longtemps
le lot de Constantine,
d'Alexandrie ou de Beyrouth,
pourquoi cette diversité
serait-elle devenue
impossible ? Serions-nous
si peu à l'image
de ceux qui nous ont
précédés
? Ils étaient
ouverts, nous serions
devenus sectaires. Alors
qu'il n'a jamais été
aussi facile de se déplacer
et de communiquer, ce
qu'ils ont fait avant-hier,
nous ne serions pas
capables de le faire
pour demain ?
Pourquoi
les grandes religions
monothéistes,
dont j'affirme qu'elles
sont des religions d'amour
et non de haine, pourquoi
donc seraient-elles
incapables de vivre
en paix les unes avec
les autres ? Je n'ai
pas l'intention que
nous nous laissions
imposer le calendrier
et le bréviaire
de tous les fanatiques
du monde.
Pourquoi
la sagesse d'Abd El
Kader serait-elle hors
de portée des
croyants d'aujourd'hui
? Pourquoi les croyants
d'aujourd'hui se laisseraient-ils
manipuler ?
Pourquoi
le testament du père
Christian sur cette
terre d'Algérie
n'amènerait-il
pas les hommes de bonne
volonté à
préférer
le pardon à la
vengeance ?
Pourquoi
la paix et la fraternité
seraient-elles plus
difficiles entre nous,
les peuples de la Méditerranée
qu'elles ne l'ont été
dans l'après-guerre
entre les peuples européens
? Croyez-vous que nous
nous soyons moins battus
en Europe qu'en Méditerranée
? Nous nous sommes tant
combattus en Europe,
pendant des siècles,
et nous nous sommes
combattus en Europe
jusqu'à l'extrême
limite de l'horreur
? Et pourtant, nous
nous sommes pardonnés.
L'Union
de la Méditerranée,
je ne l'ignore nullement,
c'est un pari et c'est
un défi. Un pari
dicté par l'idéal
autant que par la raison.
Un pari qui n'est ni
plus ni moins raisonnable
que celui de l'Europe
il y a une soixante
ans. Je fais le pari
de la compréhension,
du respect, de la solidarité
et de l'amour. Je préfère
ce pari là à
celui de la vengeance,
des malentendus, de
la haine, de la barbarie.
Ce
pari, la France est
venue le proposer à
l'Algérie. Ce
pari, la France veut
le gagner avec l'Algérie.
Comme
la France offrit jadis
à l'Allemagne
de construire l'Union
de l'Europe sur l'amitié
franco-allemande, la
France est venue aujourd'hui
proposer à l'Algérie
de bâtir l'Union
de la Méditerranée
sur l'amitié
franco-algérienne.
C'est
parce qu'il y avait
tant de douleurs à
surmonter que ce que
firent le chancelier
Adenauer et le général
de Gaulle eut une telle
importance pour l'Europe.
C'est
parce qu'il y a tant
de douleurs à
surmonter que ce que
vont faire ensemble
l'Algérie et
la France a tant d'importance
pour ce qui va advenir
de la Méditerranée.
Vous
savez, j'ai été
élevé
par mon grand-père.
Il détestait
les Allemands. Chez
moi, on n'appelait pas
les Allemands de ce
nom-là. J'ai
été élevé
comme cela. Quant de
Gaulle a dit avec Adenauer
qu'il fallait pardonner
et qu'il fallait regarder
vers l'avenir, mon grand-père
qui avait eu peur et
qui avait tant souffert,
a suivi les hommes d'Etat
qui proposaient la paix
et non pas la vengeance.
Eh
bien, croyez-moi, je
n'ignore nullement les
douleurs, les souffrances,
les malheurs que votre
peuple a ressenti. Mais
je vous dis une chose
: ce qu'il a été
possible de faire en
Europe, il est possible
de le faire en Méditerranée.
Cette
amitié entre
nos deux peuples, elle
ne peut reposer que
sur la confiance.
Il
faut que l'Algérie
et la France se fassent
confiance. C'est difficile
de dire cela et je n'ignore
rien de tout ce qui
se passe, mais il faut
se faire confiance.
L'accord
de coopération
dans le nucléaire
civil que nos deux pays
ont conclu est la marque
de cette confiance que
la France fait à
l'Algérie.
Et,
je le dis au nom de
la France, le partage
du nucléaire
civil sera l'un des
fondements du pacte
de confiance que l'Occident
doit passer avec le
monde musulman.
Parce
qu'elles ont choisi
de se faire confiance,
l'Algérie et
la France, se sont mises
d'accord pour réfléchir
à la mise en
œuvre d'une nouvelle
politique d'immigration
qui serait décidée
ensemble. Il faut parler
des questions qui fâchent.
C'est la seule façon
de surmonter des malentendus
et des désaccords.
Parce qu'elles se feront
confiance, l'Algérie
et la France permettront
aux jeunesses de nos
deux pays de pouvoir
aller étudier
plus facilement là
où elles le souhaitent
; à ceux qui
veulent aller rendre
visite à leurs
familles de mieux pouvoir
le faire ; aux entrepreneurs,
aux hommes d'affaires,
aux chercheurs de circuler
plus librement ; mais
elle permettrait aussi
de mieux lutter ensemble
contre une immigration
clandestine, ou de définir
ensemble les incitations
à mettre en place
pour que l'élite
de la jeunesse algérienne
formée dans les
écoles et les
universités françaises
soit encouragée
à revenir en
Algérie, parce
que l'Algérie
a besoin de l'intelligence,
des compétences,
de l'énergie
et de l'imagination
de ses jeunes élites.
Mais
l'amitié, c'est
la jeunesse qui la fera
vivre.
Cette
amitié, Abdelaziz,
les gouvernants peuvent
en faire le principe
de leurs politiques
mais, en fin de compte,
cette amitié
sera l'œuvre de
la jeunesse algérienne
et de la jeunesse française.
Puissent-elles,
l'une et l'autre, comme
la jeunesse française
et la jeunesse allemande
quand il s'est agi pour
nos deux vieux pays
si longtemps ennemis
de se tourner vers l'avenir,
puissent-elles se rapprocher,
se connaître mieux,
se lier davantage.
Les
jeunesses de nos deux
pays ont ceci en commun
que se pose à
elles avec insistance
l'angoissante question
de leur avenir. Je voudrais
que pour une partie
au moins nous y répondions
ensemble.
C'est
pourquoi j'ai proposé
au président
Bouteflika de réfléchir
à la création
d'une université
commune franco-algérienne.
Ce
sera l'objectif aussi
des pôles d'excellence
communs composés
d'universitaires, de
chercheurs et de techniciens
de nos deux pays que
nous allons mettre en
place dans la médecine,
dans la microbiologie,
dans l'eau, dans les
énergies renouvelables
ou les risques majeurs…
La
France apportera son
concours à la
réforme des écoles
d'ingénieurs
qui va être mise
en œuvre par le
gouvernement algérien.
La France continuera
d'accueillir encore
plus d'étudiants
algériens dans
ses écoles et
dans ses universités.
Mais
le plus important peut-être
serait pour que les
jeunesses de nos deux
pays se lient davantage,
que nous puissions un
jour, Abdelaziz, créer
une institution commune
franco-algérienne
de la jeunesse.
Elle
permettrait de faciliter
les échanges
d'écoliers, de
lycéens, d'étudiants,
de sportifs, d'organiser
des événements,
des rencontres.
Elle
pourrait servir de préfiguration
à d'autres institutions
du même genre
autour de la Méditerranée
et peut-être même
à une institution
méditerranéenne
de la jeunesse qui pourrait
s'inspirer de ce qui
se fait déjà
au sein de l'Union européenne
entre tous les pays
membres avec le programme
Eurasmus.
Jeunes
d'Algérie, depuis
bien longtemps nos deux
pays se mélangent.
Depuis longtemps ce
ne sont plus deux pays
étrangers l'un
à l'autre.
Beaucoup
d'entre vous apprennent
le français et
beaucoup d'entre vous
rêvent de venir
en France.
Il
reste en Algérie
28 000 anciens combattants
de la Seconde Guerre
Mondiale qui se sont
battus pour la libération
de la France et envers
qui la France a une
dette éternelle.
La France n'oubliera
jamais ce qu'ont fait
les Algériens
pour sa libération.
La
plupart des Algériens
ont un membre de leur
famille qui vit en France.
Il
y a en France presque
un million d'Algériens
officiellement enregistrés
dont près de
la moitié a la
double nationalité.
Des
centaines de milliers
de Français sont
nés en Algérie.
Cette
imbrication de nos deux
peuples nous crée
un devoir, un devoir
de solidarité
appelé à
devenir toujours plus
fort.
Cette
solidarité, nous
devons la refonder sur
l'amitié et sur
la confiance.
A
la France, il appartient
de repenser son modèle
d'intégration.
A
l'Algérie, il
appartient de décider
ce qu'elle veut faire
avec la France et comment
elle veut le faire.
A
chacun de nos deux pays,
il appartient de respecter
la mémoire de
l'autre, et sans rien
oublier, de regarder
vers l'avenir.
A
chacun de nos deux pays,
il appartient de promouvoir
la meilleure part de
lui-même, la plus
ouverte, la plus humaniste,
la plus tolérante,
sans renoncer à
ce qu'il est.
Après
bien des détours
et des ruses de l'Histoire,
la France et l'Algérie
se trouvent en même
temps confrontées
au même défi.
La France et l'Algérie
ont besoin l'une et
l'autre d'une nouvelle
Renaissance. La France
et l'Algérie
ont besoin l'une et
l'autre d'une politique
de civilisation qui
ne produise pas seulement
des progrès matériels
mais qui produise aussi
des valeurs, qui produise
aussi de l'identité,
qui produise aussi une
espérance, qui
produise de la qualité
et pas seulement de
la quantité.
Je
veux lancer ici à
Constantine un appel
pressant à l'Occident
pour qu'il se dépouille
de toute volonté
de domination et qu'il
cesse de croire, qu'il
est à lui seul