VISITE
D'ETAT EN ALGERIE
INTERVENTION DU PRESIDENT
DE LA REPUBLIQUE, M.
NICOLAS SARKOZY,
DEVANT LES CHEFS D'ENTREPRISE
FRANCAIS ET ALGERIENS
(Alger, 3 décembre
2007)
Mesdames
et Messieurs les Ministres,
Madame la Présidente
du MEDEF,
Monsieur le Président
du Forum des Chefs d'Entreprise,
Mesdames et Messieurs,
C'est
en m'exprimant devant
vous que j'ai souhaité
commencer cette visite
d'Etat. Parce que je
suis venu en Algérie
pour parler d'avenir.
Parce que je suis venu
pour bâtir. Bâtir
entre nos deux peuples
un partenariat d'exception.
Parce que j'attends
de vous que vous soyez
des acteurs essentiels
de cette grande ambition
en multipliant entre
nos deux pays les projets,
les emplois, les solidarités
concrètes.
Je
suis venu en Algérie
pour bâtir entre
nos deux peuples un
avenir de solidarité
partagée.
Parler
d'avenir, ce n'est pas
ignorer le passé.
Je suis convaincu depuis
toujours que pour bâtir
un avenir meilleur on
doit au contraire regarder
le passé en face.
C'est d'ailleurs ce
que nous avons fait
en Europe. C'est le
travail de mémoire
que je suis venu proposer
au peuple algérien.
Oui, le système
colonial a été
profondément
injuste, contraire aux
trois mots fondateurs
de notre République
: liberté, égalité,
fraternité.
Mais
il est aussi juste de
dire qu'à l'intérieur
de ce système
profondément
injuste, il y avait
beaucoup d'hommes et
de femmes qui ont aimé
l'Algérie, avant
de devoir la quitter.
Oui, des crimes terribles
ont été
commis tout au long
d'une guerre d'indépendance
qui a fait d'innombrables
victimes des deux côtés.
Et aujourd'hui, moi
qui avais sept ans en
1962, c'est toutes les
victimes que je veux
honorer. Notre histoire
est faite d'ombre et
de lumière, de
sang et de passion.
Le moment est venu de
confier à des
historiens algériens
et français la
tâche d'écrire
ensemble cette page
d'histoire tourmentée
pour que les générations
à venir puissent,
de chaque côté
de la Méditerranée,
jeter le même
regard sur notre passé,
et bâtir sur cette
base un avenir d'entente
et de coopération.
Notre
relation n'a pas d'équivalent.
Ce n'est pas qu'une
question d'histoire.
C'est d'abord une affaire
de géographie
: nous sommes voisins
de part et d'autre d'une
mer qui a toujours été
un trait d'union et
non une barrière.
C'est enfin et surtout
l'intensité unique
de la relation entre
nos deux peuples. La
communauté algérienne
est la première
communauté étrangère
en France. Mais plus
important encore, c'est
aujourd'hui un français
sur dix qui éprouve
pour l'Algérie
des sentiments très
forts parce qu'il y
est né, parce
qu'il y a vécu,
parce que ses parents
ou ses grands-parents
en sont venus et ont
fait le choix de s'établir
en France.
Faire
le choix d'une pleine
intégration dans
notre République
ne signifie pas renoncer
à ses racines.
Au contraire : les deux
doivent aller ensemble,
et c'est ainsi que nous
pourrons bâtir
dans l'ouverture, la
tolérance, le
respect de l'autre,
un avenir partagé.
En
France comme en Algérie,
nous devons combattre
avec une détermination
sans faille toute expression
de racisme, toute forme
d'islamophobie, toute
forme d'antisémitisme.
Quand on menace un Arabe,
un Musulman ou un Juif
en France, on menace
la République.
Le racisme, l'islamophobie,
l'antisémitisme
ne s'expliquent pas,
ils se combattent. Ce
qui vaut pour la France
vaut partout ailleurs
dans le monde. Il n'y
a rien de plus semblable
à un antisémite
qu'un islamophobe. Tous
deux ont le même
visage, celui de la
bêtise et celui
de la haine.
Le
peuple algérien,
au cours des années
90, a eu à livrer
un terrible combat contre
la barbarie terroriste.
Les terroristes sont
des barbares. Le peuple
algérien a combattu,
seul, au nom de valeurs
qui nous sont communes
: la tolérance,
la liberté, le
refus de la violence.
Sa victoire sur le terrorisme
est un succès
majeur qui nous concerne
tous, car l'installation
à Alger d'un
régime de type
taliban n'aurait pas
été seulement
une tragédie
pour l'Algérie
: elle aurait été
une catastrophe pour
tous les pays riverains
de la Méditerranée.
Je n'ai jamais été
de ceux qui ont donné
des leçons aux
Algériens pendant
ces années sombres.
D'abord parce que l'Algérie
n'a pas de leçons
à recevoir. Et
ensuite parce que ceux
qui lui faisaient la
leçon se plaçaient
de facto du côté
des ennemis de la démocratie.
Je dirai demain au président
Bouteflika mon respect
pour le courage et la
détermination
du peuple algérien
tout au long de cette
épreuve. Je lui
dirai aussi la confiance
de la France dans l'avenir
de l'Algérie.
Oui,
j'ai confiance. Oui,
je crois en l'avenir
de l'Algérie.
Une Algérie stable
et pluraliste, prospère
et dynamique, capable
de transformer sa richesse
d'aujourd'hui en investissements
pour demain. Une Algérie
où tous les Algériens
doivent pouvoir espérer
un avenir meilleur.
Participer à
cette grande ambition
est dans notre intérêt.
Parce qu'un échec
de l'Algérie
serait aussi un échec
pour la France et serait
un échec pour
toute l'Europe. Nous
devons tous contribuer
à l'avenir de
l'Algérie, dans
le respect de ses choix
et de ses souhaits,
avec amitié.
Mieux : dans un esprit
de fraternité.
C'est pourquoi nous
devrons aussi aller
plus loin pour faciliter
la circulation des personnes
entre les deux rives
de la Méditerranée.
Mesdames
et Messieurs,
Je
suis heureux de constater
que je ne suis pas le
seul à avoir
confiance en l'Algérie
et à faire le
pari de l'avenir. Cent
cinquante entreprises
françaises ont
voulu faire le voyage
avec moi pour participer
à cet événement
organisé par
le MEDEF et le Forum
des chefs d'entreprise.
J'y vois la preuve qu'au-delà
des relations d'Etat
à Etat, il existe
une véritable
communauté d'intérêts
pour les entrepreneurs
de nos deux pays, et
une capacité
à nouer des liens
directs, basés
sur la même intelligence
des opportunités
à venir. Ce sont
ces relations directes
et de confiance que
je souhaite encourager
aujourd'hui.
Il
est vrai que l'Algérie
et la France sont depuis
longtemps deux partenaires
stratégiques
dans le domaine économique.
Sur le continent africain,
l'Algérie est
le premier client de
la France. Le deuxième
après la Chine
pour les pays hors OCDE.
La France est le premier
fournisseur de l'Algérie,
avec près de
20 % de parts de marché.
En matière énergétique,
l'Algérie est
notre troisième
fournisseur de gaz,
avec 16 % de nos approvisionnements.
Cette relation économique
est exceptionnelle mais,
je vous le dis avec
franchise, notre position
n'est pas un droit acquis.
Nous n'avons pas ici
de parts de marché
qui devraient nous être
réservées
au prétexte que
nous avons une histoire
commune. L'Algérie
est un pays libre, l'Algérie
est un pays indépendant,
qui décide librement
et nous respectons ses
choix et ses décisions.
Les entreprises françaises
partent à égalité
avec les autres et elles
gagneront parce qu'elles
sont les meilleures
et qu'elles veulent
être les meilleures.
Nous n'avons pas à
avoir peur de la concurrence,
asiatique ou autre.
C'est le rapport qualité/prix
qui prime, et nos entreprises
savent ce qu'est la
qualité des produits
et des hommes. Nos entreprises
connaissent également
l'importance de la formation
technique, qu'elles
doivent désormais
intégrer systématiquement
dans leurs offres, en
allant jusqu'à
de véritables
transferts de technologie.
Cet effort de formation,
nous le ferons !
En
juillet dernier, j'avais
demandé au président
Bouteflika ce qu'il
attendait de la France.
Il m'avait répondu
: "aidez-nous à
entrer dans le club
des pays émergents".
Je n'ai pas oublié
ce message. La première
façon pour nous
de le faire, c'est d'abord
d'encourager nos entreprises
à participer
à l'effort de
modernisation de l'Algérie
et à y investir.
Les
contrats que nous allons
signer demain s'élèvent
à plus de 5 milliards
d'euros ! Il s'agit
pour l'essentiel d'équipements
structurants pour la
modernisation de l'Algérie
: tramways d'Oran et
celui de Constantine,
gestion du métro
d'Alger, maîtrise
d'œuvre d'une autoroute,
ligne ferroviaire, usine
pétrochimique,
barrages, centrale thermique.
Demain, je l'espère
: des TGV, des Airbus,
des centrales nucléaires.
Les entreprises françaises
savent faire et répondront
toujours "présent"
quand on aura besoin
d'elles.
Ces
grands contrats concrétisent
le "partenariat
d'exception" que
j'ai voulu avec le président
Bouteflika. Ce partenariat
est centré sur
des projets stratégiques
pour l'avenir de nos
deux pays. Ce partenariat
concret et opérationnel
pour nos citoyens. Pour
moi, l'amitié
ne se traduit pas par
des mots, par des traités
ou par des discours
mais par des projets,
par des actes, par des
décisions.
Une
Algérie qui souhaite
rentrer dans le club
des pays émergents,
c'est aussi une Algérie
qui dès aujourd'hui
construit une stratégie
de développement
à long terme,
qui dès aujourd'hui
pense à l'après-pétrole.
Et là encore,
la France veut répondre
présent. Nous
avons décidé,
avec le président
Bouteflika, de nous
engager ensemble dans
un autre grand chantier,
un autre grand partenariat,
celui de l'énergie
nucléaire civile.
Un accord sera paraphé
devant nous pour concrétiser
cette volonté.
Dans
le message du président
Bouteflika, j'ai également
entendu l'invitation
faite aux entreprises
françaises à
investir davantage en
Algérie, à
l'aider à diversifier
son économie,
à l'aider à
conforter par le résultat
le bien fondé
des réformes
économiques jusqu'ici
entreprises. Nous ne
partons pas de rien
: sur les trois dernières
années, les investissements
français en Algérie
ont triplé, 300
millions d'euros en
2006. Nous sommes le
premier investisseur
hors hydrocarbures.
Cela, nous le devons
aux efforts et à
la détermination
de celles de nos entreprises
qui ont fait le choix
de s'implanter en Algérie,
dans des conditions
qui sont parfois difficiles.
Mais
il faut maintenant passer
à la vitesse
supérieure !
Au regard du potentiel
offert par l'Algérie
et de l'importance de
nos relations, nous
pouvons, nous devons
faire beaucoup mieux
! J'appelle nos chefs
d'entreprise à
s'engager plus encore.
Le marché algérien
est riche de promesses.
L'Algérie a aujourd'hui
des finances parmi les
plus saines du monde
et un exceptionnel programme
d'investissements :
180 milliards de dollars
sur 5 ans ! Des réformes
ont été
engagées pour
moderniser l'économie.
Je salue les efforts
d'ouverture accomplis
depuis l'an 2000, avec
la mise en œuvre
de l'accord d'association
avec l'Union européenne
et les négociations
en vue d'une accession
à l'OMC. La France
soutient ces réformes,
la France aidera l'Algérie,
dans le respect des
compétences de
l'Union européenne,
en vue de son entrée
à l'OMC.
J'aurai
aussi l'occasion de
rappeler au président
Bouteflika que les entreprises
françaises sont
prêtes, depuis
longtemps, à
investir dans le cadre
du programme de privatisation
du gouvernement algérien,
dans le secteur industriel,
dans le secteur bancaire.
Concrétiser ce
type d'investissement,
ce serait donner un
signal formidable de
notre volonté
de travailler ensemble.
La France veut travailler
avec l'Algérie.
Certes,
on me dit que les réformes
prennent du temps et
que des obstacles divers
subsistent pour les
investisseurs. Mais
nous ne sommes pas là
pour nous cacher derrière
les problèmes.
Nous sommes là
pour en parler, pour
avoir des échanges
francs et constructifs
avec les autorités
algériennes.
C'est le sens du "livre
blanc" qui a été
rédigé.
Je félicite les
entreprises françaises
présentes sur
le terrain qui en sont
à l'origine,
car elles ne se sont
pas contentées
de faire la liste des
difficultés,
elles ont, à
chaque fois, en liaison
avec leurs homologues
algériennes qui
rencontrent les mêmes
problèmes, suggéré
les solutions possibles.
Investir
en Algérie, c'est
d'abord faire confiance
à l'Algérie
pour se développer,
et pour se réformer.
Nous avons confiance
et c'est cela la première
signification de ma
visite. Vous n'avez
pas besoin d'amis pour
les bons jours, qui
vous laisseront tomber
les mauvais jours. Dans
la politique, on est
spécialiste de
ce genre d'amis. Ce
n'est pas cela que je
suis venu proposer à
l'Algérie. Je
suis venu proposer qu'avec
nos entreprises, on
crée des emplois
en Algérie, on
investisse en Algérie,
parce qu'investir en
Algérie, c'est
investir pour la stabilité
de l'Europe et de la
France, pas simplement
pour la stabilité
de l'Algérie.
Je
veux que la France redevienne
le premier investisseur
étranger en Algérie.
Nous en prenons le chemin,
avec les investissements
envisagés par
Total à Arzew
et par GDF sur le gisement
de Touat, qui représentent
environ 2 milliards
d'euros. Je me réjouis
également du
projet d'Alstom de construction
d'une usine de montage
de tramways ici, en
Algérie.
Il
faut tirer le meilleur
parti des liens humains
exceptionnels entre
nos deux pays. Je l'ai
dit, un Français
sur dix a un lien personnel
avec l'Algérie.
Plus d'un million d'Algériens
vivent en France. Ils
y forment une communauté
très active.
Avec 250 filiales en
Algérie, les
sociétés
françaises emploient
quant à elles
directement 22.000 personnes.
Autre preuve de cette
étroite imbrication
de nos deux sociétés
: nous mettons souvent
en avant les grands
contrats, mais ce sont
des PME, situées
aux quatre coins de
la France, qui réalisent
la moitié de
nos exportations avec
l'Algérie. C'est
pour renforcer l'implication
de ces PME qu'un programme
de "compagnonnage"
a été
lancé. Il doit
inciter les PME françaises
et algériennes
à travailler
ensemble. J'encourage
les régions françaises
à participer
à cet effort.
Je me réjouis
en particulier des efforts
de la ville de Marseille,
Monsieur le Maire, de
la région PACA,
Monsieur le Président,
pour nouer des partenariats
durables et structurants
avec des PME algériennes.
Le souhait de la Chambre
de Commerce et d'Industrie
de Marseille-Provence
d'ouvrir à Alger
une "Maison de
Marseille-Provence",
sera aussi un signe
important pour les PME
du sud de la France.
Je vous encourage à
faire aboutir ce projet.
Je veux rendre également
hommage au MEDEF et
à la Chambre
française de
Commerce et d'Industrie
d'Algérie, qui
sont un soutien très
précieux pour
nos PME.
Une
autre façon d'aider
l'Algérie à
entrer dans le club
des pays émergents,
c'est de la soutenir
dans sa politique d'amélioration
de la formation. C'est
l'un des axes forts
de ma visite et je veux
en faire la priorité
de notre coopération
au cours des prochaines
années. C'est
le sens de la "Convention
de Partenariat"
qui sera signée
demain. La France a
déjà participé
à la création
de l'Ecole supérieure
des Affaires, qui vient
d'être classée
meilleure école
de management du continent
africain. Nous aidons
également à
la création du
futur "Institut
supérieur de
Technologies",
à la réforme
des grandes écoles,
sans parler des bourses
que nous accordons à
des étudiants
algériens. Je
soutiens l'ambitieux
projet d'Université
algéro-française
qu'il faudra bien réaliser
un jour, et arrêter
d'en parler. En tout
cas, la France est prête
pour ce projet.
Enfin,
les entreprises françaises
et algériennes
ont un rôle essentiel
à jouer dans
la création de
cette Union méditerranéenne
qui me tient à
cœur. Le précédent
de la CECA en Europe
a montré l'importance
des entreprises dans
l'intégration
européenne. Votre
forum est le fruit d'une
relation de confiance
entre organisations
professionnelles françaises
et algériennes,
qui est appelée
à occuper une
place centrale dans
la communauté
d'affaires méditerranéenne.
L'Algérie
a tous les atouts pour
réussir : elle
a les ressources, mais
surtout, l'Algérie
a la jeunesse, la jeunesse
est un défi,
mais elle est une richesse.
J'en parlerai à
Constantine, devant
les étudiants.
Partout, de jeunes entrepreneurs
courageux et imaginatifs,
en dépit des
difficultés qui
subsistent, créent
des entreprises : à
Constantine, dans la
pharmacie ; à
Bordj Bou Arreridj,
dans l'électronique
; à Annaba, dans
l'agro-alimentaire ;
à Alger dans
les services ; à
Oran dans l'environnement.
Oui, je crois à
l'avenir de l'Algérie
et je sais que vous
y croyez, vous aussi,
les entrepreneurs d'Algérie
et de France, qui êtes
là si nombreux.
Je crois que nos pays
ont beaucoup à
faire ensemble et ce
qu'ils ont à
faire est beaucoup plus
important que ce qu'ils
ont déjà
fait. Le passé,
il existe, l'avenir
il est à construire.
Moi, je suis venu pour
construire. Je ne suis
pas venu pour la nostalgie.
Je suis venu pour l'avenir,
pour l'amitié
et pour la confiance
entre l'Algérie
et la France.
Je
vous remercie./.