CONFERENCE
D'ANNAPOLIS SUR LE PROCHE-ORIENT
SESSION CONSACREE A
LA REFORME INSTITUTIONNELLE
DISCOURS DU MINISTRE
DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES,
M. BERNARD KOUCHNER
(Annapolis, 27 novembre
2007)
La
réunion d'aujourd'hui
inaugure un nouveau
cycle politique, diplomatique
et économique.
Elle inaugure un temps
nouveau, un temps d'espoir
et de progrès
qui aboutira, je l'espère,
à la création
d'un Etat palestinien
viable avant la fin
2008. Nous connaissons
maintenant le chemin
et le calendrier pour
atteindre cet objectif.
Une dynamique est lancée
: il nous faut la soutenir
concrètement.
Cet
espoir nouveau, nous
le devons avant tout
aux dirigeants israéliens
et palestiniens, au
premier chef MM. Olmert
et Abbas. Ce sont leurs
efforts incessants pour
maintenir et approfondir
le dialogue puis les
négociations
qui l'ont rendu possible.
L'essentiel dépend
d'eux. Mais la communauté
internationale a également
un rôle à
jouer.
Nous
devons collectivement
prendre toute notre
part dans ce processus
historique et fondamental
: la création
d'un Etat palestinien
viable. C'est la raison
pour laquelle, à
la demande des autorités
palestiniennes, le président
de la République
française a décidé
d'accueillir à
Paris, le 17 décembre,
une Conférence
internationale des donateurs
pour les Territoires
palestiniens.
Cette
conférence des
donateurs sera la plus
importante depuis celle
qui s'est tenue à
Paris en 1996. Elle
est organisée
en étroite coopération
avec l'Autorité
palestinienne, le représentant
du Quartette, Tony Blair,
les Norvégiens,
qui président
le Comité de
liaison ad hoc des donateurs
(AHLC) et la Commission
européenne, l'Union
européenne étant
le premier bailleur
aux Territoires palestiniens.
Nous
souhaitons la participation
la plus large possible.
L'implication concrète
- et financière
- de l'ensemble la communauté
internationale sera
en effet déterminante.
Elle le sera bien sûr
pour atteindre un objectif
chiffré. Mais
l'ambition de la Conférence
de Paris est plus large.
Il s'agira également
de prendre les premières
décisions concrètes,
et d'abord d'apporter
un soutien budgétaire
qui permettra à
l'Autorité palestinienne
de répondre aux
besoins les plus pressants.
Il s'agira ensuite de
définir une liste
de projets économiques
susceptibles d'être
mis en œuvre immédiatement.
Il s'agira enfin, et
cela sera déterminant,
de prévoir un
mécanisme de
suivi de l'utilisation
de cette aide. D'une
manière plus
générale,
Paris doit accompagner
la détermination
des Palestiniens à
poser les fondements
concrets de leur Etat.
Le
Premier ministre, Salam
Fayyad, nous a présenté
un plan de réforme
des institutions palestiniennes
et de soutien à
la croissance. Ce plan,
le premier de ce type,
est très solide.
Il trace un chemin pour
l'Autorité palestinienne.
Il parvient à
articuler des objectifs
de court terme et de
moyen terme de manière
à la fois ambitieuse
et réaliste.
Il fait preuve de volontarisme
et de sagesse budgétaire.
Ce plan, je n'en doute
pas, sera endossé
par les conseils du
FMI et de la Banque
mondiale la semaine
prochaine.
Ce
plan confirme en particulier
que l'Etat palestinien,
pour être viable,
doit pouvoir s'appuyer
sur une continuité
territoriale, une économie
ouverte, des institutions
fortes et indépendantes
et des infrastructures
efficaces. Notre soutien
devra permettre d'accompagner
les efforts de l'Autorité
palestinienne en ce
sens, notamment en lui
fournissant les moyens
d'assurer le respect
de la loi et de l'ordre
sur son territoire.
Les
efforts de chacun seront
nécessaires.
Les services de sécurité
palestiniens doivent
se réformer et
gagner en professionnalisme.
Parallèlement
à leur déploiement
et à leur renforcement,
l'armée d'Israël
devra de son côté
se retirer graduellement
de la Cisjordanie. L'amélioration
de la liberté
de circulation est en
effet une priorité.
Sans elle, il est illusoire
d'espérer une
relance économique
des Territoires palestiniens.
On ne fait pas de commerce
en vase clos.
Enfin,
n'oublions pas Gaza.
La Conférence
de Paris est une conférence
de soutien à
l'ensemble des Territoires
palestiniens. L'isolement
de Gaza comporte des
grands risques humanitaires
et sécuritaires.
C'est pourquoi notre
soutien économique
et financier portera
également sur
Gaza. Avec l'Autorité
palestinienne et les
organisations internationales,
nous y développerons
des projets économiques
destinés à
améliorer les
conditions de vie de
la population. Les points
de passage devront être
rouverts pour permettre
la respiration de l'économie
de ce territoire.
Au
total, c'est un pari
et un défi que
nous lançons
aujourd'hui. Annapolis
est un point de départ
qu'il nous faut faire
fructifier. L'espoir
est né, il faut
maintenant lui répondre.
Je vous donne rendez-vous
à Paris dans
moins de trois semaines
pour concrétiser
ce soutien à
la dynamique de paix
qui s'est enclenchée
aujourd'hui./.