SEMINAIRE
DU SERVICE DE COOPERATION
TECHNIQUE INTERNATIONALE
DE POLICE (SCTIP)
"TERRORISMES
: RENSEIGNEMENT, FINANCEMENT
ET ENQUETE"
INTERVENTION DU MINISTRE
DE L'INTERIEUR,
DE L'OUTRE-MER ET DES
COLLECTIVITES LOCALES,
MME MICHELE ALLIOT-MARIE
(Paris, 19 novembre
2007)
Monsieur
le Coordinateur,
Monsieur
le Directeur général
de la Police nationale,
Mesdames,
Messieurs,
Je
remercie le directeur
général
de la Police nationale
ainsi que le préfet
chef du Service de coopération
technique internationale
de Police d'avoir initié
et organisé ce
séminaire.
J'ai
souhaité en ouvrir
les travaux pour souligner
devant vous mon implication
et mon soutien dans
votre action. Le terrorisme
international est le
premier défi
auquel la communauté
internationale doit
faire face. Les événements
du 11 septembre 2001
ont révélé
au monde le danger du
terrorisme islamique
international. Ils ont
mis à jour la
vulnérabilité
des démocraties
face à ce phénomène
et révélé
combien cette forme
de terrorisme était
de nature à déstabiliser
nos structures étatiques.
Les autres attentats
survenus depuis à
travers le monde, en
Europe - comme ce fut
le cas à Madrid
ou à Londres
-, mais aussi sur d'autres
continents - comme récemment
encore au Pakistan -,
nous rappellent la prégnance
de cette menace.
Le
terrorisme se nourrit
de la précarité
des équilibres
dans certaines zones
de notre planète.
Les réseaux terroristes
bénéficient
de la mondialisation
des échanges,
des diasporas et des
facilités sans
limite de l'Internet.
Notre riposte ne peut
reposer que sur une
approche internationale
et la coopération
entre Etats. Nous devons
rester mobilisés
et sur nos gardes.
L'organisation
de ce séminaire
et la présence
de M. de Kerchove sont
des illustrations de
cet engagement de la
France.
La
France a, en la matière,
un savoir-faire reconnu.
Ayant été
touchée en 1986
et en 1995 par des attentats
terroristes internationaux,
elle a développé
un concept de lutte
anti-terroriste qui
fait aujourd'hui école.
L'approche
française repose
sur 7 idées fortes,
qui sont autant d'axes
de travail.
Premier
axe : un travail en
amont sur le recueil,
la synthèse et
l'exploitation du renseignement
est le préalable
indispensable à
toute action.
Le
deuxième axe
fort, c'est une coopération
internationale dense
et opérationnelle.
Elle a permis de contribuer
à démanteler
de nombreux réseaux
terroristes tant en
France qu'à l'étranger.
Cela concerne la coopération
bilatérale et
les structures multilatérales
existantes, comme EUROPOL
au niveau européen
ou le Groupe de Travail
sur le Terrorisme (PWGT).
Ma conception de la
coopération internationale
en matière de
terrorisme privilégie
une approche opérationnelle
et pragmatique. Il faut
pouvoir faire preuve
d'une grande réactivité,
et être en mesure
de coopérer en
totale confiance. J'ai
eu l'occasion de le
dire à M. de
Kerchove.
Troisième
axe de travail : les
technologies modernes.
La veille sur Internet
constitue un enjeu majeur.
La vidéoprotection
a démontré
tout son intérêt
dans les enquêtes
sur les récents
attentats au Royaume-Uni.
Je viens de lancer un
plan très ambitieux
de développement
de la vidéoprotection
pour combler le retard
de la France dans ce
domaine.
Le
quatrième axe
de l'approche française,
ce sont des structures
policières adaptées
à ce type d'enquêtes.
Celles-ci nécessitent
une centralisation et
une spécialisation
particulières.
L'organisation de nos
services de renseignements
fait actuellement l'objet
d'une réforme
importante. Ces enquêtes
imposent également
une adaptation des services
d'investigations à
proprement parler, ce
qui n'est pas toujours
facile à mettre
en œuvre dans des
pays à l'organisation
administrative moins
centralisée que
la France.
Le
cinquième axe
est la mise en place
de structures judiciaires
adaptées. La
complexité des
dossiers terroristes,
leur sensibilité,
justifie de disposer
de magistrats et de
juridictions spécialisés
dans la lutte contre
ce phénomène
et pouvant en avoir
une appréhension
globale.
Sixième
axe fort, la mobilisation
des structures et administrations
autres que policières.
Le financement de l'entreprise
terroriste suppose de
travailler sur tous
les aspects de l'organisation.
Cet aspect sera longuement
évoqué
au cours de ce séminaire,
et je m'en réjouis.
Enfin,
dernier axe, mais non
de moindre importance,
un arsenal législatif
adapté, qui donne
un cadre légal
à ces enquêtes,
qui permette de qualifier
pénalement l'ensemble
des activités
concourant à
l'entreprise terroriste,
y compris avant le passage
à l'acte - car
notre objectif est bien
d'éviter l'attentat
-, tout en garantissant
le respect des libertés
individuelles.
Je
conclurai sur ce point
fondamental à
mes yeux : il est impératif
que dans cette lutte
résolue contre
le terrorisme, les démocraties
ne perdent pas leur
âme. L'objectif
poursuivi par les terroristes
est de déstabiliser
nos sociétés.
Faisons leur face avec
une détermination
farouche, mais dans
le strict respect des
libertés individuelles,
des droits de l'homme
et des principes fondateurs
de nos démocraties.
La
France aura l'occasion,
durant la Présidence
de l'Union européenne
qu'elle assurera au
cours du deuxième
semestre 2008, de réaffirmer
la priorité qu'elle
accorde à la
lutte contre le terrorisme.
Ces questions seront
largement débattues
au cours du séminaire
auquel vous allez participer
et qui sera l'occasion
aussi pour nous d'échanger
avec vous et de bénéficier
de votre expérience.
Je
cède à
présent volontiers
la parole à M.
de Kerchove, Coordinateur
de la lutte contre le
terrorisme de l'Union
européenne./.
(Source
: site Internet du ministère
de l'Intérieur,
de l'Outre-Mer et des
Collectivités
locales)