TRIBUNE
DU SECRETAIRE
D'ETAT CHARGE
DE LA COOPERATION
ET DE LA FRANCOPHONIE,
M. JEAN-MARIE
BOCKEL, DANS LE
QUOTIDIEN "LE
FIGARO"
(Paris, 4 septembre
2007)
"L'avenir
de l'Afrique appartient
d'abord aux Africains"
Le
"discours
de Dakar"
fait débat.
Voilà plus
d'un mois que
l'on parle de
l'Afrique avec
passion, à
Paris, à
Dakar, à
Pretoria... Journalistes,
intellectuels,
historiens, simple
citoyens, hommes
politiques chacun,
avec ses mots,
son vécu,
ses opinions,
réagit,
explique, développe.
Bref, l'Afrique
interroge, passionne,
interpelle. Enfin
!
Premier
résultat,
et non des moindres
: le continent
africain est de
nouveau à
l'ordre du jour.
Depuis
l'intervention
du président
de la République,
l'Afrique est
sortie du cénacle
technocratique
des "bailleurs
de fonds"
pour s'inviter
à la grande
table du débat
populaire. En
choisissant à
dessein de parler
librement, Nicolas
Sarkozy a libéré
la parole. L'avenir
de l'Afrique,
son histoire,
ses défis,
l'état
de nos relations,
autant de questions
débattues
aujourd'hui dans
chacune de nos
capitales. Prenons
acte de ce retour
de l'Afrique dans
le débat
d'idées.
C'est en soi une
très bonne
nouvelle.
Sur
le fond, que reproche-t-on
au président
de la République
? D'avoir nié
la responsabilité
de l'"homme
blanc", du
colonisateur ?
Les propos tenus
à Dakar
sont tout sauf
ambigus : la traite
négrière
et l'esclavage
y sont qualifiés
de "crimes
contre l'homme,
de crimes contre
l'humanité".
Et dans sa condamnation
des effets pervers
de la colonisation,
le président
a eu aussi des
mots très
forts, là
encore dénués
de toute ambiguïté
: "il y a
eu des fautes,
il y a eu des
crimes".
Des voix se sont
également
élevées
pour dénoncer
"une certaine
vision essentialiste
de l'Afrique".
Vision infantilisante
qui priverait
l'homme africain
du droit à
la raison et en
ferait "un
homme à
part".
Une
lecture moins
sélective
aurait peut-être
permis de mieux
comprendre les
propos du président,
qui a, au contraire,
récusé
ces amalgames
d'un autre âge.
Je cite : "le
drame de l'Afrique
ne vient pas de
ce que l'âme
africaine serait
imperméable
à la logique
et à la
raison. Car l'homme
africain est aussi
logique et raisonnable
que l'homme européen."
Pour qui a suivi
de près
le débat
en Afrique, à
travers la presse,
mais également
sur Internet,
il est frappant
de constater combien
le "discours
de Dakar"
a suscité
de réactions
parmi les jeunes.
Beaucoup d'entre
eux se sont fait
l'écho,
pour s'en féliciter,
de ce qui est
au fond l'essentiel
du message du
président
: l'avenir de
l'Afrique appartient
d'abord aux Africains.
C'est à
eux, et à
eux seuls, qu'il
appartient de
décider
librement de l'avenir
qu'ils entendent
bâtir. Ce
message ne contrevient
nullement à
l'obligation de
solidarité
qui est la nôtre.
Mais cette solidarité
ne pourra s'exercer
convenablement
et efficacement
que sur la base
de choix clairs
et assumés
par les Africains
eux-mêmes.
Ce message est
aussi un témoignage
de respect. Il
renverse la logique
pernicieuse, mais
communément
admise, d'un avenir
radieux qui ne
dépendrait
que de l'extérieur.
Avec les meilleures
intentions du
monde, cette logique
condamne l'Afrique
et les Africains
à toujours
attendre le salut
d'un improbable
ailleurs.
Ce
message volontariste
et responsable
est à la
hauteur de la
confiance que
place le président
français
dans la capacité
des Africains,
et notamment de
la jeunesse, à
faire bouger les
lignes.
Ce
message, enfin,
est en phase avec
les aspirations
les plus profondes
du continent africain.
J'ai pu le constater
lors de chacun
de mes déplacements
: ce n'est pas
de la charité
ou de la compassion
qu'attendent de
nous les Africains.
Ce que veut l'Afrique,
ce que veut sa
jeunesse, c'est
d'abord et avant
tout trouver sa
place et que sa
vitalité
puisse s'exprimer
à travers
des formations
de qualité,
des emplois décents,
des responsabilités
à tous
les niveaux.
Et
la France dans
tout ça
? Là encore,
quelques grands
principes d'action
et de méthode,
malheureusement
le plus souvent
passés
sous silence,
ont été
proposés
par Nicolas Sarkozy
à Dakar.
Ce sont ces principes
que j'entends
mettre en œuvre
avec Bernard Kouchner
dans le cadre
d'une politique
de coopération
rénovée.
Quels sont-ils
?
D'abord,
l'Afrique se doit
d'agir collectivement
pour assurer la
paix et mettre
fin au cycle infernal
de la vengeance
et de la haine.
La France, l'Europe
seront à
ses côtés,
et nous l'aiderons,
comme nous l'avons
fait en Europe,
à bâtir
son unité.
Ensuite, nous
devons agir ensemble
pour parvenir
à mieux
réguler
la mondialisation,
en introduisant
davantage de justice,
de règles,
bref, d'humanité.
Tout en reconnaissant
les bienfaits
du libre-échange
et de la concurrence,
nous devons sortir
d'un certain angélisme
qui risque, sinon,
de condamner l'Afrique
à la marginalisation.
Enfin, la priorité
doit être
donnée
à ce qui
construira la
croissance de
manière
durable. Pour
ce faire, il faut
que cesse, comme
l'a rappelé
le président,
l'arbitraire,
la corruption,
la violence. L'argent
investi doit aller
aux populations
au plus près
de leurs besoins.
Présent
dans le grand
amphithéâtre
de Dakar, ce jeudi
26 juillet, je
me souviens qu'à
ce moment précis
du discours du
président
les étudiants
se sont levés
et ont applaudi./.